Les déchets nucléaires polluent déjà l'environnement en Belgique

Les petits secrets du nucléaire : les déchets polluent déjà l'environnement en Belgique
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Deuxième volet de notre série sur " Les petits secrets du nucléaire ". L’histoire est souvent implacable avec la vérité scientifique. Ce qui apparaissait sûr à une époque devient absurde et dérisoire pour la suivante. Non, la terre n’est pas plate. Non, le soleil ne tourne pas autour de notre planète. C’est tellement évident aujourd’hui. Ça ne l’a pas toujours été. Dans l’histoire du nucléaire, il y a un peu de ça.

Dans les discours tenus depuis 50 ans, il y a eu parfois des raccourcis avec la réalité de terrain. En témoigne une archive de la RTBF. En 1972, la journaliste Françoise Van De Moortel tend son micro à un chef de projet du centre d’étude de l’énergie nucléaire à Mol, un certain M. de Maere. L’expert affirme avec un certain aplomb : " La pollution sur le plan nucléaire est un problème réglé depuis fort longtemps ". Au même moment, à quelques kilomètres de là, la rivière Molse Nete est fortement polluée par les eaux de rejets du même site nucléaire. La région va en subir les conséquences pendant plusieurs siècles. Le nucléaire a ses petits secrets. On va vous révéler celui-ci grâce à des éléments scientifiques.

Belgoprocess, un lieu hypersécurisé

On l’ignore souvent. Mais, cette région en province d’Anvers accueille le plus vieux site nucléaire de Belgique bien avant Doel et Tihange. En 1956, c’est à Mol que le premier réacteur belge a vu le jour. Le BR1. Dans le coin, le nucléaire fait partie des meubles depuis plus de 60 ans.

Aujourd’hui, sur le site nucléaire de Mol-Dessel, on trouve toujours le centre d’étude de l’énergie nucléaire (SCK.CEN). Mais, il y a aussi Belgoprocess. C’est une filiale de l’ONDRAF, l’organisme national qui gère tous nos déchets radioactifs. C’est un des rares endroits en dehors des centrales nucléaires où l’on entrepose aussi des déchets de haute activité. Belgoprocess est justement en charge des rejets liquides de l’ensemble des installations nucléaires à Mol-Dessel.

Nous voulons savoir si les déchets radioactifs sont gérés de manière sûre. Notre visite sera strictement encadrée. Il faudra remplir plusieurs formulaires, réaliser une prise de sang et encore passer un examen le jour de notre visite. Nous ne pouvons pas filmer l’extérieur du site.

On nous emmène directement dans le bâtiment 136. Celui qui accueille 70 m³ de déchets de haute activité. Ils sont arrivés de l’usine de La Hague en France. Historiquement, une toute petite partie du combustible usé belge a été retraitée en France. (Depuis 1993, un moratoire interdit ce retraitement). Ce qui n’était pas directement recyclable dans l’usine française est devenu officiellement un déchet qui doit être géré par l’ONDRAF.

Lors de leur transfert à Belgoprocess, les déchets sont arrivés dans des fûts en acier. Les travailleurs ne peuvent en aucun cas être dans cette pièce de transfert. Ils doivent manipuler ces fûts avec des bras articulés derrière une vitre en plomb d’un mètre d’épaisseur. Il s’agit de protéger les employés. Rester au contact de ces fûts exposerait les travailleurs à des doses mortelles.

 

Ça ne craint rien

Les fûts sont ensuite empilés dans des grandes colonnes de béton et d’acier de 17 mètres de profondeur. Un épais couvercle jaune referme le tout. Pour nous prouver que tout est sûr, Sigrid Eeckhout, la porte-parole de l’ONDRAF marche avec nous sur ces couvercles. " Ça ne craint rien. Il y a beaucoup de protections, beaucoup de béton. Les fûts sont entreposés en toute sécurité ". La chaleur des déchets est utilisée pour chauffer le bâtiment. Au moment de notre visite, il fait environ 40 °C à l’intérieur.

Sur le site de Belgoprocess, il existe d’autres bâtiments où l’on conditionne des déchets radioactifs de faible ou de moyenne activité. Les volumes sont importants : 18 000m³ de déchets A (faible activité) et 7000m³ de déchets B (moyenne activité). Une question nous effleure l’esprit. Un tel site est-il capable de contenir la radioactivité ? Est-il parfaitement étanche ?

