Le FBI estime que la vidéo de l'assassinat de Foley est authentique

Dans une vidéo diffusée sur internet, l'EI montre un homme masqué et habillé de noir qui semble couper la gorge de James Foley, qui avait été enlevé par des hommes armés en novembre 2012 en Syrie.

"Nous n'avons jamais été aussi fiers de notre fils Jim", a réagi sa mère, Diane Foley, dans un message sur Facebook. "Il a donné sa vie en essayant de montrer au monde les souffrances du peuple syrien."

"Nous implorons les ravisseurs d'épargner la vie des autres otages. Comme Jim, ils sont innocents. Ils n'ont aucun pouvoir sur la politique du gouvernement américain en Irak, en Syrie ou ailleurs dans le monde", a-t-elle ajouté.

Vérification

"Le FBI a indiqué mercredi matin à la famille Foley qu'il estime que la vidéo est authenthique. Le FBI poursuit une procédure plus longue d'authentification officielle", a indiqué GlobalPost sur son site internet

"Nous sommes horrifiés par le meurtre brutal d'un journaliste américain innocent et exprimons nos sincères condoléances à sa famille et ses amis", a indiqué Caitlin Hayden, porte-parole du Conseil de sécurité nationale dans un communiqué.

Interrogé par notre confrère Ariane Grissel, de Radio France, Domenico Kiriko tempère. Le journaliste italien, qui a été otage en Syrie pendant 5 mois, puis libéré en septembre dernier, estime qu’il faut rester prudent avec ce genre de mise en scène. "Dans la situation de la Syrie et de l’Irak, il faut aujourd’hui être très prudent avant de dire, parce que c’est une vidéo, que c’est lui et qu’ils l’ont tué. Il y a beaucoup de désinformation là-bas, les islamistes utilisent très bien cela. Je reste donc très prudent".

"L’histoire de James Foley a beaucoup de points pas très connus. On disait qu’il avait été kidnappé pas par les jihadistes, mais par le régime de Bachar el-Assad qui voulait faire croire qu’il y avait des terroristes qui tuaient les Américains et les Occidentaux. J’espère que non. Cela me rappelle une chose que mes kidnappeurs m’ont dite en Syrie : "Tu as de la chance, parce que tu es italien. Si tu avais été américain ou anglais, tu serais mort. Nous tuons tous les Américains et tous les Anglais que nous trouvons en Syrie".

Dans cette vidéo, les jihadistes montrent aussi les images d'un autre journaliste américain identifié comme étant Steven Sotloff. Ils menacent de l'exécuter à son tour si le président américain Barack Obama ne met pas fin aux frappes aériennes américaines en Irak.

Les deux journalistes sont vêtus d'une tenue orange, qui rappelle celle des prisonniers de Guantanamo.

L'information a suscité des interrogations, et a été amplifiée, ce mercredi, par plusieurs organes de presse.

Foley, qui à 40 ans était un reporter expérimenté, avait notamment couvert le conflit en Libye avant de se rendre en Syrie, où il a couvert le soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad pour le site d'informations américain GlobalPost, l'Agence France-Presse et d'autres médias.

"Au nom de John et Diane Foley, et aussi de GlobalPost, nous sommes très touchés par les messages de sympathie et de soutien dont nous sommes inondés depuis que la possible exécution de James a été rendue publique", écrit le PDG de GlobalPost, Philip Balboni.

Accent britannique

"Nous sommes horrifiés par la diffusion de cette vidéo - qui n'a pas été authentifiée - et par la revendication de l'assassinat de James Foley", a déclaré le PDG de l'AFP, Emmanuel Hoog.

"James était un journaliste courageux, indépendant et impartial qui a été enlevé en novembre 2012 alors qu'il couvrait le conflit syrien. Les reportages qu'il a faits pour l'AFP et pour d'autres médias étaient reconnus et admirés par un large public. Rien ne pouvait justifier qu'on prive James de sa liberté ou qu'on le menace de mort. Nos pensées vont à sa famille en cette période douloureuse", a-t-il ajouté.

