Eurogroupe: Athènes ne propose rien mais demande une nouvelle aide financière

  • La réunion de l'Eurogroupe est terminée, elle a duré moins de deux heures
  • Aucune nouvelle proposition de la Grèce mais une nouvelle demande d'aide financière à la zone euro
  • L'Eurogroupe tiendra une nouvelle réunion, téléphonique cette fois, demain mercredi
  • La Commission européenne n'exclut pas le scénario catastrophe du Grexit
  • La Bourse d'Athènes et les banques grecques restent fermées

Les pays de la zone euro se réunissent ce mardi dès 18 heures pour un sommet extraordinaire à Bruxelles, deux jours après le choc du référendum grec, afin d'explorer les minces chances de sauvetage d'une Grèce en état d'urgence financière.

Ce sommet était précédé par une réunion des 19 ministres des Finances de la zone, qui ont, dès 13 heures, discuté des conséquences du "non" au plan des créanciers et de la mise en place éventuelle d'un troisième plan d'aide pour la Grèce, dont la Commission européenne réclame des propositions concrètes pour poursuivre les négociations.

Cette première réunion s'est terminée vers 15 heures et aura donc duré moins de deux heures. Le président de l'Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, s'est exprimé dans la foulée de la fin de la réunion, confirmant l'information publiée par le journal allemand Handelsblatt selon laquelle le gouvernement grec avait l'intention de présenter une nouvelle demande d'aide financière au Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de sauvetage de la zone euro.

"L'Eurogroupe va tenir mercredi une téléconférence lors de laquelle la question d'un recours au Mécanisme européen de stabilité (MES) sera évoquée", a-t-il annoncé à la sortie de la rencontre.

Prié de dire pourquoi il n'avait pas été possible d'avoir cette discussion pendant la réunion de l'Eurogroupe qui s'est tenue mardi à Bruxelles, Jeroen Dijsselbloem a expliqué que les ministres attendaient une nouvelle lettre du gouvernement grec présentant un ensemble de propositions clair et unique. "Nous avons écouté notre nouveau collègue grec (Euclide Tsakalatos). Il n'a pas encore présenté de propositions mais il va avant tout nous envoyer très vite une demande d'aide auprès du MES, et parallèlement, il présentera les propositions de la partie grecque".

"Nous espérons parvenir à un accord le plus vite possible. Demain matin, nous aurons une téléconférence pour discuter de cette lettre, de la requête formelle auprès du MES, afin de démarrer le processus. La première étape sera de demander aux institutions d'évaluer la situation financière, les besoins financiers de la Grèce, et puis nous aurons un autre Eurogroupe pour décider formellement d'entamer les discussions."

Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, avait été le premier à twitter cette information indiquant que la Grèce n'avait pas présenté des "propositions concrètes" lors de l'Eurogroupe. "L'absence de propositions concrètes de la part du gouvernement grec n'aide pas pour le sommet des dirigeants de la zone euro ce soir".

Encore et toujours une question de temps

"La demande auprès du MES devrait être imminente, dans quelques heures", a précisé quant à lui le ministre finlandais des Finances, Alexander Stubb, à l'issue de cette même réunion de l'Eurogroupe. 

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a quant à lui évoqué l'espoir d'un accord avec Athènes, ajoutant que l'Eurogroupe entendait travailler vite pour maintenir la zone euro intacte.

La chancelière Angela Merkel a confirmé de son côté qu'il n'existait toujours pas de base pour des négociations, tout en évoquant un délai de plusieurs jours pour parvenir à un accord.

En attente de "propositions crédibles, complètes, efficaces"

Avant la réunion de l'Eurogroupe à Bruxelles, Dijsselbloem avait pourtant déclaré à son arrivée qu'un paquet "crédible" de propositions était attendu du nouveau ministre des Finances grec, Euclid Tsakalotos, lequel, bien que plus sobre, s'est déjà montré sur la même ligne que son prédécesseur, le bouillant Yanis Varoufakis.

"Je pense que vu la situation après le 'non' au référendum en Grèce, nous devons d'abord écouter comment le gouvernement grec envisage une solution, comment il estime que nous pouvons dégager un accord", a expliqué Dijsselbloem, qui doit s'entretenir personnellement avec Tsakalotos avant la réunion des grands argentiers.

"Nous allons recevoir de nouvelles propositions et voir si elles sont crédibles, et si une solution peut être envisagée", a déclaré le Néerlandais, précisant qu'il était disposer à tout pour faire pour protéger la zone euro.