- Tout ce qui est rejeté dans l’air ou dans l’eau est bien contrôlé. C’est toujours en dessous des limites.

- Historiquement, il n’y a jamais eu de pollution radioactive dans la région ?

- Non.

Un tuyau de rejet controversé

Ça, c’est la version officielle. En creusant un peu, on a trouvé une autre réalité. À Mol, dans le jardin de certains habitants, il y a un intrus. Il passerait totalement inaperçu s’il n’y avait pas des bornes de marquage pour signaler sa présence. Un tuyau qui conduit les rejets liquides de Belgoprocess traverse plusieurs propriétés privées à 40 cm de profondeur.

Dans la pelouse de Lea De Groof, se trouve la borne n° 62. À vol d’oiseau, on est à environ 4 km du site nucléaire de Mol-Dessel. Cette riveraine nous montre le parcours du tuyau jusque dans le jardin de son voisin qui sans le savoir avait creusé une petite tranchée. Avec un outil de jardinage, elle frappe la canalisation qui est cachée sous une flaque d’eau. Le tuyau de rejet des effluents potentiellement radioactifs est juste là : " Tout le monde y a accès. Les enfants qui jouent ou les gens qui travaillent la terre sont au-dessus de ce tuyau. Derrière mon jardin, ça va dans la rivière Molse Nete. Il y a une pollution historique dans cette rivière qui n’a rien à faire là ".

Des matières radioactives dans nos jardins

Depuis 30 ans, Lea De Groof milite pour que ce tuyau de rejet disparaisse. Il a été construit à la fin des années 50. " Nous trouvons que ça ne doit pas arriver qu’il y ait autant de matières radioactives rejetées dans l’environnement et nos jardins. Je trouve que l’entreprise doit trouver une solution à cet énorme problème. Je ne me sens pas vieille et je vais continuer à me battre jusqu’à ce que les choses changent ".

La pollution radioactive de la rivière est-elle bien réelle ? Les premières réponses, nous les avons trouvées dans un rapport de l’AFCN, l’Agence fédérale de contrôle du Nucléaire. La rivière Molse Nete y est mentionnée. On y parle d’une radioactivité " anormalement élevée ". Qu’est-ce que ça signifie ? Nous avons directement demandé à l’AFCN car c’est elle qui contrôle l’ONDRAF et sa filiale Belgoprocess. Frank Hardeman, le directeur général confirme que l’on retrouve bien des éléments radioactifs dans la rivière. Mais il tient à rassurer : " Les quantités ne sont pas inquiétantes. Mais, c’est plus important par rapport à ce que l’on peut s’attendre dans n’importe quel fleuve. Ce sont des traces. Ce n’est pas à des niveaux où il faut intervenir sur le fleuve même ".

Le gendarme du nucléaire a développé le réseau Télérad composé de 250 stations de mesure de la radioactivité dans l’air sur tout le territoire belge (voir vidéo ci-dessous). Les données sont envoyées toutes les 10 minutes 24 heures/24 au siège de l’Agence. Le citoyen peut même consulter ces mesures sur le web. En complément, l’AFCN mène aussi des analyses dans les eaux, les sédiments de rivières et la chaîne alimentaire (poissons, lait, légumes…).

Des descendants du plutonium sur les berges

À ce stade de l’enquête, on ne s’est basé que sur des témoignages ou des documents publics. On va investiguer maintenant plus en profondeur. Nous allons suivre la canalisation jusqu’au point de rejet dans la Molse Nete. Fin juillet, nous inspectons les lieux avec un expert, Jan Vande Putte. Il est formateur en radioprotection pour Greenpeace international. Il a été formé à l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas. Depuis 20 ans, ce Belge parcourt des zones contaminées. Fukushima et Tchernobyl, il connaît. Et la Molse Nete, il la surveille depuis un moment. " Toute l’activité nucléaire autour de Mol-Dessel est liée avec ce tuyau. Les décharges ont lieu ici depuis 50 années ".

Nous allons faire des prélèvements de sol près de la rivière. Par le passé, la rivière a été draguée à plusieurs reprises suite à des inondations. Mais, ces boues de dragage n’ont pas été évacuées et sont restées sur les berges dans des zones publiques maintenant recouvertes par la végétation. Cette terre est une mine d’informations. Un peu comme une lasagne. Chaque couche est un témoignage de l’histoire de la rivière.

