Reportage #Investigation dans les homes : et si la solution venait de la BD ?

L’enquête récente d’#Investigation nous a fait découvrir la réalité peu reluisante des maisons de repos commerciales en Belgique. Quand la chasse aux bénéfices pousse à rogner sur les tartines offertes à nos anciens, l’immonde n’est plus très loin… Après pareille claque, on a envie de se lancer à la recherche d’un peu de douceur et d’espoir. La solution pourrait venir du monde de la BD. " Ne m’oublie pas " nous donne de la douceur et un peu de colère pour nous aider à éloigner la peur de vieillir. Un complément idéal à l’enquête journalistique.

La claque est double. Il y d’abord ces lancinants chiffres du Covid-19, qui s’acharnent sur les plus vieux… Il y a ensuite ce reportage d’#Investigation dénonçant la marchandisation de la vieillesse. Le recherche du bénéfice à tout prix, au bout de la mèche blanche. Quitte à en passer par la faim, la saleté et l’abandon. Le cocktail est fort. Trop fort.

La vieillesse a donc des allures de trou noir où nous savons tous que nous finirons un jour… Pour ne pas céder au désespoir, une bulle d’espoir s’impose. La BD " Ne m’oublie pas ", récemment publiée au Lombard c’est tout l’inverse du reportage #Investigation. Elle nous offre sans fausse pudeur, sans rien cacher, avec franchise et douceur, un peu de lumière pour nos anciens.

Le travail de la novice

Alix Garin est une novice. " Ne m’oublie pas " est sa première BD et c’est un véritable coup de poing en pleine figure, ou plus exactement en plein cœur. On pourrait qualifier cette histoire de road-movie " avec l’ancienne "… L’autrice y explique comment une petite-fille enlève sa grand-mère, du home où elle se morfond, pour s’offrir un dernier grand bol de tendresse, de vie et de nostalgie. Elle l’emmène à la mer, là où se trouve la maison d’enfance de sa grand-mère.

" Je ne voulais pas d’une BD triste. J’ai donc juste alterné les émotions comme dans la vraie vie " nous explique Alice Garin. " Il y a de la joie, de la tristesse, de la nostalgie et de l’humour. Et ces émotions se subliment. La grand-mère souffre d’une sorte d’Alzheimer, et voit sa vie s’effacer petit à petit. Mais ces oublis, si tristes, donnent aussi lieu à des quiproquos absurdes et très drôles ".

Alix Garin a de l’audace. Elle nous offre des scènes jamais vues, ou, plutôt que l’on voudrait ne jamais voir. Elle en fait des moments intenses. La scène du bain, où l’héroïne soigne sa grand-mère, fait partie de ces moments symboliques de la flétrissure des corps, que l’on n’aime pas voir… Elle en fait un moment de grâce.

4 images
Les yeux dans les yeux... Dans le bain. © Editions Le Lombard

" Le corps des personnes âgées est injustement tabou. On vit dans une société suresthétisante où les corps sont extrêmement normés. C’est très oppressant car très peu de gens peuvent s’y identifier. Je voulais montrer la diversité du corps humain à toutes les époques de la vie. Le corps raconte ce que l’on a vécu et il est toujours beau, à tout âge. Je comprends que les gens craignent un jour de vivre ce genre de scène. Mais ils ont tort… En fait, on rend juste ce que l’on a reçu. On prend soin de nos parents avec tendresse et bienveillance comme nos parents et grands-parents l’ont fait toute leur vie ".

 

Ce qui est frappant dans la BD " Ne m’oublie pas ", c’est le regard de la grand-mère. Elle n’a pas de pupille. Ce sont juste des verres de lunette blancs. Cela devrait accentuer la peur et l’angoisse du vieillissement mais ce n’est pas du tout le cas… " Paradoxalement, je trouve ce type de regard très expressif " précise Alix Garin, " cela donne une autre caractéristique faciale au personnage. Et puis cela donne l’impression que la grand-mère est dans une autre dimension, ce qui est malheureusement le cas des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou tout autre maladie apparentée à la dégénérescence cognitive. Je voulais jouer sur ces idées-là ".

En fait, ce regard qui pourrait paraître comme une absence, un grand vide est une invitation à prendre la place de cette grand-mère. A partager sa vie à votre façon. C’est un regard vide mais que l’on peut remplir de ce que l’on aime.

4 images
Droit dans les yeux... C'est là que ca se passe. © Editions Le Lombard

Les deux font la paire

En fait, cette BD est un complément à l’exact opposé du cauchemar de certaines maisons de repos décrit dans le magazine #Investigation,  (même si l'émission montre aussi qu'il y a de belles exceptions). Là, on y dénonçait des abus. Ici, on essaye de trouver un radeau pour cette vieillesse qui reste toujours un naufrage. En poussant un peu, on pourrait sentir un léger parfum de journalisme dans la BD. Tant la pertinence humaine est présente.

Le reportage, comme la BD, ont pour objectif de faire changer les choses. Les armes sont différentes, les effets aussi. Mais le but est identique. Le reportage décrit un problème, la BD esquisse une solution. Mais elles ont cette même bienveillance pour les plus vieux.

J’insiste toujours sur l’importance de continuer à être enthousiaste " précise Alix Garin. " Evidemment quand on vieillit et que la mémoire disparaît, c’est plus difficile, mais il reste toujours de toutes petites choses qui le permettent. C’est ce que je faisais avec ma grand-mère avant qu’elle ne décède lors du premier confinement. "

Au total, cette BD offre ce dont sont privées tant de personnes âgées dans certaines maisons de repos, qui se transforment en machines à cash et dont le magazine #Investigation a fait la démonstration magistrale. Elle donne, comme le fait aussi le magazine télé, une amorce de solution pour accepter la vieillesse . Il y de la douceur, de la tendresse et puis ça pique aussi un peu. Mais en fait, l’un se marie bien avec l’autre, si vous aimez l’aigre-doux.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK