Au pays des libertés religieuses, Satan a lui aussi voix au chapitre

Au pays des libertés religieuses, Satan a lui aussi voix au chapitre
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Au pays des libertés religieuses, Satan a lui aussi voix au chapitre - © Tous droits réservés

Quasi absente des débats de la campagne présidentielle, la religion est pourtant indispensable pour comprendre la société américaine, traversée par une myriade de confessions, chrétienne en tête. Catholiques, protestants, mormons, évangéliques, ces églises sont elles-mêmes divisées en plusieurs courants, sans oublier les cultes des différentes minorités. En dehors de tout dogme mais en vertu de la liberté d’expression et de religion, les satanistes ont eux aussi leur place dans le paysage. 

"Aux Etats-Unis, un club de satanistes pourra bientôt animer des ateliers dans les écoles, vrai ou faux ?" Cette question posée l’été dernier sur les ondes belges (de l’émission C’est presque Sérieux sur La Première) m’interpelle. L'histoire est vraie et elle se passe à Seattle, première étape de mon voyage.

Malgré ce que son nom laisse entendre, " The Satanic Temple ", représenté dans plusieurs grandes villes américaines, ne prêche pas de le culte démoniaque. Sa philosophie repose sur la liberté de ne pas suivre de dogme religieux. Ses adhérents militent aussi pour davantage de séparation entre l’Eglise et l’Etat, dans un pays où le président prête serment sur la bible. Et où un programme scolaire évangélique, connu sous le nom de " Good News Club ", est dispensé dans de nombreuses écoles publiques. Il s’agit d’ateliers proposés " after school " (après les classes) à des enfants de 5 à 12 ans, par des affiliés de l’organisation internationale " Child Evangelism Fellowship ".

Satan garant de la laïcité ?

Tarkus Claypool est le porte-parole du Satanic Temple of Seattle. Je le rencontre en ce premier dimanche matin du mois d’octobre (pas de risque qu’il soit à la messe). Vêtu d’un long impair noir sur chemise rouge, il m’explique : " Les membres des Good News Club enseignent la bible, font croire aux enfants qu’ils sont pêcheurs et qu’ils ont besoin de Dieu pour être bons, ils leur apprennent aussi à évangéliser les autres enfants ". Des faits rapportés par de nombreux parents d’élèves qui s’inquiètent de ce qui n’est autre, pour Tarkus, que du prosélytisme.

Si ces ateliers existent, c’est grâce à une décision prise par la Cour suprême, en 2001. La juridiction a en effet estimé qu’exclure un programme extra-scolaire, en raison des opinions religieuses de ses promoteurs, constituait une violation de la liberté d’expression – et de religion – garantie par le premier amendement de la constitution américaine.

"Les religions en tirent parti et s’arrogent le droit de s’immiscer partout dans l’espace public", déplore Tarkus, "il y a une érosion constante de la séparation entre l’Eglise et l’Etat. Par exemple, ils ont voulu reproduire une scène de la Nativité devant le bâtiment du Parlement, placer les 10 commandements dans le palais de justice, ou le 'In God we trust' à l’arrière d’un véhicule de police."

God Vs Satan

Pour contrer les "Good News Clubs" (plus de 3500 à travers le pays depuis 2001), et en vertu de cette même liberté d’expression, les satanistes ont développé leur propre programme extra-scolaire. Les "Satan Club" sont aujourd’hui autorisés comme alternative dans les programmes extra-scolaires de plusieurs écoles. Nulle question de satanisme ou de superstition ici, promettent-ils, les programmes entendent privilégier le libre examen, le rationalisme, la logique ou la science, dans ses aspects ludiques.

 

" Nous ne vénérons pas Satan, nous le considérons juste comme une métaphore, un symbole de notre combat contre la tyrannie religieuse ".

Contacté à différentes étapes de mon parcours, le "Good News Club" ne m’aura donné pour réponse que ce mail.

A Seattle, le premier " Satan Club " sera dispensé dès le mois de novembre prochain dans l’école primaire de Mount Vernon, dans le nord de la ville. C’est un des établissements qui avaient reçu plusieurs plaintes de parents d’élèves. Reste à voir combien d’entre eux se laisseront convaincre par cette vidéo de présentation, métaphorique évidemment.

@CatTonero, envoyée spéciale de la RTBF

Durant trois semaines, Catherine Tonero et Thomas Mignon, journalistes la RTBF, et Sébastien Sabiron, journaliste à Mouv', sillonnent les Etats-Unis à la rencontre de la société américaine. Dans leur sac à dos, un smartphone, le couteau suisse des reporters du XXIe siècle. Au programme, les enjeux de la campagne présidentielle, sous forme de défis à relever et de mots-clés à illustrer.

Suivez leur périple au jour le jour sur le site de La course à la Maison Blanche et sur la page Facebook du même nom.

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