Vers la fin de l'offensive à Mossoul? Eclairage en quatre points

Vers la fin de l’offensive à Mossoul? Eclairage en quatre points
Vers la fin de l’offensive à Mossoul? Eclairage en quatre points - © AHMAD AL-RUBAYE - AFP

Depuis trois mois les forces irakiennes combattent les terroristes du groupe état islamique à Mossoul, la plus grande ville sous leur contrôle.

Désormais, tout l'est de Mossoul a été repris par le gouvernement irakien avec l'aide de la coalition internationale menée par les Etats-Unis. Est-ce bientôt la fin du 'califat' proclamé par le groupe état islamique en 2014? Eclairage en quatre questions avec notre correspondant en Irak, Wilson Fache.   

Vous avez passé toute la semaine dans les quartiers libérés de Mossoul, quelle est la situation sur place?

"La première chose qui frappe quand on arrive a Mossoul, c'est les embouteillages. Des centaines de voitures, de camions, d'ambulances, de taxis jaunes qui tentent de s'engouffrer dans les rues de Mossoul. Beaucoup de bâtiments on été détruits dans les combats, mais il y a beaucoup de monde dans les rues, beaucoup de femmes aussi, qui peuvent désormais se balader seules et sans couvrir leur visage. Beaucoup de magasins et d'écoles ont rouvert, presque 20 000 enfants se sont inscrits a l’école cette semaine dans la partie est de la ville. Dans les établissements scolaires, les gens font la file pour inscrire leurs enfants. Dedans, il n'y a pas encore d'eau courante ni d'électricité. Parfois, les plafonds se sont effondrés ou un obus de mortier a abîmé le terrain de basket, mais les enfants ont le sourire.

Il faut savoir qu'une rivière sépare la ville en deux et que tout l'ouest de la ville est encore sous le contrôle du groupe Etat islamique. Cette rivière est devenue un ligne de front. C'est donc dangereux pour les civils qui habitent a proximité. Depuis l'autre côté de la rivière, les djihadistes attaquent avec des obus de mortier et des petits drones piégés."

Quelle est la situation pour les civils dans la partie de la ville toujours contrôlée par les djihadistes?

"En tant que journaliste, je ne peux pas me rendre dans ces quartiers, c'est beaucoup trop dangereux. Des habitants des quartiers libérés m'ont néanmoins dit que c'était extrêmement difficile pour leur famille qui se situe à l'ouest. Cette partie est assiégée par les forces irakiennes et ça veut dire que la nourriture, l'eau, le gaz, le pétrole, ne rentrent plus dans cette partie de la ville. Les prix augmentent et les gens commencent a avoir faim."

Est-il possible aujourd'hui de savoir quand se terminera cette bataille?

"Au départ, le Premier ministre irakien était certain que la bataille serait gagnée avant la fin de l'année 2016. Finalement, il s'est ravisé et a annoncé que cela prendrait encore plusieurs mois. L'offensive pour reprendre la partie ouest qui est toujours sous contrôle du groupe Etat Islamique devrait commencer au mois de février. L'ouest c'est la vieille ville, les rues y sont plus sinueuses et la densité de population plus élevée, ce sera donc vraisemblablement plus difficile de s'y déplacer. Et puis le risque c'est les civils: 750 000 personnes dont 300 000 enfants vivraient la-bas."

Les généraux sont optimistes 

"Les généraux irakiens avec qui j'ai parle sont néanmoins optimistes. La partie ouest est plus petite que la partie est et ils disent avoir déjà tué des milliers de djihadistes et détruit des centaines de voiture piégées. Ils ont aussi détruit ou capturé énormément d'ateliers de production d’armes. Selon eux, il faudra moins de temps pour libérer la partie toujours sous contrôle des djihadistes que la partie est, ce qui avait mis moins de trois mois."

L'Irak fait partie de la liste des sept pays dont les citoyens ne pourront plus se rendre aux Etats-Unis. Comment le pays réagit-il à la décision de Trump?

"Des voix s’élèvent en Irak pour dénoncer cette décision. Des parlementaires irakiens appellent le gouvernement a prendre des mesures réciproques et interdire de séjour les citoyens américains. Sauf évidemment le personnel militaire, pressent en nombre dans le pays pour combattre le groupe Etat islamique. Certains ici sont assez ahuris et en colère. Il y a des personnes ici qui ont été persécutées par les djihadistes de l'Etat islamique et qui n'ont pas pu prendre leur avion pour trouver asile aux Etats-Unis.

L'Irak n'envoie pas de terroristes à l'étranger 

Et puis il y en a qui soulignent l'ironie de cette décision. A Mossoul, j'ai parlé avec un soldat irakien qui disait que l'Irak n'envoie pas de terroristes a l'étranger. Et c'est exact, aucun citoyen irakien, ni même des autres pays inclus dans la liste, n'ont participe aux attaques du 11 septembre, ni commis d'attentats terroristes aux Etats-Unis depuis. Par contre ce soldat rappelait que beaucoup de terroristes étrangers sont venu en Irak ces dernières années pour rejoindre le groupe Etat islamique. Dont des Belges, des Français, et des Américains."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK