Assassinat de James Foley: la Grande-Bretagne, "terre fertile pour l'EI"?

L'accent britannique du bourreau du journaliste James Foley secoue la Grande-Bretagne
L'accent britannique du bourreau du journaliste James Foley secoue la Grande-Bretagne - © Vidéo publiée par l'Etat islamique

L'accent anglais du bourreau du journaliste James Foley préoccupe la Grande-Bretagne au plus haut point. Jeudi, David Cameron affirmait que l'homme en noir qui apparaît dans la vidéo de l'Etat islamique n'avait pas encore été identifié mais admettait qu'il s'agissait "probablement" d'un ressortissant britannique. Pour un think tank anti-extrémisme londonien, cela doit mettre en lumière un problème de radicalisation "bien enraciné" en Grande-Bretagne, que NBC News qualifie sans hésiter de "terre fertile pour les jihadistes de l'EI".

Pour de nombreux analystes, le fait que le bourreau de James Foley s'exprime en anglais était le meilleur moyen pour l'Etat islamique d'adresser directement son message aux Etats-Unis, mais aussi au monde entier.

Reste que l'homme en noir s'exprime avec un accent britannique distinct, ce qui rappellerait pour d'autres la capacité de l'EI à recruter des occidentaux, à fédérer sous sa cause jihadiste et son pavillon noir: "Cela montre qu'ils ont de nombreux occidentaux parmi leurs recrues qui se radicalisent très probablement en Occident avant d'arriver en Syrie", déclare ainsi Ghaffar Hussain, le directeur général de la Fondation Quilliam, au quotidien The Telegraph.

Selon ce think tank luttant contre l'extrémisme basé à Londres, la vidéo du groupe de sunnites ultra-radicaux rappelle que la Grande-Bretagne est particulièrement confrontée à un problème de radicalisation "profondément enraciné""A Londres, cela fait quelques dizaines d'années que des groupes enseignent ouvertement un Islam radical sans être inquiétés", explique Harris Rafiq, responsable de la sensibilisation pour la Fondation.

Il ajoute que, dès lors, "nombreux sont ceux qui ont grandi en étant convaincus qu'ils ne seront vraiment Musulmans qu'après la création de l'Etat islamique". "Il n'est donc pas étonnant, conclut Harris Rafiq, que les jihadistes (de l'Etat islamique, NDLR) aient pu enrôler ces personnes".

Une "tradition de la liberté" favorisant la radicalisation?

Selon les estimations du gouvernement de David Cameron, au moins 400 Britanniques font partie des 2000 européens qui auraient rejoint les rangs de l'Etat islamique.

Et selon NBC News qui, dans un article intitulé "Pourquoi la Grande-Bretagne est une terre fertile pour les terroristes de l'EI", rapporte les dires d'un parlementaire anglais, le nombre de jihadistes venus d'outre-Manche serait largement supérieur: ils seraient environ 1500 à avoir été recrutés par des extrémistes combattant en Irak et en Syrie.

Dans le même article, le directeur du Centre d'étude de la Sécurité et du Renseignement de l'Université de Buckingham, Anthony Glees, affirme que "les idéologies islamiques extrémistes se sont répandues avec une certaine aisance sous le couvert de la 'liberté de parole' et du 'multiculturalisme'" prônés dans ce qu'il définit comme une "tradition de la liberté" chère au Royaume-Uni.

Après la publication de la vidéo, le chef d'Interpol Ronald Noble a affirmé que cette implication probable d'un Britannique démontrait "une nouvelle fois la nécessité d'une réponse multilatérale contre la menace de terreur de combattants radicalisés transnationaux " au Moyen Orient.

Selon le dernier rapport du Centre international d'Etudes sur la radicalisation, les réseaux sociaux constituent un puissant instrument de plus en plus utilisé par les jihadistes pour enrôler de nouvelles recrues. "Ils vont se contacter sur Twitter, Facebook, Whatsapp ou Skype", explique Peter Neumann, membre du Centre en ajoutant que "les services de renseignement surveillent bien entendu ces conversations".

G.R.

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