Georges Gilkinet sur la fraude fiscale: "L'opacité est la meilleure arme des fraudeurs"

Georges Gilkinet au micro de Thomas Gadisseux dans Matin Première.
Georges Gilkinet au micro de Thomas Gadisseux dans Matin Première. - © Tous droits réservés

L'homme d'affaires Patokh Chodiev était attendu le 8 novembre à 14h à la commission d'enquête parlementaire sur le Kazakhgate. Malgré le fait qu'il ait reçu l'invitation avant les vancances d'été, l'homme a annoncé la veille qu'il ne s'y rendrait pas. Georges Gilkinet, député fédéral Ecolo et membre de la commission Kazakhgate revient sur ce refus et sur le nouveau volet du scandale d'évasion fiscale, le Paradise Papers.

"Comment peut-on être crédible dans la lutte contre la fraude fiscale quand soi-même on y participe ? Je dois saluer le travail des journalistes qui mettent ça en lumière, mais les politiques doivent maintenant embrayer et agir enfin contre ce type de mécanismes." Pour Georges Gilkinet, le constat est clair : les pouvoirs publics doivent montrer l'exemple en matière de fraude fiscale et, surtout, les sanctions doivent enfin tomber.

Pour le député fédéral qui rédige actuellement les conclusions de la commission d'enquête sur le Kazakhgate, le manque de transparence est un problème crucial. Celle-ci permettrait pourtant, d'une part, de contrôler davantage et, d'autre part, de satisfaire un besoin citoyen de comprendre ce qu'il se passe et d'arrêter "de voir autant de milliards qui échappent aux finances publiques alors qu'eux payent davantage d'impôts."

Entre hypocrisie et impunité

Georges Gilkinet est catégorique : "L'opacité est la meilleure arme des fraudeurs et de ceux qui essayent d'échapper à leurs responsabilités en matière fiscale."

Pour les écologistes, le combat principal, aussi bien au niveau européen que national, réside dans le fait de pallier à cette hypocrisie et à l'impunité que le député qualifie "d'insupportables". Aussi, l'homme politique met en lumière la mollesse des réactions des pouvoirs publics.

Bien qu'il juge que la justice dispose de trop peu de moyens pour pouvoir lutter de manière efficace contre la criminalité financière, il estime aussi que ses collègues de la majorité atténuent la gravité de la situation et cèdent trop facilement au chantage des multinationales. "C'est la même chose qu'avec le dérèglement climatique. Tout le monde dit qu'il faut lutter contre mais quand il faut agir, il n'y a plus personne."

Si Georges Gilkinet n'accuse pas concrètement l'Etat d'être complice de l'évasion fiscale, il mentionne tout de même le fait que "la liste des paradis fiscaux n'est pas actualisée or, elle est indispensable pour pouvoir lutter contre ce type de mécanismes. Ça fait pourtant des mois qu'on attend des réponses du ministre des Finances (Johan Van Overtveldt NDLR) sur cette question."

Le cas Patokh Chodiev

En ce qui concerne l'affaire du Kazakhgate, l'Ecolo se dit étonné du refus de Patokh Chodiev de se présenter à la commission d'enquête parlementaire. L'homme d'affaires, citoyen belge, jugé témoin essentiel dans cette affaire d'état devait pourtant apporter des éléments cruciaux à la compréhension de l'enquête afin de "pouvoir éclaircir et punir en conséquence".

Georges Gilkinet n'hésite pas non plus à enfoncer le clou quand on mentionne la possible implication de l'ancien bourgmestre d'Uccle, Armand De Decker. "J'ai entendu des collègues du MR le critiquer fortement mais je constate qu'il est toujours député bruxellois. Je ne comprends pas comment il peut être encore couvert par les responsables les plus importants du MR."

Pour le député fédéral, ce qui est certain, c'est que la commission d'enquête est un outil pour faire pression sur le gouvernement et le reste de la chaîne décisionnelle afin de punir concrètement la fraude fiscale.

Les nouvelles révélations journalistiques sur les Paradise Papers permettront surement de rouvrir les travaux de la commission et tenter d'arriver à des punitions exemplaires. "En tout cas, moi je continuerai jusqu'au bout et je pense que d'autres éléments peuvent encore émerger. En tant que mandataires publics, nous devons être irréprochables, sinon c'est la fracture démocratique." 

 

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