Les 25 personnages clefs de l'affaire Dutroux: Gino et Carine Russo

Gino et Carine Russo
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Gino et Carine Russo - © Belga

Le samedi 24 juin 1995, 18 heures 45, Carine Russo et Louisa Lejeune, les mamans de Julie et Melissa sont inquiètes : leurs filles ne sont pas rentrées de balade. Elles contactent le 101. Rapidement, la gendarmerie arrive sur les lieux pour tenter de retrouver les traces de Julie et Mélissa, en vain.

Très vite, les parents ont la certitude que leurs filles ont été enlevées et lancent un appel poignant : "Mélissa, tout le monde t’attend. Je ne sais pas ce que tu peux faire, ou pas, mais en attendant, on est là et on fait tout, tout, tout ce qui est possible pour te retrouver".

Gino travaille dans la métallurgie liégeoise, chez Ferblatil, et très vite la solidarité entre ouvriers va se mettre en place. Il pourra se consacrer pleinement à la recherche de sa fille.

Dès le départ, les parents s’en remettent aux enquêteurs. "On faisait confiance à la Justice. Mais on s’est ensuite rendu compte qu’on n’envisageait pas le sérieux de la situation. Il n’y avait pas d’urgence."

Un long combat

Face à ce qu’ils considèrent comme des lenteurs de l’enquête, les parents se tournent vers le monde politique. "Nous voulions mettre la pression sur le ministre (Stefaan De Clerck) pour qu’il donne les moyens aux enquêteurs."

D’autres personnalités politiques sont également contactées, la famille royale aussi.

En août, Gino et Carine Russo, ainsi que Jean-Denis et Louisa Lejeune, adressent une lettre de 10 pages aux députés, sénateurs et aux ministres. Ils y expliquent leur situation et pointent les lacunes de l’enquête. Ils multiplient les démarches et tentent de déplacer les montagnes. En vain.

En janvier 1996, alors que les dons affluent de toutes parts, les parents Russo et Lejeune fondent l’ASBL "Julie et Mélissa, N’oubliez Pas", une réponse au flux de sympathie populaire pour soutenir les actions des familles.

Le 13 août, Marc Dutroux est arrêté et passe aux aveux. Les corps de Julie et Mélissa seront découverts à Sars-la-Buissière dans une propriété de Bernard Weinstein, ancien complice de Dutroux.

La marche blanche

Les manifestations diverses se succèdent. Pétitions, mises sur pied de comités citoyens, création de comités blancs, jusqu’à cette Marche Blanche du 20 octobre 1996 organisée a l'appel des parents, en mémoire des enfants disparus. Cette marche est le plus grand événement populaire de l'après-guerre, il a rassemblé au cœur de Bruxelles, plus de 300 000 personnes.

Au lendemain de la Marche Blanche, Gino Russo déclare : "C’est une période qui finit, mais c’est une autre qui commence. On ne veut pas que la mort de Julie et Mélissa dans ces conditions soit inutile. On voudrait faire changer les choses en Belgique".

Le 15 avril 1997, sous la pression citoyenne, une commission d’enquête est mise en place afin de faire toute la lumière sur le déroulement de l’enquête.

La commission d'enquête

"Je voudrais d’abord remercier le Parlement d’avoir accepté cette commission d’enquête qui, pour nous, nous semble comme une dernière chance peut-être de trouver la vérité dans cette enquête", dira d’emblée le père de Melissa à la tribune de la commission.

Au terme de l’enquête parlementaire, les dysfonctionnements de la justice et des services de police ont pu être mis en évidence. Voici ce que Gino Russo déclarait : "On allait presque nous faire passer pour des doux-dingues, parce qu’on était tout le temps en train de critiquer le système judiciaire, et là, on avait la preuve que tout le système judiciaire était une ruine".

Carine et Gino Russo ont fait le choix délibéré de ne pas assister au procès devant la cour d’Assises d’Arlon. Ils voulaient montrer par là qu’ils n’étaient pas d’accord avec l’instruction. Ils ont aussi remis en question l’idée que Marc Dutroux était un prédateur isolé.

Une carrière politique

Carine Russo s’est présentée sur les listes Ecolo aux élections législatives de 2007. Elle dit d’elle qu’elle est une "révolutionnaire sage", indépendante, à la gauche des écologistes, en conflit avec les institutions. Elle affiche résolument son pedigree : un père emprisonné par le nazisme à l’aube de ses vingt ans et une mère infirmière, active dans la résistance communiste.

En septembre 2009, après deux ans de fonction, elle démissionne de son poste de sénatrice cooptée, pour des raisons de santé, notamment. Elle dit aussi ne pas se retrouver dans la vie politique qu’elle a appris à découvrir.

Par leur combat, leur force, leur ténacité, leur courage et  leur acharnement, Gino et Carine Russo ont impressionné la population. Ils jouissent toujours 20 ans plus tard d'un réel capital de sympathie auprès de la population.

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