Grèce: deux minutes dans la tête d'Alexis Tsipras

Alexis Tsipras de retour à Athènes, le lundi 13 juillet.
Alexis Tsipras de retour à Athènes, le lundi 13 juillet. - © LOUISA GOULIAMAKI - AFP

Mettons-nous un instant à la place d'Alexis Tsipras ce lundi matin. 

Dix jours après l'organisation d'un référendum sur l'austérité imposée à son pays.

Il a mal dormi, depuis quelques soirs. Il n'a même pas dormi du tout, la nuit de dimanche à lundi.

Il a accepté des mesures d'austérité bien plus sévères que celles, déjà profondes, qu'il avait fait voter, à une très large majorité (251 voix sur 300), par le Parlement grec.  

Il revient à Athènes avec un gros mal de crâne. Et ses camarades de parti ne vont pas atténuer ses migraines. Au contraire. 

Faisons le compte.

Dimanche dernier, son charismatique ministre des Finances Yanis Varoufakis a quitté son gouvernement.

Dans la nuit de vendredi à samedi, deux de ses ministres se sont opposés au plan d'austérité voté par le parlement grec.

Comme la populaire présidente du même parlement.

Comme dix-sept de ses camarades députés.

Presque comme quinze autres parlementaires, qui ont dit avoir voté "oui" pour rester constructifs... mais en jurant de ne pas répéter le geste, jamais.  

Depuis dimanche soir et l'annonce des conditions draconiennes de l'accord concédé par Alexis Tsipras aux fortes têtes de la zone euro, des manifestants de gauche, ses anciens électeurs, campent devant le Parlement.  

Dimanche soir à la radio, Manolis Glezos, 92 ans, député européen Syriza jusqu'à la semaine dernière, grande figure de la gauche grecque, ami et modèle de Tsipras, appelait son camarade à "obéir au mandat que le peuple grec lui avait donné en disant non aux créanciers".  "Pourquoi négocions-nous avec eux ? Voulons-nous nous coucher ? Pour quelle raison ?", ajoutait-il. 

Mercredi, il va falloir voter une batterie de méchantes mesures au parlement. Toute l'aile gauche de son parti pourrait se défiler. Si elle ne le fait pas cette fois, elle pourrait le faire la semaine suivante, pour une autre méchante séance. Beaucoup se préparent à quitter le parti. 

Dans le camp Tsipras, on menace d'exclusion les aspirants frondeurs.

Et on en est réduit à se réjouir du soutien annoncé des partis de la droite et du centre dont Syriza, depuis cinq ans, dénonçait les compromissions avec les institutions internationales. 

Toutes les conditions, donc, pourraient être réunies pour que Syriza explose. En faisant un grand bruit, qui fera fort mal à la tête d'Alexis Tsipras.   

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK