Incidents dans la rue, Syriza sous pression: le parlement grec tendu avant un vote crucial

Des manifestants casqués ont défié les forces de l'ordre
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Des manifestants casqués ont défié les forces de l'ordre - © ANGELOS TZORTZINIS - AFP

Des incidents opposaient la police et des manifestants armés de cocktails molotov sur la principale place d'Athènes, mercredi vers 18h, au moment où commençait à quelques dizaines de mètres de là un débat parlementaire crucial pour la suite de l'aide à la Grèce. Les échauffourées, assez violentes d'après les journalistes sur place, ont duré une vingtaine de minutes.

Des distributeurs de banques ainsi que du mobilier urbain ont été endommagés, des vitrines brisées et un car de télévision a été incendié. Quatre policiers ont été légèrement blessés, ainsi que deux photographes de l'AFP. La police a arrêté une quarantaine de personnes. "Je suis là parce que le gouvernement n'a pas respecté notre vote du 5 juillet, ni ce que nous vivons depuis cinq ans", a témoigné une manifestante, Heleni, 28 ans.

Ces incidents se sont déroulés à la dislocation de la manifestation contre le plan d'austérité présenté devant le parlement ce mercredi. La march était organisée parallèlement à une grève dans le secteur public.

Les premières mesures de l'accord conclu lundi entre la Grèce et ses créanciers devaient être votées mercredi soir par le Parlement, avec un risque pour le Premier ministre Alexis Tsipras d'en sortir affaibli. Pour montrer sa bonne volonté aux créanciers, avant d'espérer obtenir dans quelques semaines un troisième plan d'aide d'au moins 80 milliards d'euros, le gouvernement grec dirigé par la gauche radicale devait en effet faire passer "d'ici au 15 juillet" un premier train de mesures. Il s'agit notamment d'une hausse de la TVA, et de l'adoption d'une règle d'or budgétaire. Après une journée de débats en commission, et de discussions sur la procédure, le débat a finalement commencé à 21h00, assorti d'une procédure d'urgence.

Démissions et jeu d'influences à quelques heures du vote au parlement

A l'intérieur du Parlement, le ministre des Finances Euclide Tsakalotos a pris la parole en premier. "Lundi matin à 09h30 fut le pire moment de ma vie. Je ne sais pas si nous avons bien fait, mais nous sentions que nous n'avions pas le choix", a-t-il déclaré, citant une phrase célèbre attribuée à l'ancien Premier ministre chinois Zhou Enlai. Celui-ci, interrogé dans les années 60 sur ce qu'il pensait de l'impact de la Révolution française, avait répondu : "Il est un peu tôt pour le dire".

La vice-ministre grecque des Finances Nadia Valavani a, elle, annoncé mercredi, dans une lettre adressée au Premier ministre Alexis Tsipras, qu'elle démissionnait du gouvernement.

Il est impossible de continuer d'appartenir au gouvernement

Cette annonce intervient avant le vote crucial qui doit avoir lieu au parlement dans la journée sur le paquet de mesures d'austérité exigé par la zone euro en contrepartie du déblocage d'un troisième plan d'aide à la Grèce. Nadia Valavani, qui était chargée au sein de son ministère des questions fiscales et des privatisations, a fait savoir qu'elle n'était plus en mesure de siéger au conseil des ministres. "Il est impossible de continuer d'appartenir au gouvernement", écrit-elle dans sa lettre, en expliquant que les mesures d'austérité engageront le pays sur une voie mortifère.

La présidente du parlement grec Zoé Constantopoulou, chantre de l'aile gauche du parti au pouvoir Syriza, a quant à elle demandé ce mercredi aux 300 députés de la Chambre de rejeter le paquet de mesures d'austérité exigé par la zone euro en échange d'un troisième plan d'aide à la Grèce.

De nombreuses autres défections de poids, comme celle du ministre de l'énergie Panagiotis Lafazanis, sont attendues. Beaucoup privilégient en effet "les alternatives" parmi lesquelles le retour à la drachme.

L'incertitude demeure

Afin de faire voter les réformes nécessaires à la poursuite des négociations avec ses créanciers, Alexis Tsipras espère désormais pouvoir s'appuyer sur les principaux partis de l'opposition. Représentant 106 députés à eux trois, ils devraient soutenir l'accord puisque Nouvelle Démocratie (conservateurs), le Pasok (socialistes) et Potami (centre-gauche), ont appelé à voter en faveur du texte.

Les députés du parti néonazi Aube dorée et ceux du parti communiste KKE (32 voix) ont exprimé leur intention de voter contre le projet d'accord. L'aile gauche de la formation au pouvoir Syriza est quant à elle bien décidée à saboter la proposition arrachée à Bruxelles ce lundi. C’est ce qu’annonce un membre du parti sur sa page Facebook à l’issue du comité central de Syriza. 107 votants sur 201 se sont prononcés contre, soulignant le que "cet accord n'est pas compatible avec les idées et les principes de la gauche, mais, par dessus tout, n'est pas compatible avec les besoins des classes ouvrières. Cette proposition ne peut pas être acceptée par les membres et les cadres de Syriza". Syriza compte 149 députés, dont une centaine réfractaire à la position du Premier ministre Tsipras.

Demeure le parti de droite souverainiste ANEL et ses 13 députés qui pourront, les cas échéant, faire pencher la balance. Les débats à la Vouli vont débuter vers 23 heures locales (22 heures à Bruxelles) tandis que le vote en lui-même débutera vers minuit, les parlementaires ne peuvent en effet pas voter le jour du débat en commission.

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