Louis Michel craint un génocide au Burundi, la situation est "gravissime"

"Je pense que les propos qui sont tenus par des responsables, de plus haut niveau de l'état burundais (je pense, par exemple, au président du Sénat qui est proche du président Nkurunziza), des propos repris par Nkurunziza lui-même, sont des propos qui rappellent singulièrement, dramatiquement, la sémantique qui a été utilisée au moment du génocide rwandais", a déclaré Louis Michel, invité de L'Acteur en Direct de Matin Première ce mardi. 

Pour le député européen MR, "la situation est gravissime", "toutes les conditions sont aujourd'hui remplies". Même le président du Rwanda, Paul Kagame met en garde contre le risque de génocide, prévient-il.   

"Des mots durs" pour pousser au génocide

"Le jour où on donnera l'ordre de travailler, il ne restera plus rien. On fera le travail, tout sera brûlé. Vous tomberez dans vos maisons, on vous délogera même si vous êtes sous les pierres", a déclaré le président du sénat burundais.

Or, "dans la sémantique génocidaire, travailler veut dire exterminer", précise Louis Michel qui cite une autre phrase du président du sénat : "'Il faut travailler, vous aurez des récompenses, y compris même des parcelles' ; c'est à dire des parcelles de terrain de ceux qu'on a tué", explique député européen. 

"Ce sont des mots aussi durs que ceux prononcés au moment du génocide rwandais", dit-il. A l'époque, "les adversaires étaient traités de cancrelats qu'il fallait écraser".

Il donne également en exemple les propos du ministre de la Sécurité publique qui a annoncé qu'il "serait capable de faire descendre les populations rurales pour venir mettre au pas, attaquer, les contestataires". Autrement dit, "on exhalte les populations les unes contre les autres, c'est cauchemardesque!", s'exclame le libéral

Une intervention internationale

"C'est la raison pour laquelle moi je plaide pour que le département prévention des génocides des Nations Unies se saisissent immédiatement de cette question. On ne peut pas laisser Nkurunziza mettre en place tout l'arsenal, à la fois politique, militaire, policier, mais aussi de violences qu'il est occupé à mettre en place pour mettre au pas les gens qui ne sont pas d'accord avec lui", plaide Louis Michel.

"Cela pourrait être une force d'intervention rapide. On en revient d'ailleurs toujours au même problème : les discours européens, malheureusement, n’ont pas les moyens de leurs ambitions. Nous n'avons aucune capacité militaire réelle à mettre à disposition des forces des Nations Unies, ne fut-ce que pour sécuriser la vie des gens qui sont aujourd'hui expulsés de leur maison, protéger les gens aussi contre de véritables massacres".

Risque de contagion d'une guerre régionale

Pour le libéral, "le risque de contagion est évidemment très grand. Mais avant tout, il y a un risque pour les citoyens burundais".

Louis Michel rappelle que "tous les jours des dizaines de jeunes sont enlevés", qu'"il y a 320 000 réfugiés selon les organisations des droits de l'homme", que des "gens errent dans la rue sans savoir où aller" et qu'"il y a des tués tous les jours".

Le président burundais a un comportement "totalement irrationnel"

Il faut dire qu'avec le président burundais, Pierre Nkurunziza, "on est presque au-delà de la paranoïa", dit-il. "Quand un chef d'état vous dit qu'il a été envoyé par Dieu pour prendre la responsabilité qui est la sienne ; quand on est dans ce registre-là, on est quand même dans un registre totalement irrationnel. A partir de là, tout est justifiable".

Selon Nkurunziza "ne gouverne pas" : "En réalité, il va planter des arbres dans les villages. Il se rend populaire. Il joue au football avec des jeunes de ces villages. Il se rend populaire dans les régions rurales"

Quant à savoir si une solution peut être trouvée entre les différents protagonistes autour d'une table, il répond que "la marche de manœuvre est réduite à cause déjà du comportement du président"

Pour Louis Michel, il faut déjà pouvoir mettre sur la table "la sortie du pouvoir de ce personnage qui n'a rien respecté parce qu'il est là dans des conditions illégales. Il est là totalement en contravention avec les accords d'Arusha".

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