La rédaction d'#Investigation réagit aux déclarations de l'AFCN et d'Umicore

Notre enquête "Déchets nucléaires, l’éternel problème" diffusée ce mercredi 9 décembre a provoqué de nombreuses réactions.

Aussi, la rédaction d'#Investigation de la RTBF souhaite rétablir certains faits. Le jeudi 10 décembre, la porte-parole de l’Agence fédérale de contrôle du nucléaire, Lut Vande Velde, a affirmé publiquement : "On a demandé à plusieurs reprises au journaliste et à Greenpeace de nous donner la localisation exacte où ils avaient pris leur échantillon. Malheureusement, nous ne l’avons pas reçue".

Cette déclaration est fausse. Le journaliste l’a fait spontanément après la tenue de l’interview du Directeur général de l’AFCN, Frank Hardeman qui a eu lieu le lundi 17 août. Pour en apporter la preuve, la rédaction diffuse un extrait des images tournées après l’interview (voir vidéo ci-dessus). On y entend clairement le journaliste Emmanuel Morimont dire à Frank Hardeman : "Je peux vous montrer précisément sur une carte où il se trouve. Comme ça, vous pourrez en parler avec vos experts". On y voit également Innes Venneman, membre du service communication de l’AFCN, proposer à son directeur d’en faire une photo.

Confirmation de Greenpeace

Nous avons également procédé à une vérification auprès de Greenpeace. L’organisation nous confirme qu’elle a envoyé par mail la carte ci-dessus avec la localisation précise du hotspot le jeudi 20 août à 13h32 au chef de service de la Surveillance of Territory and Natural Radiation Unit de l’AFCN. La carte et les indications du mail étaient suffisamment détaillées que pour retrouver l’endroit précis. On peut lire notamment dans ce mail : "Nous avons pris nos mesures le long de la clôture du côté nord de la décharge D1. Les valeurs les plus élevées étaient juste après le coin avec le pâturage pour chevaux de l’autre côté du chemin, à la hauteur d’un bouleau qui se dresse à l’intérieur de la clôture".

La porte-parole, Innes Venneman nous avait d’ailleurs confirmé dans un mail du 24 novembre que l’information était bien reçue : "Nous avons immédiatement contacté Greenpeace suite aux mesures reçues par votre intermédiaire. Nous leur avons demandé de préciser les résultats de leurs mesures ainsi que la localisation exacte. Cela nous a permis de nous y rendre nous-mêmes et de prendre les mesures nécessaires à cet endroit précis et autour de celui-ci ".

On apprendra finalement que l’AFCN a procédé à un prélèvement de sol à un autre endroit que le hotspot que nous lui avions indiqué. Ce que nous ne manquerons pas de lui faire remarquer en lui envoyant une nouvelle carte. (flèche rouge : prélèvement de la RTBF, flèche orange : prélèvement de l’AFCN).

 

Réaction aux propos d’Umicore

De son côté, la société Umicore a publié un communiqué le jeudi 10 décembre sur son site web. On peut y lire : "Umicore a répondu à toutes les questions posées par la RTBF contrairement à ce qui est prétendu dans le reportage".

De nouveau, cette affirmation est incorrecte. Dans le reportage, nous avons déclaré d’une part que "La société a refusé de nous accueillir. Alors, la visite, on a dû la faire depuis l’espace public". D’autre part, nous avons mentionné que : "Umicore a refusé toutes nos demandes d’interview".

Il n’est pas encore possible de recevoir des visiteurs sur nos sites

Pour le prouver, nous partageons des échanges de mails avec la société. Le 17 juin, la porte-parole d’Umicore, Marjolein Scheers a écrit à notre journaliste : "Nous avons pris des mesures assez strictes sur la propagation de COVID-19. Malheureusement, il n’est pas encore possible de recevoir des visiteurs sur nos sites."

Après avoir reçu quelques réponses factuelles et parcellaires sur les décharges présentes à Olen (quels types de déchets dans quelle décharge, le montant des provisions pour la gestion des déchets), notre journaliste a insisté pour obtenir une interview. Le 31 juillet, le journaliste écrit à la société : "S’il n’est pas possible de filmer sur le site d’Olen. Pouvons-nous au moins interviewer un responsable d’Umicore sur ces différents sites de stockage de déchets radioactifs ?".

Il ne sera pas possible d’organiser une interview

La réponse donnée le 4 août par la porte-parole est la suivante : "Je suis désolée, mais il ne sera pas possible d’organiser une interview. Nous avons déjà fourni les informations les plus importantes et pendant la période des vacances, il est également difficile de trouver des personnes disponibles".

