Kazakhgate: "Le Parlement devra faire un travail introspectif"

Tout juste installé au poste de président de la commission d'enquête sur le "Kazakhgate", le député cdH Francis Delpérée était ce matin au micro de Matin Première. Il est revenu sur la polémique autour de sa désignation.

Dans cette affaire, l'avocat et ancien ministre MR Armand De Decker est, pour rappel, soupçonné d'avoir fait pression pour obtenir une loi sur la transaction pénale dont aurait bénéficié son client, le milliardaire Patokh Chodiev. En 2011, cette loi a en effet permis au Belgo-Kazakh d'échapper à une lourde condamnation en Belgique. 

Une décoration ne signifie pas l'appartenance à un ordre

Présidée par Francis Delpérée, la commission d'enquête est chargée d'éclaircir les circonstances de l'adoption de cette loi. Mais cette semaine, l'impartialité du député cdH a été mise en doute par différents partis. De son côté, le constitutionnaliste se défend. Pour lui, il s'agit simplement "d'ignorance, d'un peu de méchanceté, de jalousie et de politique politicienne".

Ce qu'on lui reproche? Tout d'abord le fait d'avoir été décoré par l'Ordre de Malte, organisme cité dans le dossier. Francis Delpérée s'explique: "J'ai été décoré par l'ordre en 2002, alors que je n'étais pas encore en politique. Ils ont considéré que mon travail constitutionnel et de recherche était digne de mérite. On ne m'a rien demandé, je n'ai rien donné." Et assure: "Une décoration ne signifie pas l'appartenance à un ordre."

Autre point qui fâche: le fait qu'il ait lui-même déposé la loi réparatrice sur la transaction pénale. Encore une fois, le député cdH se défend: "J'ai fait mon travail parlementaire. Oui, j'ai aussi voté la loi. Tout comme les 150 députés et les 71 sénateurs de l'époque. Néanmoins, j'ai été un des premiers au Sénat à demander 'qu'est-ce que c'est que cette précipitation?' et à le signaler." 

Les députés étaient-ils des marionnettes?

Par ailleurs, avance-t-il, "une enquête parlementaire est menée par des parlementaires et se penche- en partie - sur des activités parlementaires. Nous sommes 17 dans la commission, et nous sommes tous parlementaires. Parmi ces 17 personnes, 11 l'étaient déjà en 2011 [lors de l'adoption de la loi en question]".

Mais ne vaut-il pas mieux un président avec un regard neuf sur l'affaire? Francis Delpérée ne partage pas cet avis. Pour lui, au delà du travail rétrospectif sur l'affaire, un "travail introspectif" doit être fait. Le Parlement va ainsi devoir se poser des questions telles que "comment ai-je travaillé, est-ce que je me suis laissé manipuler? Les députés étaient-ils des marionnettes?" Et ce, pour réaliser ensuite un travail prospectif et émettre des recommandations afin d'améliorer son propre fonctionnement.

"On peut par exemple se poser des questions sur la conjonction du métier d'avocat et de celui de parlementaire," avance Francis Delpérée.

La responsabilité de l'Elysée

Quant aux responsabilités des manipulateurs, la question est de savoir si elles vont réellement être percées à jour. L'Elysée, dont Nicolas Sarkozy était à la tête en 2011, est directement cité dans cette affaire. Selon le Monde, le libéral Armand De Decker ne serait que l'intermédiaire et c'est bien l'Elysée qui espérait faire pression sur les sénateurs belges. 

François Delpérée avoue qu' "on se rend bien compte que les connexions ne sont pas uniquement belges." A demi-mot, il émet la possibilité d'auditionner le candidat républicain pour la présidentielle française, François Fillon.

Le prince Laurent et Theo Francken

Interrogé sur d'autres sujets brûlants, le constitutionnaliste s'est confié sur le comportement du prince Laurent. Suite à ses derniers dérapages, le prince Laurent a été convoqué par le Premier ministre. Pour Francis Delpérée, avec un titre de prince "on doit peut-être s'abstenir de dire des mots que j'interdis moi-même à mes petits enfants." 

Il est également revenu sur le récent soutien de la N-VA au secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration Theo Francken, qui refuse d'accorder des visas à une famille d'Alep malgré une décision de justice. Sans surprise, le constitutionnaliste souligne que "chacun doit respecter la loi, les ministres aussi. Lorsque la décision de justice est prise, elle doit être respectée par tous." 

 

 

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