La Grèce, oui ou non? Les scénarios de l'après-référendum

La Grèce joue ce dimanche son avenir, et le sort du premier gouvernement de gauche radicale de l'UE, dans un référendum indécis qui sera aussi un oui ou non au fonctionnement actuel des institutions européennes.

Près de dix millions d'électeurs grecs ont commencé à voter, après l'ouverture des bureaux à sept heures (huit heures à Bruxelles).

En début de matinée, le Premier ministre Alexis Tsipras, devant son urne, souriait. Puis se montrait plus solennel. "Personne ne pouvait ignorer le message de détermination d'un peuple à prendre son destin entre ses mains", disait-il. Vers 16H00, la barre des 40% d'électeurs était atteinte, rendant le résultat du référendum valable aux yeux de la loi grecque.

Le référendum arrive après cinq mois de discussions finalement infructueuses, d'Eurogroupes en urgence en sommets exceptionnels, entre le gouvernement grec, formé fin janvier par la gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras et le parti de droite souverainiste ANEL, et les créanciers du pays, UE, FMI et BCE.

Ceux-ci ont accordé à la Grèce depuis 2010 240 milliards d'euros d'aide ou promesses de prêts, mais n'ont rien versé depuis près d'un an.

Car le gouvernement refuse de consentir en échange à certaines réformes qu'il estime socialement trop difficiles.

Après un énième échec des discussions, Alexis Tsipras a annoncé en pleine nuit le 27 juin ce référendum qui pose dimanche une question d'autant plus alambiquée que la Grèce n'est plus sous aucun programme d'aide depuis le 30 au soir.

"Faut-il accepter le plan d'accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) lors de l'Eurogroupe du 25 juin?"

Les électeurs n'ont pu consulter ce plan financier, très technique, que sur des sites internet.

Initialement, le gouvernement Tsipras semblait espérer que, grâce à un non qui mettrait au moins la moitié des Grecs derrière lui, il pourrait simplement retourner plus fort à la négociation. Mais les créanciers ont préféré dramatiser le débat.

Certains espèrent sans doute, comme l'a reconnu le président du Parlement européen Martin Schulz, que la consultation donnera ainsi l'opportunité d'en finir avec "l'ère Syriza" et son risque de contagion contestataire à d'autres pays d'une UE parfois fragile.

Un accord lundi?

Pour pousser au oui, ils présentent donc le non comme équivalant à une sortie de la Grèce de l'euro, auquel 74% des Grecs sont attachés, selon un sondage paru vendredi, contre 15% seulement qui reviendraient bien à la drachme.

Toute cette campagne éclair se déroule dans une drôle d’atmosphère: les Grecs apeurés ont retiré autant d'argent que possible le week-end dernier, au point que les banques ont été fermées une semaine, et que les retraits d'argent aux distributeurs sont limités en attendant à 60 euros par personne et par jour.

Or, ils thésaurisent cet argent, ralentissant encore l'économie, et désertant la plupart des magasins. Sauf ceux d'alimentation où ils ciblent en masse les féculents, pâtes ou lait condensé, vidant certains rayonnages.

Dans ce contexte financier tendu, le ministre des Finances Yanis Varoufakis a démenti en pleine nuit samedi, évoquant "une rumeur malveillante", un article du Financial Times mentionnant un projet de saisie de 30% des montants des comptes d'épargne supérieurs à 8000 euros.

Après des préparatifs -affiches, bulletins, acheminement des urnes, élaboration de sites internet de part et d'autre- particulièrement rapides, les deux groupes ont tenu vendredi soir deux grands meetings à Athènes pour se compter.

Match à peu près nul, 25 000 chez les non, qu'Alexis Tsipras a invités à montrer qu'ils veulent "vivre avec dignité en Europe", et 22 000 chez les oui.

Samedi était le jour de la pause avant la bataille. Cela n'a pas empêché M. Varoufakis, seul membre du gouvernement de dire clairement qu'il démissionnera en cas de victoire du oui, et d'accuser dans le journal espagnol El Mundo les créanciers de "terrorisme".

Mais parallèlement, il a déclaré au journal allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung "s'attendre à ce que lundi, on ait un accord", indépendamment du résultat.

Samedi soir, le non a reçu le soutien de plusieurs milliers de personnes à Londres, Dublin ou Lisbonne.

Le scénario du oui

En cas de victoire du oui, le gouvernement d'Alexis Tsipras serait donc aussi affaibli à l'extérieur qu'à l'intérieur des frontières grecques. L'hypothèse d'une démission dans la foulée d'une défaite circule, en conséquence, assez fréquemment. Au sein de l'équipe Tsipras, personne, et pas même le principal intéressé, ne l'a confirmée. Yanis Varoufakis a encore réaffirmé ce dimanche à nos confrères allemands du Bild qu'il quitterait son poste si le non ne l'emportait pas.

Si Tsipras tombe, deux possibilités s'offriront à la Grèce. La première : qu'un gouvernement d'unité nationale se forme, sur les bases de l'actuel Parlement. Un scénario compliqué, en raison des divergences qui existent entre les partis d'opposition -droite ou centre-gauche, qui ne disposent pas de majorité- et Syriza.

