Le télétravail : stop ou encore ?

Le télétravail : stop ou encore ?
Le télétravail : stop ou encore ? - © Tous droits réservés

Début 2020, un employé sur dix en Belgique pratique plus ou moins régulièrement le télétravail. Douze mois plus tard, un employé sur deux a expérimenté, contraint et forcé, le travail à la maison !

2020, année de tous les dangers pour l’économie, aura donc aussi été celle d’une révolution dans l’organisation du travail : le télétravail, vers lequel on s’acheminait sans se presser, s’est brutalement imposé à des milliers de salariés et d’entreprises qui n’y étaient pour la plupart pas préparés.

Et voilà qu’aujourd’hui on entend un peu partout : "On ne reviendra pas en arrière"

Mais est-ce si sûr ? Le télétravail s’est-il définitivement installé ? Ne présente-t-il aucun danger ? Une équipe d’Investigation a mené l’enquête.

Un peu d’euphorie

Cela a été le premier réflexe observé, quand en mars le gouvernement a imposé le télétravail : faire contre mauvaise fortune bon cœur. Les télétravailleurs feront bien état de quelques difficultés à aménager un espace de travail à la maison, à gérer la journée des enfants tout en restant branché sur le travail, mais beaucoup voient dans ce temps supplémentaire passé à domicile une liberté bienvenue. Celle de "s’organiser comme on veut", de "gérer son temps librement". C’est nouveau, cela paraît plaisant. D’autant que les employeurs, pris de court, ne sont pas encore très regardants. "Du moment que le travail est fait" est l’expression qui tourne en boucle…

Les premières difficultés

Après quelques semaines, les témoignages des télétravailleurs vont converger et décrire les mêmes difficultés auxquelles tous se heurtent, souvent sous forme de paradoxes : travailler loin du bureau met en péril la motivation et pourtant on travaille plus ; travailler à la maison est confortable mais on ne distingue plus très bien vie privée et vie professionnelle ; les réunions à distance fonctionnent bien mais les contacts entre collègues manquent. Et quand va venir s’ajouter l’intrusion mieux organisée des chefs de service, qui s’organisent enfin pour restaurer un lien plus serré avec leurs travailleurs éparpillés, le télétravail va poser un véritable dilemme à ceux qui l’expérimentent : que souhaiterons-nous et que serons-nous prêts à accepter une fois la crise sanitaire passée ?

La fin des horloges

Un questionnement qui n’épargne pas les employeurs et managers. Après des décennies d’évaluation du travail sur base des horaires prestés ("il/elle arrive à l’heure, ne repart pas avant l’heure") les voilà tenus d’organiser, surveiller et évaluer le travail à distance. Cette jeune responsable des ressources humaines dans une boîte de communication événementielle, s’apercevra rapidement que c’est du réglage fin : "J’ai vite compris qu’il fallait éviter d’être trop intrusive, ne pas multiplier les mails et les appels, à n’importe quelle heure de la journée…".

Quand le travail est quantifiable, qu’il ne nécessite pas de matériel particulier, qu’il est bien maîtrisé par un travailleur expérimenté, le manager se dit que ça va aller. Mais tous en témoignent : les choses se passent bien quand la confiance règne. Sinon…

La tentation de l’espionnage

Sinon le télétravailleur se sent trop souvent sous pression : comment être sûr que mon travail est bon ? Comment prouver que je travaille ? Et les témoignages ne manquent pas de ces employés qui parce qu’ils lèvent la tête parfois en journée se sentent tenus de retourner sur leur ordinateur en soirée.

Tandis que côté employeur, le manque de confiance pourrait pousser à une dangereuse tentation : les "logiciels de performance", qui permettent de garder un œil sur l’activité informatique des travailleurs à distance, ont été déployés dans quasi toutes les entreprises, légalement, avec l’accord des salariés. Mais ils permettent pour certains bien plus que ce qui est réglementaire… Le laboratoire de cybersécurité de l’UCLouvain en fait la démonstration : même une activité sur les réseaux sociaux peut, techniquement, être mise sous surveillance.

Une potentialité glaçante, jusqu’ici théorique : le directeur du Lentic, Laboratoire d’études des nouvelles formes de travail à Liège, observe plutôt la mise en place de multiples contrôles croisés : mails, contacts téléphoniques, multiplication des réunions, descriptifs d’activité à remplir quotidiennement. Des moyens pesants, peu efficaces à son sens, mais légaux…

Les effets secondaires

Le télétravail subsistera-t-il une fois levée l’alerte sanitaire ? Une seule certitude : personne, ni côté travailleur ni côté employeur, ne souhaite maintenir ce régime auquel le virus a contraint de cinq jours sur cinq à la maison. Peu souhaitent y renoncer complètement, mais tous plaident pour un, deux, plus rarement trois jours de télétravail par semaine. Et quant au nombre de pratiquants, les projections convergent également : on ne restera pas à un salarié sur deux en télétravail, mais on ne redescendra pas à un sur dix…

De cet équilibre-là, qu’il faudra trouver une fois le Covid rendu inoffensif, dépendront les "effets secondaires" du télétravail.

Effets secondaires sur les petits commerces de journée dans les quartiers de bureaux, où moins de travailleurs présents feront moins de clients à midi. Sur les services externalisés dans les entreprises, nettoyage ou cafétéria : moins de monde dans les bureaux, ce sera moins de travail. Sur le marché de l’immobilier des bureaux : à Bruxelles, celui-ci progressait chaque année, il s’est tassé en 2020. Sur la mobilité dans nos villes : le Bureau du plan évoque un gain possible de 15% de circulation en moins à Bruxelles notamment.

Ce sont ces indicateurs-là qui nous diront, en 2021 (ou seulement en 2022 ?), si l’année du Covid a aussi été celle d’un bouleversement durable du travail et de ses à-côtés…


Retrouvez notre reportage ce mercredi vers 20h20 sur La Une ou sur Auvio

RETRO 2020: année du télétravail (JT 30/12/2020)

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