Burundi: sept morts dans une longue nuit de violences à Bujumbura

Le OcalKing Star Cyber Bar à Bujumbura, après une attaque à la grenade le 14 novembre.
Le OcalKing Star Cyber Bar à Bujumbura, après une attaque à la grenade le 14 novembre. - © SARAH FLUCK - AFP

Au moins sept personnes ont été tuées dans la nuit à Bujumbura au cours d'affrontements entre insurgés et policiers dans plusieurs quartiers. Des violences qui se sont poursuivies lundi avec des explosions de grenades faisant plusieurs blessés, selon une source policière et des témoins. 

Ces affrontements sont les premiers d'ampleur depuis une opération de désarmement lancée début novembre par la police dans les quartiers contestataires de Bujumbura.

Le Burundi est plongé depuis fin avril dans une crise politique émaillée de violences, désormais armées, déclenchée par la volonté du président Pierre Nkurunziza de conquérir un troisième mandat controversé.

Plusieurs attaques apparemment coordonnées

"Il y a eu plusieurs attaques de criminels armés dans de nombreux quartiers de Bujumbura, coordonnées apparemment, mais la police a riposté à chaque fois et les a fait fuir", a expliqué un haut gradé de la police ayant requis l'anonymat, faisant état de sept tués, dont un policier, durant la nuit. Des hommes armés ont notamment attaqué la résidence du maire de Bujumbura, Freddy Mbonimpa, sans faire de victime, a-t-il indiqué.

Le bilan officiel évoqué par le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye, est de quatre tués, trois "criminels armés" et un policier, et de cinq policiers et deux "criminels" blessés, dans au moins quatre attaques distinctes dans la nuit de dimanche à lundi contre des patrouilles de police à travers Bujumbura, dans les quartiers de Musaga (sud), Rohero et Bwiza (centre), et Cibitoke (nord).

Dans le quartier de Bwiza (centre), "trois personnes ont été découvertes tuées par balles" dans un bar de nuit "et une quatrième un peu plus loin", a indiqué à l'AFP un habitant. Les trois tués du bar sont les trois "criminels" dont parle le porte-parole de la police, qui n'a pas évoqué la quatrième victime. Selon le haut gradé de la police s'exprimant sous couvert de l'anonymat, deux civils ont en outre été tués dans les quartiers sud de Kinanira et Kanyosha.

Un ex-officier revendique l'attaque à la résidence du maire

Un ancien officier supérieur de l'armée a revendiqué au nom des insurgés les attaques contre la résidence du maire et les attaques de la nuit contre la police, mais a rejeté toute responsabilité de la rébellion naissante dans l'attaque du bar de Bwiza.

Par ailleurs, lundi à la mi-journée, trois policiers et deux civils ont été blessés dans l'explosion de grenades, dans deux incidents distincts, dans le quartier de Kamenge, considéré comme un fief du parti au pouvoir, selon le porte-parole de la police. Une autre grenade a explosé dans le quartier de Buyenzi, dans le centre de la capitale, sans faire de dégâts, a-t-il ajouté. Cette explosion a semé la panique dans le grand marché de Buyenzi, provoquant la fuite des commerçants et clients, selon des témoins.

Le pouvoir burundais a récemment indiqué avoir récupéré une vingtaine d'armes lors des opérations de fouille des quartiers contestataires, parlant de "succès", alors que selon de nombreux témoignages les armes y pullulent désormais. Selon les contestataires, la Constitution et l'accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile (1993-2006) interdisent à M. Nkurunziza d'effectuer un troisième mandat.

La mise en échec d'un coup d'Etat militaire à la mi-mai, la répression de six semaines de manifestations et la réélection en juillet de Pierre Nkurunziza, lors d'un scrutin controversé, n'ont pas empêché l'intensification des violences.

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