Vlaams Belang : une stratégie de la peur ?

Vlaams Belang : une stratégie de la peur ?
Vlaams Belang : une stratégie de la peur ? - © Tous droits réservés

#Investigation a mené une enquête de plusieurs mois sur le Vlaams Belang après sa victoire aux élections de mai 2019. Au cours de cette enquête, plusieurs témoins ont fait part de leur crainte. Qu’il s’agisse de fournir des analyses factuelles ou de montrer leur opposition au parti, les interlocuteurs ont souvent montré une extrême prudence dans leur propos.

Pas facile apparemment de montrer son opposition à ce parti d’extrême droite. C’est ce que raconte Wouter Mertens, un habitant de Ninove. "Depuis les dernières élections, il arrive que des personnes qui ont un profil de gauche retrouvent des autocollants sur leur voiture". Sur ces autocollants, on peut lire "linkse ratten, rol uw matten" ("rats de gauche, pliez bagage"), un slogan scandé depuis de nombreuses années par les extrémistes flamands dans toutes les manifestations flamingantes. "Pour moi, c’est un langage de guerre, qui vise à déshumaniser", dit Wouter Mertens. "Et après on sait ce qui peut arriver… Et c’est tout de même un peu inquiétant qu’on s’en rapproche tellement et que tout un tas de gens ne trouvent plus ça anormal."

Dans cette petite ville de Flandre Orientale, 34% des électeurs ont voté Vlaams Belang en mai 2019. Forza Ninove, émanation locale de l’extrême droite flamande, a même obtenu 40% des votes aux communales de 2018. C’est ici que le Vlaams Belang fait ses meilleurs scores. Cet opposant à l’extrême droite aime rappeler que 60% des électeurs de sa commune n’ont pas voté pour eux et que tous les électeurs du Vlaams Belang ne sont pas nécessairement racistes.

« La voix normale n’ose plus s’exposer »

"Mais la majorité des habitants, la voix normale, n’ose plus s’exposer. Ils ont peur de parler !" Selon lui, les voix contestataires risquent une avalanche de réactions acerbes sur les réseaux sociaux. Et Wouter Mertens parle d’expérience. Les menaces sortent parfois du cadre des réseaux sociaux. Il raconte avoir été menacé par la figure de proue de l’extrême droite dans sa commune. Après avoir déplacé un drapeau du parti qui gênait le passage, l’homme a reçu un appel menaçant disant qu’ils viendraient le retrouver chez lui. Wouter Mertens a déposé plainte, une plainte qui n’a jamais eu de suite.

Si Wouter Mertens a osé nous parler, ce n’est pas le cas d’autres personnes qui ont elles aussi fait l’objet de tentatives d’intimidations. A plusieurs reprises, des témoins ont annulé l’interview prévue ou ont refusé de raconter leur histoire dès que la caméra tournait. D’autres encore ne voulaient pas revenir avec des histoires d’intimidations arrivées parfois il y a plusieurs années.

Plainte pour non-respect de la vie privée

Certains au contraire trouvent important de témoigner. C’est le cas du virologue Marc Van Ranst, très médiatisé depuis le début de la crise du Corona Virus. Il est particulièrement critique vis-à-vis de la N-VA et du Vlaams Belang sur les réseaux sociaux. Et ils le lui rendent bien.

Marc Van Ranst nous explique être la cible de menaces quasiment quotidiennes sur les réseaux sociaux. Il reçoit aussi de coups de téléphone anonymes, des colis postaux qu’il n’a pas commandés.

Le virologue n’a jusqu’à présent déposé qu’une seule plainte, en 2019. Il avait à l’époque signé une carte blanche qui réclamait une politique d’asile moins sévère. Cela n’avait pas apparemment pas plu aux jeunes du Vlaams Belang. "Ils ont distribué à des réfugiés des flyers reprenant mon numéro de téléphone et mon adresse professionnelle", explique le virologue de la KUL. Il a porté plainte pour non-respect de la vie privée contre Bart Claes, alors président des jeunes du parti. Bart Claes a été entendu par la police suite à cette plainte. Mais il n’exprime aucun regret.

Une méthode systématique ?

Marc Van Ranst est persuadé que ces intimidations font partie de la stratégie des extrémistes flamands. "C’est un climat d’intimidation. C’est très insidieux. Ils vont évidemment toujours le nier. Mais selon moi c’est une méthode systématique à laquelle le parti a réfléchi."

Effectivement, le Vlaams Belang nie vouloir installer la peur et avoir réfléchi à cette technique. Mais à voir les précautions qu’ont prises plusieurs personnes rencontrées ou entendues au cours de cette enquête, force est de constater qu’une peur de s’opposer aux discours d’extrême droite s’est peu à peu installée dans certains milieux ou certaines communes.

L'enquête complète de #Investigation