Selon plusieurs témoignages, James Foley a été enlevé dans le nord de la Syrie le 22 novembre 2012. Sa famille, qui avait lancé une campagne d'information, n'avait eu aucune nouvelle depuis lors.

La vidéo d'un peu moins de cinq minutes, qui s'intitule "Message à l'Amérique" a été tournée dans une zone désertique sans qu'il soit possible de savoir où. L'homme masqué qui semble procéder à l'exécution du journaliste, s'exprime en anglais avec un accent britannique.

Cette décapitation présumée rappelle celle d'un autre journaliste américain. Daniel Pearl, 38 ans, correspondant du quotidien américain The Wall Street Journal, avait disparu le 23 janvier 2002 à Karachi, au Pakistan. Une vidéo montrant sa décapitation avait été remise un mois plus tard au consulat des États-Unis.

Réactions internationales

La décapitation du journaliste américain James Foley par l'Etat islamique (EI), si elle est confirmée, est une "barbarie" et un "assassinat ignoble", ont dénoncé mercredi les autorités françaises. "On a affaire à une barbarie qui utilise la peur et la menace", a déclaré le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll à l'issue du Conseil des ministres de rentrée, où la situation internationale a été longuement évoquée. "On doit tout faire pour se mobiliser, c'est l'objectif et la démarche française à l'échelle européenne et à l'échelle internationale", a-t-il poursuivi.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a interrompu mercredi ses vacances pour présider une série de réunions d'urgence après l'annonce de l'exécution sommaire par l'Etat islamique (EI) du journaliste américain James Foley. "Si c'est vrai, le meurtre de James Foley est choquant et pervers. Je vais présider aujourd'hui des réunions sur la situation en Irak et en Syrie", a écrit le Premier ministre sur son compte officiel Twitter.

La chancelière allemande Angela Merkel est "bouleversée" par le sort du journaliste américain James Foley, dont l'Etat islamique (EI) revendique l'exécution dans une vidéo qualifiée de "répugnante" par Berlin.

Opération majeure du HCR

Sur le terrain au nord et à l'ouest de Bagdad, les forces irakiennes appuyées par les milices chiites et les tribus sunnites, ainsi que les peshmergas (combattants kurdes) consolidaient leurs positions après avoir repoussé les jihadistes, mais faisaient mercredi du surplace. Les forces engagées pour reprendre aux jihadistes la ville de Tikrit, l'ancien fief du président renversé et exécuté Saddam Hussein, n'ont pas encore réussi à y entrer.

La reprise du barrage de Mossoul, le plus important d'Irak, a constitué leur principale victoire jusque-là.

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Un membre des forces anti-terroristes irakiennes, célébrant la reprise d'un check-point à Badriyah, près de Mossoul © AHMAD AL-RUBAYE - BELGAIMAGE

L'offensive des jihadistes de l'EI a jeté sur les routes quelque 200 000 personnes surtout des membres des minorités chrétiennes, des Yazidis, des Shabaks et des Turcomans. L'exode de ces minorités dont des dizaines de milliers de personnes ont trouvé refuge dans les montagnes du nord, au Kurdistan ou même dans des camps à la frontière syrienne, a provoqué une crise humanitaire majeure, malgré les aides internationales.

Mercredi, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), lance l'une de ses "plus importantes opérations de soutien pour aider près d'un demi-million de déplacés, par voie aérienne à partir de la Jordanie, terrestre, à partir de la Turquie et de la Jordanie, et maritime à partir de Dubaï".

L'EI, qui a annoncé fin juin la création d'un califat islamique dans les régions qu'il contrôle à cheval en Irak et en Syrie, est formé d'insurgés sunnites qui avaient au départ combattu les forces américaines et irakiennes en Irak, mais est ensuite parvenu à recruter des milliers de combattants arabes et étrangers à travers le monde.

AFP

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