Faut-il rendre les pièces du Musée de Tervuren aux pays africains dont ils proviennent ?

Faut-il rendre les pièces, œuvres et objets du Musée de Tervuren aux pays africains dont ils proviennent ? A l’heure où le musée, autrefois controversé, va dévoiler ses nouveaux atours, la question fait encore débat. Didier Viviers, archéologue, historien et actuel secrétaire perpétuel de l'Académie royale de Belgique, exprime son point de vue dans Au bout du jour.

Près de 190 000 pièces africaines qui dorment dans des réserves de musées européens. Pour certains c’est du vol. Alors, faut restituer ?

"C’est une question beaucoup plus compliquée que cela. Mais il faut établir deux points essentiels. D’abord, le cas africain n’est pas un cas particulier. Il faut évoquer cette question dans un cadre beaucoup plus général. La question peut aussi se poser pour les pièces venant de Grèce, du Moyen-Orient, d’Egypte, etc. C’est une problématique générale qu’il faut appréhender comme tel, et pas uniquement dans notre rapport colonial avec l’Afrique".

Ensuite, il aborde l’aspect politique : "Deuxièmement, il ne faut pas poser la question sous l’angle politique, mais la poser sous l’angle du patrimoine lui-même. Le patrimoine a été souvent l’objet d’usage et de mésusage politique, et ce depuis presque toujours. Mais cet usage entraine sa destruction. Si Daech a en partie détruit Palmyre, c’est précisément parce qu’on a considéré ce patrimoine non pour lui-même, mais pour ce qu’il signifiait politiquement. Donc pour le protéger, il faut le dépolitiser".

Pour lui, la question du retour des œuvres doit dès lors être posée en se tenant à distance de tout usage politique.

"Une œuvre, c’est comme une personnalité humaine"

Pour développer la question du retour des œuvres, Didier Viviers passe par le biais d’une métaphore : "Une œuvre est un peu comme une personnalité humaine. Ce n’est pas réductible à un ensemble de cellules. C’est la résultante de toute une série d’expériences que celle-ci a vécue. Donc une œuvre d’art ne peut pas être uniquement appréciée en fonction de son contexte de création. Elle a eu, et on peut s’en réjouir ou le regretter, une histoire. On ne peut pas la gommer, et on pas supprimer tout ce qui se passe après sa création".

Pour étayer cette hypothèse, il prend un exemple concret : "Reprenons les marbres du Parthénon. Quand ils sont transportés à Londres, ils connaissent un sort fondamental : c’est la découverte de la sculpture originale grecque, qu’on n’étudiait pas avant cela. C’est donc toute l’histoire du néo-classicisme pour toute l’Europe qui est en jeu. Pour moi, la part d’histoire que portent ces marbres une fois transportés à Londres est au moins aussi importante que le contexte de création lui-même".

Et les œuvres africaines alors ?

Pour répondre à cette question, il reprend la métaphore de la personnalité humaine : "Il faut regarder l’histoire de l’œuvre. Il faut regarder les expériences qu’elle a vécues pour voir si son transport a été fondamental ou pas. Si pas, franchement, pour conserver un certain nombre de pièces dans des réserves de musées que personne ne voit, pourquoi ne pas les rendre visible pour tous dans les pays où elles ont été fabriquées ? Il faut mesure l’efficacité de ce qu’on peut faire".

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