La Grèce officiellement en "défaut", mais un accord est "en vue" selon Yanis Varoufakis

Le Fonds européen de stabilité financière, FESF, a déclaré officiellement vendredi la Grèce en "défaut" de paiement, après le non-remboursement par Athènes de 1,6 milliard d'euros au FMI, mais sans conséquence financière immédiate.

Le non-remboursement grec, mardi, "résulte en un défaut par la Grèce, aux termes de l'accord financier entre la Grèce et le FESF", a indiqué l’institution dans un communiqué. Mais le FESF précise avoir décidé de se limiter à se réserver le droit d'agir ultérieurement, "sans réclamer de remboursement immédiat" à Athènes, ni renoncer à ses créances.

En pratique, le Fonds, le plus gros créancier du pays avec des prêts totalisant 144,6 milliards d'euros, a opté pour l'attentisme. Il précise "garder ainsi toute les options ouvertes" en fonction des évolutions en Grèce. Le Fonds "suivra en permanence la situation et évaluera régulièrement sa position", ajoute le communiqué.

Le non-remboursement par la Grèce de la tranche due au FMI à la date du 30 juin "n'a aucune influence sur la capacité du FESF à rembourser ses détenteurs d'obligations", grâce à "sa structure de garantie très solide", précise le communiqué.

Le FESF, créé en 2010 comme un mécanisme temporaire, a prêté à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal. Il continue de fonctionner mais n'accorde plus de prêts depuis le 1er juillet 2013. Il est remplacé par un organisme permanent, le Mécanisme européen de stabilité (MES).

"Liquidités suffisantes"

La directrice de l'Union des banques grecques et dirigeante de la Banque nationale grecque (BNG) a par ailleurs affirmé vendredi que les banques grecques ont "des liquidités suffisantes jusqu'à la réouverture des banques prévue mardi".

Louka Katseli a fait cette brève déclaration aux médias à l'issue d'une réunion avec le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis, le ministre adjoint de l'Economie Dimitris Mardas et les dirigeants des banques BNG, Alpha, Eurobank, Pireaus et Attica.

Le gouvernement grec a imposé depuis lundi et pour une semaine, un contrôle des capitaux bancaires après les retraits massifs de la semaine dernière à la suite de l'annonce du référendum dimanche, fixant à 60 euros le maximum quotidien par personne.

Un accord est en vue que la réponse soit oui ou non

Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a assuré ce vendredi qu'un accord avec les créanciers était à portée de main et que les discussions ont continué en coulisse avec les institutions européennes à l'approche du référendum du week-end. 

"Un accord est en vue que la réponse soit oui ou non" au référendum, a déclaré le ministre du parti de gauche radicale Syriza sur la radio publique irlandaise RTE. Les Grecs doivent se prononcer dimanche sur la dernière version d'une proposition d'accord des créanciers de la Grèce, qui prévoit une série de réformes et de mesures budgétaires en échange d'une poursuite du soutien financier au pays.

Le gouvernement grec incite la population à voter non. Mais le oui est légèrement en tête (à 44,8% contre 43,4% pour le non) dans un sondage publié vendredi par le journal Ethnos. "Si c'est non, je peux vous assurer que durant cette semaine d'impasse nous avons eu des propositions tout à fait convenables provenant de l'Europe, en confidentialité, et un accord est plus ou moins scellé", a assuré Yanis Varoufakis.

Le ministre grec a été pressé de confirmer par le journaliste de la RTE qu'il a bien eu des discussions privées avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE), même si plusieurs responsables européens ont assuré qu'il n'y aurait plus de négociations avant le référendum. "C'est ce que j'ai dit, n'est-ce pas? ", a-t-il répondu en guise de confirmation. "Je ne crois pas qu'il soit trop tard. Nous pourrions trouver un accord demain matin", a-t-il ajouté. "Le gouvernement grec et les institutions (créancières) sont très très proches en ce qui concerne la politique budgétaire et la liste des réformes. La différence qui reste concerne l’allègement de la dette", a-t-il souligné.

