Crise: quand les Grecs agitent le spectre d'une ancienne dette nazie

En pleine crise, certains Grecs n'hésitent pas à évoquer une vieille dette nazie.
En pleine crise, certains Grecs n'hésitent pas à évoquer une vieille dette nazie. - © EPA

De plus en plus de Grecs exigent que l'Allemagne rembourse une vieille dette datant de 1941. Le dictateur nazi Adolf Hitler s'était alors servi dans les coffres de la Banque Centrale grecque. Aujourd'hui, avec les intérêts, la somme due s'élèverait à quelque 81 milliards d'euros. Soit un sixième de la dette hellénique.

Dans les rues d’Athènes, la colère gronde. Depuis plusieurs semaines, des milliers de citoyens manifestent et crient leur désespoir. Cette foule exige des réponses et veut désigner les coupables. Nombreux sont ceux qui pointent la responsabilité de l’Europe et en particulier du tout-puissant tandem franco-allemand. Les remarques et conseils germaniques sont particulièrement mal acceptés par les Athéniens et leurs compatriotes.

En Grèce, les discours anti-allemands se font de plus en plus violents, de plus en plus hostiles. Certaines voix n’hésitent d’ailleurs plus à évoquer les heures les plus sombres de l’Histoire européenne. Manolis Glezos, ancien héros de la résistance âgé de 89 ans, fut l’un des premiers à évoquer une vieille dette allemande, datant de la Seconde Guerre mondiale.

Un emprunt hitlérien jamais remboursé

Le 6 avril 1941, les troupes allemandes viennent en aide aux armées de Benito Mussolini et envahissent la péninsule hellénique. Comme tous les autres pays occupés par les forces du troisième Reich, la Grèce doit fournir une importante main-d’œuvre et de grandes quantités de matières premières pour satisfaire les exigences du régime nazi. L’Allemagne met également la main sur les mines grecques (or, nickel, pyrite…). Pillée, mise à sac, la Grèce est victime de la barbarie nazie. Selon les estimations, près de 300 000 citoyens grecs seraient morts de faim durant la guerre. Mais Adolf Hitler veut plus. Beaucoup plus. Le dictateur force la Banque centrale grecque à lui verser 476 millions de reichsmarks, l’équivalent de 10 milliards d’euros actuels.

Au lendemain de l’Armistice, l’Allemagne accepte, sous la contrainte, de réparer. Le montant à verser à la Grèce est fixé à 41 milliards de dollars lors de la signature du traité de Londres (1953). Mais pour de nombreux Grecs, ce remboursement ne concerne que les réparations matérielles et les dédommagements pour les pertes humaines. L’emprunt hitlérien n’aurait, lui, jamais été remboursé.

Un sixième de la dette grecque actuelle

Début 2010, lors d’un voyage en Allemagne, Theodoros Pangalos, alors vice-Premier ministre grec, n’avait pas hésité à évoquer cette dette de Berlin. "Ils ont pris les réserves d’or de la banque de Grèce, ils ont pris l’argent grec et ne l’ont jamais rendu. C’est un sujet qu’il faudra bien aborder un jour ou l’autre", avait-il alors indiqué sur les ondes de la BBC. D’un revers de la main, les autorités allemandes avaient balayé ces critiques et accusations.

Deux ans plus tard, la situation a empiré. La Grèce agonise, la zone euro tremble. Et lorsque certaines voix, en Allemagne, se sont élevées pour dénoncer la calamiteuse gestion des finances grecques, d’autres, à Athènes, leur ont répondu, calculatrices à la main. Avec un raisonnement des plus simples : si l’on applique un taux d’intérêt de 3% sur cette période de 71 ans, on obtient une dette allemande valant aujourd’hui plus de 80 milliards d’euros. Soit un sixième de la dette grecque.

PIAB

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