Nous allons réaliser des carottages dans des couches de 10 cm jusqu’à 40 cm à plusieurs endroits. Certains sont à 3 km en aval du point de rejet. Au total, nous prélevons 11 échantillons. Le gamma spectromètre de Jan Vande Putte nous donne déjà une première indication. Il détecte la présence de Césium 137, d’Américium 241 et un peu de Cobalt 60. Ce sont des sources radioactives artificielles. L’expert énergie de Greenpeace est très clair : " C’est un déchet nucléaire qui se trouve ici. On ne peut pas laisser ça ici non conditionné dans la nature encore pendant des centaines d’années. "

Prenons le cas de l’Américium 241. C’est un produit qui descend du Plutonium par désintégration. Sa demi-vie est de 433 ans. Comptez donc 4330 ans (10 demi-vies) avant que cette matière devienne inoffensive.

La confirmation du labo

Près de Caen en Basse Normandie, des scientifiques indépendants vont nous aider à confirmer ces premiers relevés car il s’agit de voir avec précision si les concentrations sont élevées ou non. Nous confions nos échantillons à l’ACRO (Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest). C’est un laboratoire agréé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire Française. Un labo, c’est souvent technique. Mais, vous devez retenir une chose. Pour mesurer la radioactivité, il existe une unité de mesure : le Becquerel. Et dans la terre prélevée, il y a beaucoup de Becquerels. Nous livrons le rapport d’analyses en accès public ici.

Des valeurs très élevées pour un site public

Le président de l’ACRO, David Boilley est aussi Docteur en Physique nucléaire à l’Université de Caen. Son constat est sans appel : " Pour le césium 137 et l’Américium 241, on a des valeurs très élevées pour un site public. Si c’était un matériau issu de la décontamination ou de l’assainissement d’un site nucléaire, il devrait être traité comme déchet radioactif car il dépasse le seuil d’exemption de 100 Bq/kg. On va jusqu’à 50 fois au-dessus de ce seuil. On est face à des niveaux d’exposition pour les riverains qui nécessitent intervention et assainissement ".

L’hypocrisie du système

Les normes d’exemption sont donc faites pour encadrer des activités nucléaires spécifiques. Exemple : un site nucléaire à démanteler ou à assainir. Ce que l’on appelle dans le jargon de la directive européenne " des expositions planifiées ". Si un industriel est en dessous de ces normes, il est " exempté " de devoir gérer ses matériaux comme des déchets radioactifs. L’objectif de cette directive européenne est bien de protéger les travailleurs mais aussi le public et l’environnement.

Etonnamment, ces normes ne s’appliquent pas directement à l’environnement dans des situations dites " existantes ". Cela veut dire qu’une même terre contaminée en fonction de l’endroit où elle se trouve sera gérée différemment. " Une fois que l’on détermine que c’est un déchet nucléaire en laboratoire, on n’a plus l’autorisation de le remettre ici. Ce serait une décharge nucléaire. C’est toute l’ironie et l’hypocrisie du système. Par hasard, quand on est arrivé, il y avait deux enfants qui jouaient ici. Alors, ces déchets ne peuvent pas rester ici. Il y a quelqu’un qui doit payer pour ça. ", nous explique Jan Vande Putte.

Pour vous donner une petite idée, on peut retrouver un peu partout en Belgique des traces de Césium 137 suite aux essais nucléaires historiques ou à la catastrophe de Tchernobyl. Les valeurs maximales que l’on observe sont de l’ordre de 10 Bq/kg maximum. Sur les berges de la rivière, nous sommes en moyenne à 1000 Bq/kg avec des pics à plus de 5000 Bq/kg. Les valeurs sont 100 à 500 fois supérieures à ce que l’on retrouve habituellement.

C’est pas moi, c’est lui

Les berges de la Molse Nete sont donc fortement contaminées. Nous allons exposer tous ces éléments à l’ONDRAF et Belgoprocess, les propriétaires du tuyau de rejet. Sigrid Eeckout, la porte-parole, va nier toute responsabilité : " En théorie, ce ne sont pas des déchets. Il y a eu des rejets liquides qui sont toujours en dessous de la norme. Si l’Agence fédérale de contrôle du nucléaire affirme qu’il n’y a pas danger, alors il n’y a pas de danger. L’exploitation de Belgoprocess a commencé, je pense, fin 89. Cette canalisation est là depuis la fin des années 50 ".