Tsipras réclame une décote de 30% de la dette grecque

De son côté, le Premier ministre grec Alexis Tsipras a souhaité vendredi "une décote de 30%" de la dette grecque et "une période de grâce de 20 ans" pour assurer "la viabilité de la dette" de son pays, lors d'une allocution télévisée.

Après s'être félicité de la publication jeudi du rapport du Fonds monétaire international (FMI) allant dans le même sens, au sujet d'une dette grecque qui atteint environ 176% du PIB, le Premier ministre a déploré que cette position de l'institution "n'ait jamais été présentée par les créanciers (à Athènes) pendant les cinq mois de négociation" sur la poursuite de l'aide financière au pays.

Le rapport du FMI

Selon ce rapport, les besoins de financement de la Grèce entre octobre 2015 et octobre 2018 sont évalués à un total de 50 milliards d'euros, sur fond de prévision de croissance drastiquement abaissée cette année (de 2,5% à 0%).

L'aggravation de la crise en Grèce va obliger les Européens à débourser 36 milliards d'euros supplémentaires d'aide et à alléger la dette du pays même en cas de victoire du oui au référendum, estime le FMI.

Outre les 36 milliards d'argent frais, les Européens sont ainsi appelés par l'institution de Washington à considérablement alléger le fardeau de la dette grecque. Ils devraient repousser les échéances de remboursement des créances en "doublant" la durée de vie de leurs obligations existantes et futures et la période de grâce sur les intérêts, exhorte le FMI. 

On ne peut aucunement en tirer comme conclusion qu'une restructuration de la dette est nécessaire

Les chiffres publiés jeudi par le Fonds monétaire international (FMI) sur les gros besoins de financement de la Grèce ne signifient "aucunement" automatiquement qu'il faille restructurer la dette colossale du pays, a fait savoir Berlin vendredi.

"On ne peut aucunement en tirer comme conclusion qu'une restructuration de la dette est nécessaire", a commenté à propos d'un rapport du FMI publié la veille le porte-parole du ministre des Finances Wolfgang Schäuble, Martin Jäger, lors d'une conférence de presse du gouvernement.

Le FMI a chiffré à 50 milliards d'euros les besoins de financement du pays entre octobre 2015 et octobre 2018, sur fond de prévision de croissance drastiquement abaissée cette année. Pour combler ce fossé budgétaire, le Fonds appelle les Européens à fournir 36 milliards d'euros d'argent frais et à alléger le fardeau de la dette grecque. 

Cette position est vue d'un très mauvais œil à Berlin, qui aurait beaucoup de mal à la vendre à son opinion publique. L'Allemagne continue à penser que le salut pour la Grèce réside dans des réformes structurelles de son économie, a expliqué Jäger.

Un non au référendum sera un choc, affirme Jean-Claude Juncker

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a prévenu à Luxembourg vendredi midi que la position de la Grèce serait grandement affaiblie dans les négociations avec ses créanciers si le 'non' l'emportait dimanche au référendum sur les propositions des créanciers du pays.

"Ce sera bien sur un choc si la Grèce vote 'non'" a déclaré Juncker, "si les Grecs disent 'non' ils affaiblissent de façon dramatique leur position" dans les négociations sur la poursuite du soutien financier au pays. "Les Grecs auront alors tout fait sauf conforter la position de la Grèce dans ces négociations", a-t-il insisté.

Jean-Claude Juncker a encore précisé que même en cas de victoire du 'oui' sur les propositions des créanciers de la Grèce (UE, FMI, BCE) "les négociations s'annonceront difficiles". Il a rappelé que le second programme d'aide pour la Grèce avait expiré en mardi soir et qu'aucune négociation n'était encore en cours.

De son côté, la Russie a annoncé, vendredi, que la Grèce ne lui avait pas demandé d'aide financière. 

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