Un an de califat pour l'État islamique: les réponses politiques et militaires tardent

Un soldat irakien montre un écusson d'un jihadiste de l'État islamique, au nord de la ville de Tikrit en Irak, le 7 juin 2015.
Un soldat irakien montre un écusson d'un jihadiste de l'État islamique, au nord de la ville de Tikrit en Irak, le 7 juin 2015. - © AHMAD AL-RUBAYE - AFP

Il y a tout juste un an, le 29 juin 2014, "l'État islamique en Irak et au Levant" devenait "l'État islamique" et annonçait le rétablissement du califat, le régime politique islamique qui avait disparu il y a près d'un siècle.

Depuis lors, Abou Bakr al-Bagdadi est aux commandes d'un vaste territoire à cheval sur l'Irak et la Syrie, et les attentats revendiqués par son organisation terroriste se sont multipliés.

Les récentes attaques au Koweït, en Tunisie et en France, le 26 juin dernier, semblent avoir été coordonnées, comme pour célébrer dans le sang le premier anniversaire du califat.

"Revendiquer des actes qu'ils n'ont pas organisés"

Mais pour Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) à Paris, aucune communication n'a toutefois été faite en ce sens par l'EI. "L'État islamique a en tout cas revendiqué l'attentat de Sousse, mais pas celui qui s'est passé en France, en Isère, commente-t-il. Il reste encore à vérifier cet aspect-là. Mais on sait aussi que ce type de manœuvre consiste à revendiquer des actes qu'ils n'ont pas forcément organisés eux-mêmes, pour communiquer au maximum. Il y a une recherche sur la communication dans leur politique, et nous avons, nous Occidentaux, peut-être le tort de tomber parfois dedans."

Les frontières de cet "État islamique" n'ont guère beaucoup bougé en un an, et l'organisation n'a "pas connu énormément" de revers, "parce qu'il y a d'une part une réponse militaire à avoir, et aussi une réponse politique."

Et, estime le directeur de l'IRIS, "cette dernière tarde un peu. Bachar el-Assad est toujours au pouvoir et c'est une source de recrutement pour l'État islamique côté syrien. Et, côté irakien, le pouvoir de Bagdad n'a pas fait les concessions politiques que les sunnites attendent, ce qui fait que l'État islamique a, dans la partie sud de l'Irak, une certaine popularité dans la mesure où il semble représenter l'intérêt des sunnites, alors que Bagdad est vu comme une sorte d'adversaire".

Des troupes au sol ?

"Quant à la réponse militaire, elle est relativement incertaine dans la mesure où les bombardements aériens – qui sont la solution adoptée par les Occidents et les pays arabes pour l'instant – sont assez peu efficaces par rapport à des troupes qui ne sont pas massées. Ils se déplacent par petits groupes et sont très dispersés."

Les frappes de la coalition sont donc "insuffisantes", pour Pascal Boniface qui juge qu'il "faudra des troupes au sol"; une solution qui semblera, à l'avenir, pratiquement inévitable. "Personne ne se précipite toutefois pour les fournir, car ce serait dangereux. Mais la grande bataille, ajoute-t-il, c'est la bataille pour le cœur et les esprits."

"Un combat de longue haleine"

L'État islamique reste par ailleurs, encore aujourd'hui, une organisation riche et puissante. "Elle a d'abord mis la main sur les avoirs de la banque nationale irakienne à Mossoul et elle se sert par ailleurs du pétrole qu'elle arrive à vendre. L'organisation a donc suffisamment de moyens, tout simplement parce qu'elle n'a pas besoin de beaucoup de fonds : équiper militairement leurs troupes est assez peu coûteux par exemple vu l'équipement qu'ils ont."

"Ils ont aussi rétabli les services publics dans la partie irakienne du pays qu'ils contrôlent, ce qui leur a donné une certaine popularité. Il y a donc à la fois rejet et adhésion d'une partie de la population vis-à-vis de l'État islamique."

Enfin, plusieurs experts prédisent que le califat de l'État islamique a encore au moins une décennie de vie devant lui. À ce sujet, Pascal Boniface n'est pas aussi catégorique : "On n'en sait rien, c'est une prédiction parmi d'autres. Ce qui est certain, c'est que le combat contre le terrorisme ne sera pas terminé l'an prochain. C'est un combat de longue haleine. Est-ce que cela peut durer dix ans ? On ne peut pas savoir, cela dépend vraiment des circonstances et du travail politique et militaire qui sera entrepris."