En cas d'échec, la Grèce devra se résoudre à organiser des élections anticipées. Ce scrutin ne pourra cependant pas avoir lieu avant 30 jours. Et rien ne dit que la Grèce ne reviendrait pas à la situation de départ, selon Henrik Enderlein, de l'Institut Jacques Delors, pour qui "Tsipras pourrait à nouveau gagner".

Pour le pays, à court d'argent frais, et soumis depuis lundi à un contrôle des capitaux, cette période d'incertitude serait difficilement gérable. Athènes n'a pas remboursé fin juin une échéance d'1,5 milliard d'euros au FMI. Le 20 juillet, elle devra honorer une autre dette, de 3,5 milliards d'euros, à la BCE.

"Même si le oui l'emporte, la Grèce ne sera pas tirée d'affaires", rappelle Agnès Bénassy-Quéré, de l'Ecole d'économie de Paris.

La BCE, jusqu'à présent, a assuré la survie de l'économie grecque en maintenant ses prêts d'urgence (ELA) aux banques grecques. Mais si Athènes venait à faire défaut le 20 juillet, il lui serait difficile de maintenir cette position -surtout si aucun accord n'est signé à cette date avec les créanciers.

Il y a "une situation d'urgence. Mais le temps de la politique n'est pas celui de l'économie", insiste Olivier Passet, économiste chez Xerfi.

La mise au point d'un accord définitif, qui devra être ratifié par certains parlements européens, pourrait ainsi prendre "plusieurs semaines". D'autant plus que les vacances parlementaires ont parfois débuté: le Bundestag allemand, en cas de réunion de l'Eurogroupe, devra être rappelé pour donner mandat de négociation au gouvernement.

"Il faudra que des solutions techniques soient trouvées dans l'intervalle" pour permettre à Athènes de rembourser ou reporter ses créances, estime Olivier Passet. Un passage incontournable pour "maintenir à flot" l'économie de la Grèce, où le contrôle des capitaux risque selon lui d'être prolongé.

Le scénario du non

Pour de nombreux observateurs, une victoire du non provoquerait un "saut dans l'inconnu" -avec à la clé une possible tempête économique pour la Grèce, dont l'ampleur et l'issue dépendront de l'attitude des partenaires européens d'Athènes.

"En cas de non, la situation sera plus compliquée", résume Olivier Passet : "Tsipras sera conforté, donc la crise politique en Grèce sera atténuée. Mais au niveau de l'Eurogroupe, ça serait extrêmement difficile à gérer".

Les partenaires d'Athènes accepteront-ils, en effet, de reprendre les négociations ? Jean-Claude Juncker a semblé l'exclure, assimilant le non à un rejet de l'Europe. Alexis Tsipras, lui, s'est montré confiant : un tel résultat, selon lui, mettra "une forte pression" pour obtenir "un accord meilleur".

Dans l'hypothèse d'une rupture complète, la BCE pourrait difficilement toutefois continuer d'alimenter les banques grecques en argent frais. Ces dernières, à sec, se retrouveraient en faillite.

Pour tenter de les recapitaliser, le gouvernement pourrait créer des liquidités avec une monnaie "parallèle", les "IOU" (I Owe You). Des reconnaissances de dettes qui, une fois mises en circulation, se répandraient au secteur privé.

Mais ces titres provisoires pourraient très vite perdre de leur valeur. Le pays connaîtrait alors une inflation galopante. Les épargnants perdraient leurs économies. Et la Grèce, sortie de facto de la zone euro, s'enfoncerait dans le chaos.

Les Européens laisseront-ils le pays sombrer ainsi sans réagir? Pour Vivien Pertusot, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), cette hypothèse est peu probable, en raison des risques politiques et économiques qu'elle ferait peser sur l'ensemble de la zone euro.

Un autre scénario pourrait alors se profiler, qui verrait Athènes et ses créanciers enterrer leurs divisions et chercher un terrain d'entente. C'est le sens du "quel que soit le résultat du référendum, lundi il y aura un accord, j'en suis complètement et absolument convaincu", prononcé par Yanis Varoufakis samedi. 

Le Parlement européen promet de l'aide humanitaire...

"Nous ne laisserons pas tomber les gens en Grèce" quelle que soit l'issue du vote de dimanche, a assuré M. Schulz dans les colonnes du journal allemand Welt am Sonntag.

"Peut-être que nous devrons accorder des crédits d'urgence à Athènes pour que les services publics continuent de fonctionner et que les gens dans le besoin reçoivent l'argent nécessaire pour survivre", a-t-il ajouté. "Il y aurait des fonds mobilisable à Bruxelles pour cela ".

"Le gouvernement à Athènes a mené le pays dans une impasse et les gens n'y peuvent rien, nous allons les aider", a-t-il expliqué. Mais de telles aides d'urgence ne constituent "pas une solution sur la durée", a prévenu l'Allemand.

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