#Investigation : Nos hôpitaux à bout de souffle

Le Docteur Jean Philippe Hermanne témoigne
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Le Docteur Jean Philippe Hermanne témoigne - © Tous droits réservés

Depuis le mois de mars, les hôpitaux et leur personnel soignant vivent une période compliquée. Un moment compliqué pour les médecins, les infirmiers et tout le personnel. Un moment choisi par #Investigation pour se pencher sur le bilan de santé de nos hôpitaux.

Un médecin oncologue démissionne

Plusieurs semaines avant le confinement, nous avions rencontré le Docteur Jean-Philippe Hermanne. Cet oncologue, spécialiste du soin des cancers et des tumeurs nous disait son ras-le-bol. Il s’apprêtait à poser un acte fort par respect pour ses patients. Pendant 23 ans, j’ai mendié des médicaments… raconte le Docteur. C’est du quotidien pour l’oncologue et ça c’est épuisant

Chef de service au Centre Hospitalier Régional de Namur, il a démissionné car il ne se sentait plus serein en consultation. Il avait l’impression de n’être plus qu’un rouage dans la grande machinerie des soins de santé. Dans sa lettre de démission, il explique qu’il assistait, impuissant, à la déshumanisation de la médecine, pour une médecine de plus en plus commerciale.

À 55 ans, en plein Covid, il a donc courageusement repris le chemin des gardes de nuit, comme lors de ses études aux soins intensifs au Centre Hospitalier Régional de Huy. Là, malgré la fatigue des gardes qui s’enchaînent, il se sent plus efficace. Et il témoigne : Les patients mettent une telle confiance dans leur relation avec leur oncologue qu’il faut toujours être au top afin de proposer “le best choice”. Des techniques de séquençage de l’ADN tumoral existent mais ne sont pas remboursées en Belgique ! Cela m’est insupportable”.

Pour le Docteur Hermanne, la Belgique est à la traîne et l’Inami ne rembourse pas certains schémas de soin, ce que l’on appelle des guidelines, européens et même internationaux. Du coup, l’oncologue se sent transformé en comptable et doit tâcher d’obtenir auprès de l’assurance maladie invalidité des remboursements. Pire, si cela ne fonctionne pas, il doit littéralement marchander directement avec les firmes pharmaceutiques.

L’Inami ne rembourse qu’une partie du traitement

"C’est l’oncologue qui doit prendre du temps pour essayer de trouver ces molécules, explique Jean-Philippe Hermanne. Alors, soit le patient a les moyens pour le financer et ça se voit. Soit l’oncologue essaie de se débrouiller pour avoir ce qu’on appelle de l’usage compassionnel par les firmes pharmaceutiques. On contacte les firmes. On discute avec les firmes pharmaceutiques qui acceptent, parfois, de nous fournir une aide humanitaire. Et ça, c’est du quotidien pour l’oncologue et ça me devenait insupportable. Donc pendant 23 ans, j’ai mendié des médicaments. Ce mot "usage compassionnel", je ne peux plus l’entendre.

Dans Investigation, ce mercredi 23 septembre, nous tâcherons de comprendre comment à l’heure où la recherche avance à pas de géants, ce genre de constat est possible. Nous verrons aussi que la facture Inami des médicaments explose. Il est sans doute urgent, face à la pandémie qui nous frappe, de trouver des solutions. Car si la vie n’a pas de prix, elle a malheureusement un coût.

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