Un ex-otage raconte M. Nemmouche, geôlier violent pour l'EI en Syrie

Ce sont des témoignages d'ex-otages journalistes, libérés le 20 avril dernier, qui permettent d'affirmer que Mehdi Nemmouche a bien été l'un des geôliers de l'État islamique.

Les propos de ces Français revenus de Syrie ne sont cependant pas identiques.

Certains sont catégoriques, d'autres plus hésitants à ce propos, évoquant "une possibilité". Ces variations dans les déclarations ne semblent cependant pas avoir été un obstacle à la transmission de ces informations par la DGSI.

Parmi les témoignages, celui du journaliste français Nicolas Hénin au magazine hebdomadaire Le Point, est éloquent. "C'est avant tout un combattant. Il n'était pas affecté à la prison. A aucun moment, il n'est resté avec nous. Garder les otages n'était pas sa mission. Mais il interagissait régulièrement avec nous, la plupart du temps masqué, mais aussi à visage découvert".

Une anecdote marquante concerne un passage à tabac du journaliste par Mehdi Nemmouche. "Il regarde ses mains, fait craquer ses doigts dans une attitude de boxeur et ajuste ses gants. 'T'as vu ces gants de moto ? Je les ai achetés pour te casser la figure. Rien que pour toi. Ils t'ont plu ? Cela montre son aspect violent et provocateur'", raconte-t-il.

Bourreau pervers

Pendant quelques mois en Syrie, entre juillet et décembre 2013, Mehdi Nemmouche s'est "occupé" de lui et des autres otages occidentaux.

Nicolas Hénin l'a reconnu formellement sur des documents audiovisuels qui lui ont été présentés suite à son arrestation. Il l'a reconnu formellement comme "Abou Omar".

Selon Nicolas Hénin, c'était un jeune homme paumé et pervers. Le soir venu, il venait narguer les otages, chantait et leur racontait des épisodes de "Faites entrer l'accusé", émission de faits divers présentée par Christophe Hondelatte, dont il rêve de devenir l'un des personnages.

"Quand Nemmouche ne chantait pas, il torturait, raconte l'ex-otage français. Il était membre d'un petit groupe de Français dont la venue terrorisait la cinquantaine de prisonniers syriens détenus dans les cellules voisines. Chaque soir, les coups commençaient à pleuvoir dans la salle dans laquelle j'avais moi-même été interrogé. La torture durait toute la nuit, jusqu'à la prière de l'aube. Aux hurlements des prisonniers répondaient parfois des glapissements en français."

Il aurait donc été l'un des geôliers de Didier François, Edouard Elias, Pierre Torres et Nicolas Hénin, les quatre journalistes français enlevés en juin 2013. Ces quatre ex-otages sont régulièrement consultés par la DGSI et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en France.

D'après Le Monde, certains éléments retenus parmi les autres témoignages ont également fait état de la présence de Mehdi Nemmouche parmi les gardiens de l'ancien otage, James Foley, ce journaliste américain décapité le 20 août dernier par l'État islamique.

D'une grande brutalité

Mehdi Nemmouche n'aurait été, selon certains témoins, qu'un "exécutant de base" de l'État islamique, mais il aurait fait preuve d'une grande brutalité et aurait commis des actes graves. Selon l'expert Claude Moniquet, la garde des prisonniers occidentaux n'est cependant pas une tache de bas étage.

En effet, l'homme était en charge des otages occidentaux alors retenus dans un ancien hôpital d'Alep, transformé en prison, où il torturait également les prisonniers syriens. Une information qui devait rester secrète afin ne pas mettre en danger les autres otages encore détenus en Syrie par l'État islamique, explique Le Point.

Arrêté en France après le quadruple assassinat commis au Musée juif de Bruxelles le 24 mai, Mehdi Nemmouche a été extradé en Belgique le 29 juillet dernier. Il avait auparavant séjourné en Syrie et avait rejoint les rangs de l'État islamique.

T.M. avec JFH et Fl. Hurner

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