Un petit peu d’histoire

La ligne de défense de l’ONDRAF est claire. Les anciens exploitants du site nucléaire de Mol-Dessel seraient les responsables de la pollution de la rivière. Remontons le temps. Belgoprocess, la filiale de l’ONDRAF, a été fondée précisément en 1984. Avant, le propriétaire du tuyau se nommait Eurochemic, une usine de retraitement de combustible nucléaire. Elle fût créée en 1957.

On a retrouvé une perle dans les archives de la RTBF. L’interview d’Emile Detilleux, le dernier directeur d’Eurochemic : " Les capacités de rejet en rivière, donc à l’environnement sont extrêmement limitées. Nous ne disposons que de toutes petites rivières. Et depuis l’origine, les autorités avaient fixé le taux de rejet à des valeurs extrêmement faibles ". Et le journaliste de l’époque de conclure : " Les eaux sont rejetées dans une rivière voisine. La Molse Nete. La radioactivité des effluents qui se mélangent à la rivière n’est même pas mesurable ".

En réalité, de tout temps, les dirigeants ont nié cette pollution. Il est aussi étonnant de voir que le dernier directeur d’Eurochemic est devenu par la suite directeur de l’ONDRAF. En termes de continuité, on peut difficilement faire mieux. C’est d’ailleurs l’ONDRAF et sa filiale industrielle Belgoprocess qui ont démantelé l’usine d’Eurochemic. Un démantèlement qui soit dit en passant aura coûté 10 milliards d’anciens francs à l’Etat belge. Eurochemic n’avait provisionné que 650 millions de francs. C’est-à-dire même pas un dixième du coût total. On verra dans un autre article que les provisions nucléaires sont également une autre question épineuse.

Belgoprocess ne serait-elle finalement que l’héritière malheureuse d’Eurochemic ? Si l’on passe au peigne fin les différents rapports de surveillance radiologique de la Belgique, on constate que l’argument d’une pollution uniquement dûe au passé ne tient pas toujours la route. Plusieurs pics de pollution radioactive ont été mesurés bien après la reprise du site par Belgoprocess en 1984 :

  • Août et octobre 1996 : Césium mesuré à 500Bq/kg dans les sédiments frais.
  • Janvier 1997 : Tritium mesuré à 1000 Bq/l dans les eaux de la rivière. Dix fois au-dessus de la norme européenne applicable aux eaux de consommation humaine. Ce n’est pas le cas de la Molse Nete. Mais, ça donne une idée de l’ampleur du rejet.
  • 1998 : Césium 137 mesuré à 700 Bq/kg dans les sédiments frais.
  • 2000 : Césium 137 mesuré à 800 Bq/kg dans les sédiments frais.
  • 2001 : Césium 137 mesuré à 1000 Bq/kg dans les sédiments frais.

Ces valeurs n’ont rien à voir avec la pollution historique d’Eurochemic. Elles concernent ce que l’on retrouve directement dans le cours d’eau pendant la période d’activité de Belgoprocess. C’est un témoignage de la pollution de cette rivière au fil des ans. Le rapport de 1998 ne laisse planer aucun doute là-dessus : " les quantités rejetées ne sont toujours pas négligeables et se surajoutent à un "historique" ". En 2018, on enregistre encore des valeurs qui dépassent parfois les 400 Bq/kg pour le Césium 137. C’est toujours au-dessus des normes d’exemption. Le seul outil qui permet d’établir des comparaisons à défaut de seuils réglementaires applicables à l’environnement.

On notera aussi que les normes de rejets dans cette rivière sont devenues 6 fois plus strictes à partir de 2007. Plus de 20 ans après la fondation de Belgoprocess. Le dernier rapport de 2018 stipule toujours qu' " il conviendrait de diminuer à l’avenir l’apport de contaminants chimiques et radioactifs " (p49). C’est le seul endroit de Belgique pour lequel une telle recommandation est faite par l’AFCN.

Alors, qui est vraiment responsable ? " C’est dans toutes les normes internationales de sûreté nucléaires. L’exploitant est le premier responsable de la sûreté de ses installations. Il y a eu un changement d’exploitant. Mais, celui qui a repris la compagnie, reprend l’aspect positif parce qu’il veut gagner de l’argent. Mais, il reprend aussi l’aspect négatif qui est la pollution ", analyse David Boilley de l’ACRO.