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici a également indiqué que le gouvernement grec doit faire à ses partenaires de la zone euro et ses créanciers "des propositions crédibles, complètes, efficaces".

"Le Grexit (la sortie de la Grèce de la zone euro, ndlr) serait un échec terrible (...), un échec collectif" et c'est aux Grecs de "dire comment ils souhaitent agir pour éviter le pire", a ajouté Moscovici.

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Plusieurs ministres des Finances réunis le 7 juillet 2015 pour la réunion de l'Eurogroupe, parmi lesquels l'Allemand Wolfgang Schäuble, le Finlandais Alexander Stubb, l'Italien Pier Carlo Padoan, et le Belge Johan Van Overtveldt. © THIERRY CHARLIER - AFP

Une sortie de l'euro "ne peut être exclue"

Le ministre belge des Finances Johan Van Overveldt a souligné que l'éventualité d'une sortie de la zone euro serait une issue de dernier ressort, et que seul le peuple grec pourrait prendre un telle décision.

Le ministre slovaque des Finances s'est lui dit sceptique qu'un accord puisse être dégagé aujourd'hui, tout en mettant en garde que la prolongation des discussions était préjudiciable à la Grèce et à la zone euro. "Nous devons décider, dans un sens ou dans l'autre."

Alexander Stubb, ministre finlandais des Finances, a quant à lui déclaré à son arrivée à la réunion qu'un financement relais n'était "à ce stade" pas envisagé par la zone euro.

Le commissaire européen chargé de l'Euro et du Dialogue social, le Letton Valdis Dombrovskis, se veut pour sa part réaliste, n'excluant aucune issue à ces négociations. "Certainement, ce n'est pas notre but, ce n'est pas notre intention, a-t-il indiqué quant au potentiel Grexit. Nous œuvrons au scénario où nous pourrons parvenir à un accord, mais si la confiance n'est pas restaurée et s'il n'y a pas de paquet crédible de réformes en place, cela ne pourra être exclu."

"Beaucoup dépendra de ce que le gouvernement grec présentera", a-t-il encore souligné en évoquant un "défi immense et immédiat" pour Athènes. "Ce qu'il nous faut maintenant, c'est une stratégie claire et crédible sur la sortie de crise de la Grèce, les moyens de restaurer la stabilité financière et le retour à la croissance économique."

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait pris la parole plus tôt ce mardi matin, pour la première fois depuis dimanche, lors d'une session du Parlement européen à Strasbourg. Il disait lui aussi vouloir éviter ce scénario catastrophe.

"Ma volonté, mon souhait est d'éviter un Grexit" et "il est temps de se retrouver à la table des négociations", a-t-il notamment déclaré.

Allemagne et France ont tenté d'accorder leurs violons

A la veille de cette réunion cruciale, l'Allemagne et la France se sont efforcées de masquer leurs divergences d'approche du dossier et de présenter une position commune face au Premier ministre grec Alexis Tsipras, fort des 61,31% obtenus par le "non" au référendum sur le plan des créanciers de la Grèce.

Après des entretiens à Paris lundi, le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel ont voulu montrer une certaine unité dans leur message à Athènes.

La chancelière a ainsi jugé "urgent" d'obtenir du gouvernement grec des "propositions tout à fait précises" tandis que le président français demandait des propositions "sérieuses".

Mais Hollande, fidèle à la position conciliatrice que veut adopter la France, a répété que la porte restait "ouverte" aux discussions et a insisté sur la notion de "solidarité".

Bourse et banques fermées

La Bourse d'Athènes restera quoiqu'il arrive fermée mercredi, a annoncé mardi matin la commission des marchés financiers grecs. Les banques grecques resteront fermées au moins jusqu'à mercredi, et les mesures de contrôle des capitaux seront maintenues. La limite de retrait est toujours fixée à 60 euros par personne et par jour. Cet état d'urgence financier empêche la banqueroute immédiate, mais aggrave de jour en jour l'asphyxie économique.

Lundi soir, une source du gouvernement grec a indiqué que Tsipras avait déclaré au président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi que les banques grecques, fermées pour empêcher leurs clients de vider leurs comptes, devraient rouvrir avec l'aide de la BCE.

Statement by Eurogroup President J. Dijsselbloem after the Eurogroup meeting of 7 July 2015
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