A Mossoul, les actes de résistance se multiplient contre l'EI (reportage)

Une femme ayant fui Mossoul dans un camp de réfugiés
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Une femme ayant fui Mossoul dans un camp de réfugiés - © SAFIN HAMED - AFP

Alors que l’armée irakienne et les peshmergas kurdes marchent vers Mossoul avec le soutien de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, des groupes de résistants mèneraient des opérations pour lutter contre l’organisation terroriste Etat islamique qui tient leur ville. Reportage.

Après avoir marché des heures avec plusieurs familles dans le no man’s land qui sépare le Califat de la ligne de front tenus par les combattants peshmergas kurdes, Ahmed peut enfin s’asseoir et boire de l’eau sans craindre pour sa vie. Il y a encore quelques jours, cet habitant de Mossoul était un témoin privilégié d’actes de résistance qui se font de plus en plus visibles dans la ville.

"Je suis conducteur de taxi à Mossoul, je conduis toutes sortes de gens et tous parlent de l’Etat islamique. Quand je roule dans Mossoul, je peux voir des graffitis sur les murs des écoles et des stations de bus. Il ont écrit de grands "R" comme 'Résistance', ou ‘Longue vie à la résistance', ‘longue vie à l’armée’ et ‘l’Etat islamique est terminé, l’Etat islamique a échoué", explique-t-il.

Si l’un des combattants est tué par la résistance, l’Etat islamique n’en parle pas, sinon le moral de ses troupes sera au plus bas

Si à Mossoul les rumeurs sur les actes de résistance circulent aussi vite que le taxi d’Ahmed, selon le chauffeur de 26 ans le groupe Etat islamique et la résistance, eux, ont choisi de se taire. "Si l’un des combattants est tué par la résistance, l’Etat islamique n’en parle pas, sinon le moral de ses troupes sera au plus bas. Et la résistance, ils ne peuvent pas dire qu’ils ont tué des membres de l’EI sinon ils vont se mettre à découvert".

Le 10 juin 2014, de nombreux sunnites, qui voyaient l’armée irakienne comme une force d’occupation chiite, accueillaient les djihadistes de l’EI en libérateurs. La ville, la deuxième d’Irak, tombait après quatre jours de combats.

En mars, les forces armées irakiennes lançaient leur offensive contre le dernier grand bastion de l’Etat islamique en Irak. Remontant lentement le fleuve Tigre du sud vers le nord, les soldats reprennent villages après villages, avant un éventuel assaut sur Mossoul. Le général irakien Najim al-Jubouri, qui commande l’opération pour reprendre la ville, pense que les civils de Mossoul pourraient jouer un rôle clé dans la bataille à venir.

"Chaque jour nous entendons parler de civils qui attaquent des combattants de l’EI. Certains d’entre eux étaient des officiers ou des soldats de l’armée irakienne, d’autres travaillent avec les services de renseignement à Bagdad, et certains le font par esprit de vengeance. Maintenant les gens refusent l’Etat islamique. Et lorsque nos troupes arriveront près de Mossoul, nous nous attendons à ce que les habitants se rebellent contre l’Etat islamique", espère-t-il.

La plupart de nos opérations sont des assassinats, nous enterrons aussi des engins explosifs, nous distribuons des tracts contre l’Etat islamique et nous collectons des informations sur des cibles potentielles.

Alors que de nombreux officiers de l’armée de Saddam Hussein ont rejoint les rangs du groupe Etat islamique, certains ont quant à eux décidés de rejoindre ses adversaires. En 2003, le Colonel Munadheel était limogé suite au démantèlement de l’armée irakienne par les américains après l’effondrement du régime de Saddam.

Désormais, le colonel dit diriger à distance Les Brigades de Mossoul, un groupe de résistants lié à l’ancien gouverneur de la province de Ninive, dont Mossoul est la capitale. "Nous pensons que Mossoul ne sera pas libérée sans la présence d’une résistance qui travaille de l’intérieur. Car le gouvernement à Bagdad n’attaquera pas Mossoul avant longtemps. La plupart de nos opérations sont des assassinats, nous enterrons aussi des engins explosifs, nous distribuons des tracts contre l’Etat islamique et nous collectons des informations sur des cibles potentielles. Sur les deux dernières années, nous avons perdu à peu près dix hommes. Certains ont été exécutés par l’EI, et plusieurs ont été attrapés et nous ne savons toujours pas à ce jour ce qu’ils sont devenus".

La date de la bataille de Mossoul reste encore un mystère pour le public. Si les Etats-Unis espèrent un assaut en octobre, certains haut-gradés irakiens tablent quant à eux pour une offensive en 2017. Mais alors que les peshmergas amassent leur troupes à l’est, et que l’armée irakienne remontent le Tigre au sud, les habitants de Mossoul pourraient bien avoir un rôle à jouer dans la chute du groupe Etat islamique en Irak.

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