Comment éviter que les politiques climatiques soient socialement injustes ?

Grégory Claeys est chercheur au sein du think tank bruxellois Bruegel. A la veille d’une nouvelle manifestation massive pour le climat, il revient sur une étude réalisée par son bureau. Elle met en avant un problème majeur : les mesures climatiques, qui semblent indispensables, auront un effet régressif sur la population, c’est-à-dire qu’elles toucheront beaucoup plus les ménages défavorisés. Alors comment faire ? Il répond aux questions d’Eddy Caekelberghs dans Au bout du jour.

Cette étude peut paraître décourageante. Alors que les écologistes s’évertuent à dire que des mesures pour le climat pourront doper l’économie et le social, elle avance que la plupart des politiques pour lutter contre le changement climatique auront un effet régressif. Mais avant toute chose, le chercheur veut clarifier un point : « On a commencé cette étude bien avant le début des discussions des gilets jaunes, avant les marches pour le climat, etc. On ne s’attendait pas à ces résultats, et d’ailleurs on a été nous-même surpris par ceux-ci ».

Comment le think tank a-t-il procédé ? « Ce qu’on a fait, explique Grégory Claeys, c’est qu’on a pris les politiques climatiques une par une, en essayant de voir lesquelles étaient régressives ou progressives, celles qui atteignent plus les riches, plus les pauvres, ou qui sont plutôt proportionnelles, etc. Et en fait, on s’est aperçu que la grande majorité d’entre elles sont régressives : elles sont socialement injustes, c’est-à-dire qu’elles touchent beaucoup plus les ménages défavorisés ».

A titre d’exemple, il rappelle que la plus connue de ces mesures, c’est celle qui a été le déclencheur du mouvement des gilets jaunes, à savoir la taxe sur le carburant.

Comment trouver l’équilibre ?

Nous trouvons-nous dès lors dans une impasse ? D’un côté, nous savons qu’il est indispensable de décarboner la société et l’économie, mais d’un autre, ce changement serait appliqué de manière injuste socialement. Pouvons-nous éviter cela ? Grégory Claeys ne se montre pas entièrement pessimiste : « A aucun moment, dans cette étude, on ne dit qu’il ne faut pas prendre ces mesures parce qu’elles sont injustes. Mais ce qu’on essaye de dire, c’est qu’il faut tout faire pour les rendre plus justes. Et qu’il faut se concentrer sur celles qui sont les moins injustes. Prenons un exemple : la taxe sur les transports aériens. On sait que les gens qui prennent l’avion sont, en général, des gens des classes plus favorisés, et on sait aussi que le transport aérien est une grande partie des émissions de gaz à effet de serre. Une taxe sur le kérosène serait donc plus progressive ».

Il avance également d’autres exemples, et parle notamment des politiques d’investissement : « On pourrait rénover les logements sociaux. On sait que ces logements sont inefficaces au niveau énergétique. Ils ne sont pas très bien entretenus, et il y a beaucoup de perte environnementale. Donc, une politique massive d’investissement pour rénover ces bâtiments serait une politique progressive ».

Pour lui, cette réflexion sur l’égalité de la population face aux mesures climatique est essentielle. Sans elle, nous risquons de faire face à de nouveaux mouvements de contestation : « Politiquement, si on impose des politiques climatiques injustes, les gens vont se rebeller, et on ne pourra pas les mettre en place. On doit donc les réorienter vers des alternatives plus justes ».

 

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