Et si les arbres sauvaient l'Afrique de la famine?

Au Togo, l'agroforesterie donne des résultats remarquables
Au Togo, l'agroforesterie donne des résultats remarquables - © NIC BOTHMA - BELGAIMAGE

Connaissez-vous l'agroforesterie? Cette technique ancestrale pourrait bien être l'avenir de l'agriculture africaine (et du monde, pourquoi pas!). Elle consiste à planter dans les parcelles agricoles des arbres dits "fertilitaires" : ceux-ci fertilisent le sol et fonctionnent en symbiose avec les plantes cultivées. La technique répond à la fois au problème de déforestation et de fertilisation des sols, tout en permettant aux paysans de faire des économies.

"C'est une technique très simple, très efficace et très bien adoptée par les agriculteurs, qui ne doivent plus acheter d'engrais chimiques et de pesticides de synthèse", explique Bruno Devresse, de l'APAF Internationale, l'Association de Promotion des Arbres Fertilitaires. 

La puissance des lobbies

Mais si cette solution est si miraculeuse, pourquoi n'a-t-elle pas plus de visibilité et de succès?

"A cause des lobbies, évidemment", explique Bruno Devresse. "Il y a eu une vraie volonté d'éliminer l'agroforesterie après la seconde guerre mondiale et la diffusion à grande échelle des engrais chimiques. On a même forcé des paysans au Togo à abattre les arbres qu'il y avait dans leurs plantations."

Pour Mansour Ndiaye, de l'APAF Sénégal, les conséquences ont été dramatiques et sont allées bien plus loin que les dégâts environnementaux. "Les sols sont tellement appauvris que les paysans ne peuvent même plus cultiver les céréales pour se nourrir. S'en est suivi l'exode vers les villes, puis l'émigration clandestine ou légale vers les pays européens."

Là où l'agroforesterie s'implante, ce phénomène d'exode tend heureusement à s'inverser.

"On a vu des jeunes emprunter le circuit inverse, mais aussi des femmes, des personnes âgées. Cette technique améliore rapidement les conditions de vie : la productivité agricole augmente et se diversifie. Les parcelles aménagées permettent de développer plusieurs activités en parallèle et de gagner sa vie douze mois sur l'année au lieu de trois!"

Un petit miracle qui inquiète?

On se dit que des institutions comme les Nations Unies, qui insistent tant sur les menaces de famine dans le monde, devraient soutenir ce type d'initiative. Et pourtant...

"Il y a des organismes qui conseillent par exemple la FAO, la banque mondiale, mais comme ce qu'ils proposent, c'est toujours "engrais chimiques/pesticides de synthèses/OGM", c'est difficile de se faire une place dans ce système. On se rend compte que ces grandes organisations sont elles aussi sous l'influence des lobbies."

Pour réécouter l'intégralité de l'entretien d'Eddy Caekelberghs avec Bruno Devresse et Mansour Ndiaye, rendez-vous ci-dessous.

 

 

 

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