Commission Kazakhgate, départ des travaux: comment Chodiev est-il devenu belge?

En 1997, Patokh Chodiev qui s'est domicilié à Waterloo est devenu "belge" par naturalisation. La commission Kazakhgate, pour le lancement de ses travaux, souhaite y voir clair quant aux conditions dans lesquelles cette naturalisation a été accordée.

Venu s’installer en Brabant wallon début des années 90 après la chute du communisme, Patokh Chodiev est d’origine ouzbek. L’homme à la tête d'une fortune importante est proche des dirigeants du Kazakhstan.  

Un "faux" rapport de police

Curieusement, deux rapports émanent de la police de Waterloo pour alimenter la demande de naturalisation. Un premier rapport rédigé par l’agent de quartier est défavorable à la demande. Mais un second rapport va suivre. Il est attribué au commissaire adjoint de la police de Waterloo et s’avère par contre favorable à la naturalisation. Que s’est-il passé ? Faut-il y voir le résultat d' une intervention? D'une pression sur la police locale ? Ou s'agit-il plutôt d'une manipulation administrative?

Une enquête de la police des polices, le Comité P

L’affaire apparaît d’autant plus nébuleuse que le rédacteur du second rapport affirme ne l’avoir jamais rédigé ! Sa signature aurait été imitée… L’intéressé affirme qu’une enquête du Comité P (la police des polices) le disculpe sans qu’elle ne permette d’éclairer le "mystère" de ce second rapport.

A notre connaissance aucune plainte n’a été déposée à ce jour pour "faux et usage de faux" par le fonctionnaire dont la signature a été imitée. Étrange...

Contacté par téléphone, le commissaire adjoint devenu entre temps chef de corps de la police de Waterloo nous confirme n’avoir jamais rédigé ce rapport. Avant de se retrancher derrière son devoir de réserve…

La lettre de Serge Kubla

Une lettre appuyant la demande de naturalisation a également été adressée le 16 mai 1997 par Serge Kubla, à l’époque bourgmestre de Waterloo. Pathok Chodiev est l’un de ses voisins. Rappelons qu’à cette période des cadres de Tractebel fréquentaient la maison du milliardaire pour obtenir des concessions gazières au Kazakhstan. 

Quel sens dès lors accorder à cette intervention adressée à Claude Eerdekens, le député socialiste qui présidait à l'époque la commission des naturalisations ? S'agit-il d'une simple recommandation comme les politiques en signaient des dizaines chaque mois sur la sollicitation de leurs administrés ? Ou est-ce le point de départ d'un "lobbying" politique qui n'aurait plus cessé en faveur de Chodiev et de ses deux acolytes du "trio" kazakh?  Toujours est-il que dix jours après l'envoi de la missive de Serge Kubla à Claude Eerdekens, la naturalisation belge est accordée à Chodiev. 

Une aventure gazière qui tourne court

La naturalisation de Patokh Chodiev a-t-elle bénéficié d'autres appuis issus de milieux d'affaires en Belgique? La réponse se trouve peut être dans les méandres du dossier Tractebel du nom du groupe énergétique désireux d'obtenir une part des réserves gazières du Kazakhstan. En 1999, la justice belge est sollicitée par les Suisses au sujet d’une vaste enquête de corruption. L'enquête mène aussi vers la Belgique. La société belge Tractebel a versé des commissions à des personnalités dirigeantes au Kazakhstan pour obtenir des concessions gazières. L'enquête va semer la panique au sein du groupe. Qui décide de se désengager du "bourbier" kazakh. En payant le prix fort via la revente à des prix bradés des concessions acquises au Kazakhstan.

Corruption, commissions et rétrocommissions...

Parmi les "intermédiaires" du dossier apparaît le nom de Patokh Chodiev, un proche du président kazakh. L’enquête finira par la mise en cause de dirigeants d’une filiale de Tractebel sans que la justice ne parvienne à établir l’existence d’un système de corruption mis en place par la société "mère". Tractebel après avoir déposé plainte à son tour contre certains de ses cadres accusés d'avoir triché finira par négocier un retrait du marché kazakh. 

L’enquête mettra une dizaine d’années avant d’aboutir au renvoi devant la justice belge de Chodiev et ses co-inculpés. Les cadres de Tractebel bénéficieront de la prescription... Avec la conclusion qu’on connait. Pour éviter un casier judiciaire qui l'empêcherait de continuer ses activités boursières, le trio des "Kazakh" profitera de l'opportunité de la nouvelle loi sur la transaction pénale. La transaction aboutira en juin 2011.

Un agenda chargé avec des auditions et des documents à retrouver

Pour clarifier tout cela, ce mercredi, les députés de la commission Kazakhgate entendront plusieurs conseillers de la direction du service des naturalisations ainsi que Claude Eerdekens, l’ancien président de la commission Naturalisations à la chambre. Ils ont également d'ores et déjà réclamé plusieurs documents aux services de la chambre mais aussi à la Sureté de l’État, aux services de polices et aux parquets qui ont traités le dossier.

La naturalisation de Chodiev devrait également les occuper la semaine prochaine puisque certains députés ont demandé à auditionner les fonctionnaires de la police de Waterloo impliqués dans cette naturalisation ou encore d’anciens employés de la société Tractebel.

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