France: le tueur du policier et de sa compagne avait une liste de cibles, selon le parquet de Paris

Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing, tués lundi soir
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Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing, tués lundi soir - © AFP PHOTO / POLICE NATIONALE

Un policier et sa compagne ont été tués lundi soir dans les Yvelines, près de Paris. L'auteur de ce double meurtre, qui a été abattu par les policiers du Raid, s'est revendiqué du groupe terroriste État Islamique. Le procureur de la République de Paris a fait le point sur l'enquête ce mardi en début d'après-midi.

Suite à une réunion d'urgence qui s'est tenue à l’Élysée ce mardi matin, le président français François Hollande a parlé d'un acte "incontestablement terroriste". Cet après-midi, le président demande que des "moyens supplémentaires puissent être déployés" et "la vigilance portée à son niveau maximal" contre le terrorisme, à l'heure où la France accueille l'Euro 2016.

Rappel des faits

Il est 20h30 lundi soir, lorsqu'un commandant de police de 42 ans en civil est tué de plusieurs coups de couteau devant son domicile. Selon des témoins, l'agresseur a crié Allah Akbar en attaquant le policer et avant de pénétrer dans l'habitation. C'est là qu'il va prendre en otage la compagne du policier, elle-même fonctionnaire de police et leur petit garçon de 3 ans. Des voisins alertent alors la police. Les policiers du Raid débarquent.

Le quartier, un quartier résidentiel, est bouclé. L'électricité et le gaz sont coupés. Les policiers ont tenté de négocier avec le forcené. Il se revendiquait du groupe terroriste État Islamique et refusait de se rendre. Vers minuit, l'assaut est donné. L'homme est abattu. Les policiers découvrent le cadavre de la compagne du policier tué. L'enfant est sain et sauf mais évidemment très choqué.  

François Molins: une liste de cibles trouvée au domicile des victimes

L’enquête a été confiée à la section antiterroriste du Parquet de Paris. Le procureur de la République de Paris, François Molins, a tenu une conférence de presse en début d'après-midi. Il a affirmé qu'une liste de cibles comprenant des personnalités et des professions (rappeurs, journalistes, policiers) avait été saisie au domicile des victimes. "Au cours (des) négociations avec le Raid, le tueur a indiqué être musulman pratiquant et faire le ramadan, il a précisé avoir prêté allégeance trois semaines plus tôt au commandant des croyants de l’État islamique, Abou Bakr al Baghdadi", a déclaré François Molins. "Il a ajouté avoir répondu à un communiqué de cet émir, qui demandait, je cite, de tuer des mécréants chez eux, avec leur famille", a-t-il ajouté. Larossi Abballa "a indiqué connaître la qualité de policier de la victime et menacer de tout faire sauter si les policiers investissaient les lieux", a encore souligné le procureur.

Larossi Abballa, condamné le 30 septembre 2013 pour sa participation à une filière d'acheminement de djihadistes vers le Pakistan, avait été placé début 2016 sur écoute par un juge d'instruction dans le cadre d'une enquête sur une filière de départs vers la Syrie. "Ces interceptions téléphoniques n'avaient pas à ce jour mis en évidence le moindre élément permettant de déceler la préparation d'un passage à l'acte violent, elles ne pouvaient donc à ce stade justifier une interpellation à l'initiative du juge d'instruction", a toutefois souligné le procureur.

Le procureur a aussi confirmé que trois hommes de 27, 29 et 44 ans avaient été mises en garde à vue dans le cadre de l'enquête.

Le choc dans le quartier et parmi le corps de police

C'est le choc dans ce quartier résidentiel, explique le Préfet des Yvelines Serge Morvan : "Évidemment, en ce moment, la peine est immense. Elle est immense également, non seulement pour nous mais surtout pour la famille, les proches, et pour les collègues puisque lui était commandant de police en poste au commissariat des Mureaux et elle était secrétaire de la commissaire de Mantes-la-Jolie. Donc, c’est évidemment un choc assez important et même très important qu’aujourd’hui nous allons devoir essayer de combattre, de lutter contre cela".

"Nos collègues pensaient qu'ils étaient à l'abri chez eux. Aujourd'hui, on est au bout du rouleau, on est tués. Les 140000 policiers de France sont tristes, atterrés. Les policiers vont avoir peur", a réagi le secrétaire général du syndicat Unité SGP Police FO, Yves Lefebvre, venu rendre visite aux policiers des Mureaux. Les syndicats de policiers et des personnels administratifs de la police nationale devaient être reçus à 18H00 au ministère de l'Intérieur.

Interrogé sur d'éventuelles mesures de sécurité supplémentaires, réclamées par la droite et certaines organisations professionnelles, Manuel Valls a rappelé que des dispositions avaient "déjà été prises pour la protection des policiers". "Nous n'allons pas adopter à chaque fois une nouvelle mesure."

Cazeneuve: l'enquête "se poursuit et doit conduire à de nouvelles interpellations"

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a décrit mardi comme un acte "terroriste abject" le meurtre lundi soir d'un couple de policiers français à l'arme blanche dans les Yvelines, en région parisienne. "Un acte terroriste abject a été commis hier à Magnanville", a-t-il déclaré à l'issue d'une réunion autour du président de la République François Hollande et du Premier ministre Manuel Valls, à laquelle participait également le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas.

Après une visite au commissariat des Mureaux, où exerçait le commandant de police tué, Bernard Cazeneuve a déclaré mardi matin que l'enquête "se poursuit et doit conduire à de nouvelles interpellations""L'enquête se poursuit, elle avance aussi rapidement que possible (...) et ce qui nous importe (...) c'est que nous puissions faire avancer l'enquête de manière à mettre hors d'état de nuire d'éventuels complices", a-t-il dit à la presse.

Le Conseil français du culte musulman condamne

Le Conseil français du culte musulman a condamné "avec la plus grande vigueur cet acte d'horreur, odieux et abject", appelant les musulmans de France à profiter du ramadan "pour prier pour que la France vive dans la paix, l'unité et la sécurité".

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