Après avoir identifié une contamination radioactive le long de la décharge D1, le journaliste revient à nouveau vers la porte-parole le 18 août en lui soumettant les éléments par mail : "Nous pensons qu’il est important qu’Umicore puisse réagir à ces nouveaux éléments. Est-il possible d’organiser une interview avec un responsable d’Umicore ?".

Le 19 août, Marjolein Scheers répond en renvoyant le journaliste vers l’AFCN : "Merci de nous en avoir informés. L’AFCN analysera ces informations. Vous allez recevoir une réponse sous peu".

Resté sans réponse, le journaliste relance la société le 8 septembre : "Avez-vous une réponse concernant la contamination qui est sortie de la décharge D1 à Olen ?".

Réponse le 9 septembre : "L’AFCN analysera ces informations. Vous allez recevoir une réponse sous peu". On le renvoie de nouveau vers l’AFCN.

La réponse de l’AFCN arrivera seulement fin novembre. Le 25 novembre, le service communication de l’Agence fédérale précise que : "Il n’appartient pas à l’AFCN de discuter des engagements d’Umicore, ni des provisions. Nous allons donc laisser UMICORE répondre à cette question s’ils le souhaitent". La porte-parole d’Umicore est en copie de ce mail. La société restera silencieuse.

Le sérieux des mesures

Umicore a également tenté d’instiller le doute dans les esprits en décrédibilisant nos mesures et en affirmant : " Dans le reportage, il y a confusion entre des mesures exprimées en millionièmes de Sievert (microSievert) et des normes exprimées en millièmes de Sievert (milliSievert) ce qui est de nature à induire le public en erreur ".

Nous tenons à rappeler que toutes nos unités de mesures ont été exprimées en microSievert. Il n’y a jamais eu de confusion. Il suffit de revoir l’entièreté de l’enquête pour le vérifier. Le gamma spectromètre de Jan VandePutte, expert en radioprotection de Greenpeace a identifié un débit de dose de 4,7 microSieverts/h à un mètre du sol sur l’espace public. Au contact du sol, le compteur est même monté à plus de 14 microSieverts/h. À titre d’exemple, on soulignera que les stations de mesures belges TELERAD qui contrôlent la radioactivité dans l’air se mettent en alerte à partir de 0,4 microSievert/h. 4,7 microSieverts/h n’est donc pas un débit de dose anodin dans l’espace public. Évidemment, le hotspot découvert à Olen est très localisé.

La RTBF a précisé dans son reportage que rester un court instant à cet endroit n’était pas dangereux mais qu’il existait un risque de contamination en cas d’ingestion ou d’inhalation de poussières. Afin de documenter ce risque, la RTBF a envoyé un prélèvement de sol à l’ACRO. Ce laboratoire agréé par l’Autorité de Sûreté Nucléaire française a identifié des concentrations en radium 226 à hauteur de 22.300 Bq/kg. C’est plus de 400 fois supérieur à ce que l’on retrouve habituellement dans la nature. Les résultats ont été commentés par David Boilley, Président de l’ACRO et Docteur en Physique nucléaire à l’Université de Caen. Le rapport d’analyses est en accès libre sur notre site web depuis mercredi. Il ne faut pas confondre irradiation (exposition externe) et contamination (exposition interne).

Ce site devrait être assaini

Voici d’ailleurs le commentaire du laboratoire ACRO : " Pour l’échantillon prélevé à Olen, près de la décharge D1 d’Umicore, on note surtout la présence de radioéléments d’origine naturelle à des niveaux beaucoup plus élevés que ce que l’on trouve généralement dans l’environnement. Il s’agit donc de radioéléments naturels concentrés du fait de pratiques humaines qui constituent, là encore, une pollution. Et les niveaux relevés pour les descendants de l’uranium-238 dépassent aussi le seuil d’exemption de la directive 2013-59 Euratom du 5 décembre 2013 qui est de 1000 Bq/kg. Ce site aussi devrait être assaini ".

Précisons que l’AFCN estime que les normes d’exemption ne s’appliqueraient pas dans le cas présent car la décharge D1 d’Umicore n’est plus en exploitation.

La rédaction d’#Investigation déplore que des fausses affirmations aient été relayées à son encontre dans la presse et tenait à faire cette mise au point. Elle reste disponible pour commenter et fournir tous les éléments qui concernent cette contamination dans l’espace public à Olen. Le dossier complet avec tous les documents utiles (y compris le détail des mesures de l’AFCN) est à lire dans notre article intitulé Umicore à Olen, la plus grande décharge radioactive de Belgique.

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