Des produits de Solvay dans des bombes de l'Etat islamique

Bidon produit par Solvay retrouvé en Irak
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Bidon produit par Solvay retrouvé en Irak - © Conflict Armament Research

Pour fabriquer ses bombes, l'organisation terroriste Etat islamique utiliserait des produits chimiques du fleuron belge de la chimie, Solvay. L’information vient d’un rapport réalisé par l’ONG spécialisée dans les armes Conflict Armament Research (CAR). L’ONG retrace l’origine des armes utilisées par les terroristes de l’État islamique. Cinquante et une entreprises sont concernées. Elles ont leur siège dans plus de vingt pays différents parmi lesquels l’Autriche, la Finlande et la Belgique.

Du peroxyde d’hydrogène fabriqué par Solvay

En ce qui concerne la Belgique, le point de départ des recherches de l’ONG est un bidon retrouvé par la police fédérale irakienne après la seconde bataille de Tikrit.

L’ONG a retracé l’origine du bidon. Le peroxyde qu’il contenait -qui sert dans son utilisation civile à la stérilisation des emballages en plastique et en carton- a été produit aux Pays-Bas en 2014, avant d’être exporté vers l'entreprise turque Diversey Kimya.

Le 20 février 2014, le site néerlandais de Solvay a envoyé 180,65 kilos de bidons de peroxyde à Anvers, où ils ont été chargés sur le porte-conteneurs MSC Sarah. Le bateau a quitté Anvers le 23 février 2015, direction la Turquie. Transitant par le Kurdistan irakien, ces bidons ont finalement abouti dans les mains des terroristes de l’Etat islamique. Voilà comment des produits chimiques à usage civil sont détournés pour fabriquer des armes…

Quant aux deux derniers clients de la chaîne qu’a retracée l’ONG- les entreprises Al Safi Danone et Karwanchi Group- elles n’ont pas répondu aux questions de l’ONG. "Pour nous, le problème se situe chez les petits clients de fin de chaîne, explique James Bevan, le directeur exécutif de CAR. Soit ils ne tiennent pas de registre et ne savent donc pas justifier à qui ils ont vendu leurs produits, soit ils refusent de répondre car ils savent qu’ils ont franchi la ligne rouge". Et James Bevan cite l’exemple des téléphones de la marque finlandaise Nokia. L’Etat islamique les utilise comme commande à distance pour leurs explosifs. Dix téléphones Nokia du même modèle ont été récupérés auprès des terroristes. "Quand vous voyez qu’un homme vient vous acheter des dizaines de gsm Nokia du même modèle, cela doit vous mettre la puce à l’oreille".

Pour James Bevan, les petits clients en bout de chaîne devraient proposer une traçabilité exemplaire. Les grandes sociétés européennes pourraient d’ailleurs conditionner les transactions commerciales à une telle traçabilité. L’ONG se félicite par contre de la traçabilité que garantissent les 51 entreprises qui ont été identifiées comme ayant fourni (certainement sans le savoir) des produits permettant aux terroristes de l’Etat islamique de fabriquer leurs armes.

Du côté de Solvay, on tient à préciser qu'on "ne vend pas à l'Etat islamique et qu'on respecte toutes les obligations légales internationales". Dans ce cas précis, la société précise avoir vendu ce produit à un client américain bien établi et reconnu et spécialisé dans son domaine qui est le Nettoyage En Place (NEP) (Alimentation, Hôpitaux,..). Le client a indiqué qu'il fallait envoyer les produits dans des entrepôts en Turquie. 

Une licence pour les produits à double usage ?

Le GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité) précise que "contrairement aux armes, les produits tels que le peroxyde peuvent être exportés sans licence d’exportation. Mais l’autorité publique peut toujours décider s’il est nécessaire ou non de soumettre le produit à une licence s’il est à double usage, s’il peut être utilisé dans le domaine militaire", explique Luc Mampeye, directeur du GRIP.

Cela risquerait par contre de mettre à mal la souplesse que nécessitent certaines transactions commerciales.

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