Grèce: "Avec un pistolet sur la tempe, n'importe qui serait d'accord"

La chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande, et le Premier ministre grec Alexis Tsipra lors du sommet de l'Eurogroupe le 12 juillet 2015 à Bruxelles
La chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande, et le Premier ministre grec Alexis Tsipra lors du sommet de l'Eurogroupe le 12 juillet 2015 à Bruxelles - © JOHN MACDOUGALL - AFP

Un projet de compromis pour maintenir la Grèce dans l'euro a été mis sur la table par les dirigeants allemand, français, grec et le président du Conseil européen et soumis aux dirigeants de toute la zone euro pour approbation, a indiqué lundi une source proche des discussions.

"Il y a un accord à quatre qui va maintenant être soumis aux 19" dirigeants de la Zone euro, a indiqué cette source, quelques minutes après que le Conseil européen eut annoncé la reprise des discussions au sommet avec "un compromis" sur la table.

"Deux grandes questions restent ouvertes"

Ce compromis a été présenté par la chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande, le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président du Conseil européen Donald Tusk, a indiqué la source proche des discussions.

"Deux grandes questions restent ouvertes", mais "nous avons dégagé le terrain et sommes d'accord sur presque tout le reste", a commenté une source gouvernementale grecque.

Les points d'achoppement sont "la participation du FMI, dont la Grèce ne veut pas", au possible nouveau programme de renflouement, et la création au Luxembourg d'un fonds regroupant 50 milliards d'actifs grecs pour garantir la mise en oeuvre des privatisations prescrites au pays, une idée "rejetée" par Athènes, a expliqué cette source.

"Avec un pistolet sur la tempe, n'importe qui serait d'accord", a déclaré la même source, invoquant la gravité de la situation financière de la Grèce et de ses banques pour justifier les concessions consenties par le gouvernement.

Un week-end d'intenses négociations

Les chefs d'Etat de la zone euro bataillaient encore dimanche soir sur le maintien ou non de la Grèce dans l'euro, une hypothèse désormais envisagée noir sur blanc par les responsables européens dans un texte qualifié de "très mauvais" par Athènes.

Réunis à Bruxelles, les dirigeants des 19 pays de la zone euro examinaient le document ébauché par leurs ministres des Finances, qui propose d'imposer une bride très courte à Athènes en échange d'un éventuel plan d'aide financière et évoque, pour la première fois, l'hypothèse d'une sortie temporaire de la Grèce de la monnaie unique.

Il leur restait à surmonter leurs profondes divisions pour trancher les nombreux points en suspens dans cette feuille de route, rédigée après 15 heures de discussions laborieuses et tendues.

"En cas d'échec à trouver un accord, la Grèce se verrait proposer de négocier rapidement une sortie temporaire de la zone euro, avec la possiblité de restructurer sa dette", propose le document.

Ce passage figure entre crochets pour signifier qu'il n'a pas emporté l'adhésion de tous les ministres.

Au final, l'Eurogroupe exige plusieurs mesures draconiennes d'Athènes, dont des abandons de souveraineté, puisque la Grèce devra soumettre aux institutions - Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI - certains projets de loi avant de les faire passer au Parlement.

Le temps presse

"Le texte dans son ensemble est très mauvais. Nous essayons de trouver des solutions", a réagi une source gouvernementale grecque, réclamant l'ouverture immédiate de négociations au vu de la "gravité" de la situation des banques, à court de liquidités.

Car le temps presse pour la Grèce, dont les caisses sont vides et l'économie exsangue.

Le pays, soumis à un contrôle des capitaux et dont les banques sont fermées depuis le 29 juin, vit désormais suspendu aux aides d'urgence de la Banque centrale européenne.

Or celle-ci va devoir décider lundi, au vu des résultats du sommet de Bruxelles, de maintenir ou non l'économie grecque sous perfusion.

Pas de solution ce dimanche, calendrier revu

"Il faut un signal politique ce soir" pour que la BCE poursuive son aide, a souligné dimanche une source européenne proche des discussions.

Mais alors que l'échéance de ce dimanche était présentée comme cruciale pour éviter l'effondrement financier de la Grèce, la lenteur des discussions a obligé les Européens à revoir leur calendrier.

La Zone euro veut à présent ajourner son possible feu vert à un nouveau plan d'aide, évalué entre 82 et 86 milliards d'euros sur trois ans, exigeant d'ici à mercredi que le Parlement grec légifère sur une première série de réformes, notamment sur les retraites et le relèvement de taux de TVA.

Autant de thèmes très sensibles pour le gouvernement de gauche radicale d'Alexis Tsipras, porté au pouvoir en janvier sur la promesse qu'il ne laisserait pas imposer à son pays, épuisé par cinq années de crise et d'austérité, de nouveaux sacrifices.

Les Européens ont affiché leurs divisions tout au long du weekend

La marge de manoeuvre pour le Premier ministre est d'autant plus étroite que les réformes à présent réclamées par les créanciers de la Grèce, hautement impopulaires, sont à peine différentes de celles rejetées massivement par 61% des électeurs, lors d'un référendum le 5 juillet.

Pour faire approuver ces réformes par le Parlement, Alexis Tsipras a dû se rapprocher de l'opposition, au prix de dissensions internes à son parti Syriza, ce qui laisse craindre une nouvelle crise politique.

Sur le front européen, le chef du gouvernement grec a aussi la délicate mission de rétablir la confiance qui s'est brisée au fil de ces six mois de négociations houleuses.

Face à lui et à son ministre des Finances Euclide Tsakalotos, les Européens ont affiché leurs divisions tout au long de ce weekend intense: le sommet de dimanche a pris d'entrée l'allure d'un pugilat entre l'Allemagne, inflexible, et la France, qui prône une ligne plus souple, autour du maintien ou non de la Grèce dans l'euro.

La France "va tout faire" pour garder la Grèce dans la zone euro, a assuré le président François Hollande.

Pour la chancelière allemande Angela Merkel, il n'est pas question au contraire d'un accord "à n'importe quel prix". "La valeur la plus importante, à savoir la confiance et la fiabilité, a été perdue" avec Athènes, a-t-elle ajouté, promettant des "négociations ardues".

Un climat 'dur'

Très impliqué dans ces négociations de la dernière chance, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a assuré qu'il "se battrait jusqu'à la dernière milliseconde pour avoir un accord".

Pourtant, dans un climat délétère, il était difficile d'imaginer, comme l'assurait Alexis Tsipras, qu'un accord était à portée de main.

"Cela a été extrêmement dur, si ce n’est violent hier (samedi), car une bonne partie des ministres avaient en tête que la seule bonne solution était le Grexit", confiait dimanche une source proche des négociations.

En Grèce, l'inquiétude était palpable.

"Si on sort de la zone euro, une chose est certaine, le résultat sera une dévaluation terrible", s'inquiétait Dimitri Charalambidis, un commerçant de 59 ans dans le centre d'Athènes, favorable aux mesures d'austérité.

"Quand on est entré dans la zone euro, un euro valait 340 drachmes", se souvenait-il. "Aujourd'hui il vaudra 2000 drachmes. Plus un Grec ne pourra voyager à l'étranger, même si les flux touristiques vers la Grèce vont être renforcés".

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