André Sapir (ULB) : "La Grèce a accepté ce que les créanciers demandaient d'elle"

André Sapir, professeur d'économie à l'ULB, sur Matin Première (RTBF) le vendredi 10 juillet 2015.
André Sapir, professeur d'économie à l'ULB, sur Matin Première (RTBF) le vendredi 10 juillet 2015. - © Capture d'écran RTBF

Auréolé de sa victoire au référendum du 5 juillet, renforcé par le soutien des autres partis, y compris d’opposition, le gouvernement grec d’Alexis Tsipras n’a pas tardé à formuler un nouveau plan de sortie de crise. Tous les observateurs s’accordent pour le trouver très proche de celui auquel le gouvernement grec s’était…opposé, avant d’appeler la population grecque à appuyer cette opposition. "Ce programme aurait pu être écrit par les créditeurs. La Grèce a fait un grand effort, et a accepté ce que les créanciers attendaient d’elle", lance ainsi André Sapir, invité ce vendredi de Matin Première. "Ce geste était absolument nécessaire. Sans lui, la porte était définitivement fermée à un accord."

"Difficile d'oublier ces derniers mois"

S’il se réjouit de "ce qui a été écrit" dans cette proposition, le professeur d’économie de l’ULB se demande, comme une partie des ministres de l’Eurogroupe et comme les milieux financiers et patronaux, si elles seront mises en œuvre. Car "parmi les créditeurs il y a une fameuse perte de confiance. Augmentation de la TVA et de l’âge légal de la retraite passeront ce vendredi au Parlement grec. Mais sera-ce suffisant?" "Difficile d’oublier ce qui s’est passé ces derniers mois. Ce n’est plus ici une discussion technique, c’est politique."

Tsipras, plus austère que ses prédécesseurs

Ces derniers mois, ces dernières années, justement, ce sont plusieurs plans d’aides/de réformes/d’austérité que la Grèce a négociés avec ses créanciers, FMI, Banque Centrale européenne, Commission européenne. "Il n’y a ici rien de neuf sur la table, tous les paramètres étaient déjà présents par le passé", admet André Sapir, à la notable exception qu’Alexis Tsipras, Premier ministre de gauche élu sur le rejet de l’austérité, va plus loin que ce qui avait été proposé ou accepté par ses prédécesseurs. "Ce programme est plus grand que ce qui aurait été mis sur la table il y a trois mois."

"Pas de conférence sur les dettes souveraines"

Et après ? "Il faut parler de l’allègement de la dette grecque ! ", s’écrie le professeur de l’ULB. Qui observe, du reste, que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble aussi bien que le FMI l’évoquent. Mais la proposition de l’économiste français Thomas Piketty, qui appelle à la convocation d’une grande conférence sur les dettes souveraines en Europe, n’enthousiasme pas André Sapir. "Je m’inscris en faux contre cette idée", dit-il. Car "la Grèce est un cas différent, exceptionnel. Faire une conférence sur la dette en Europe, ignorer l’exceptionnalité de la Grèce, c’est signer l’arrêt de mort de l’euro. N’étendons pas les choses, sinon on va aboutir à des situations ingérables".

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