L’ONDRAF botte en touche et remet la responsabilité sur l’AFCN. Pourquoi le gendarme du nucléaire n’a-t-il jamais ordonné un assainissement ? La réaction de l’Agence fédérale de contrôle du nucléaire est surprenante. Dans un mail, elle admet être parfaitement au courant de la contamination des berges depuis les années 90. Greenpeace avait déjà mené une première campagne en 2007 et obtenait déjà les mêmes valeurs. L’AFCN ne conteste pas nos résultats. Mais, d’après elle, " l’impact radiologique d’un assainissement sur les travailleurs qui l’effectuent serait plus grand que l’impact actuel sur la population, prenant aussi en compte les aspects financiers et socio-économiques ".

Pour faire simple, enlever ces terres coûterait trop cher et exposerait les ouvriers à un risque trop important. On reconnaît donc que la manipulation de ces terres est quelque chose de dangereux. L’argument est surréaliste pour les habitants de la région. Durant notre enquête, nous avons vu des enfants jouer sur les berges de la rivière. Ils nous ont confié qu’ils s’y baignaient de temps à autre. Pourquoi ne pas avoir au minimum fermé l’accès au public et balisé ces zones contaminées ? Réponse du gendarme du nucléaire : " Les scénarios d’exposition que vous mentionnez, ainsi que d’autres comme des randonneurs ou des pêcheurs sur la berge ont été pris en compte… et les doses associées ne justifient pas des mesures comme celles que vous citez ".

3 fois plus de leucémies autour de Mol-Dessel

La pollution aurait-elle déjà un impact sur les habitants ? La question est sensible car les données épidémiologiques ne sont pas bonnes. En mars 2020, Sciensano a publié une étude scientifique qui est passée complètement inaperçue en raison de la crise sanitaire. Son but : voir s’il y a plus de cas de cancers pour les populations vivant à proximité des 4 sites nucléaires de première catégorie.

Pour 3 sites (Fleurus, Doel et Tihange), il n’y a aucune incidence constatée. Par contre, pour le site de Mol-Dessel, Sciensano observe une incidence trois plus élevée de leucémies chez les enfants de moins de 15 ans vivant dans un rayon de 5 km autour des installations nucléaires. Cette étude confirme les résultats d’un premier rapport publié en 2012.

À l’époque, le parlement fédéral ordonne une étude complémentaire afin d’affiner les données. Ce que Sciensano vient de faire en travaillant sur des zones géographiques plus précises encore (1,5km² au lieu de 50 km²). Les scientifiques ont même intégré les vents dominants dans l’étude. Plus on est exposé aux vents dominants, plus l’incidence de leucémie augmente. Néanmoins, l’étude épidémiologique n’a pas tenu compte de la pollution environnementale de la rivière ou de certains critères individuels comme une exposition médicale à des radiations. Les résultats restent néanmoins identiques. L’Institut de santé publique précise qu’ils " ne permettent pas d’établir un lien causal entre l’apparition de cas de cancer et la proximité du site de Mol-Dessel ".

Des résultats statistiquement significatifs

Les causes de la leucémie sont encore mal connues et l’étude repose sur un faible nombre de cas. Dans un rayon de 5 km autour des installations nucléaires de Mol-Dessel, vivent environ 54.000 personnes. Statistiquement, on devait s’attendre selon la moyenne belge à 2,3 cas de leucémies chez les enfants de moins de 15 ans habitant cette zone. Sciensano en a observé 7. C’est-à-dire trois fois plus. Malgré ce faible nombre de cas, les scientifiques affirment que ces résultats sont " statistiquement significatifs ".

À quoi sert cette étude si, par deux fois, elle parvient aux mêmes conclusions et qu’aucune action concrète n’est prise derrière ? Malgré toutes les données récoltées et connues depuis plusieurs années, force est de constater que la seule réponse apportée par les autorités publiques est de ne rien faire. Les berges de la Molse Nete sont fortement polluées à plusieurs endroits. C’est un fait scientifique. Et elles le resteront pendant plusieurs centaines voire des milliers d’années. Dans un prochain article, on verra que ce n'est pas le seul endroit en Belgique où des déchets radioactifs posent problème.


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