#Investigation : Vaccination : À la recherche du temps perdu

500.000 personnes vaccinées en une semaine début mai : des chiffres rassurants dans une Belgique qui a enfin atteint son rythme de croisière. Pourtant, il y a un ou deux mois encore, peu auraient parié sur un dénouement heureux vu le démarrage calamiteux de la campagne.

C’est qu’entre bugs informatiques, pénuries de vaccins ou encore médecins généralistes tenus en dehors du circuit officiel de vaccination malgré la confiance qu’ils inspirent, tous les éléments semblaient réunis pour faire de cette campagne un fiasco comparable à la saga des masques.

Couacs et autres dissonances !

Au cœur des critiques les plus virulentes on trouve d’abord l’improbable logiciel Doclr, créé à la base pour gérer l’agenda des médecins généralistes et adapté à la hâte pour la prise de rendez-vous de la population dans un cadre inédit de vaccination de masse.

Souvent dépassé par la multitude de données à intégrer (comorbidités, vaccins différents, délais entre les injections) Doclr provoquera d’importants retards liés à ses dysfonctionnements.

Les propos tenus fin mars par une responsable médicale d’un centre de vaccination de la Fédération Wallonie Bruxelles souhaitant conserver l’anonymat sont d’ailleurs sans équivoque : "L’outil est très complexe et non abouti ! Il génère un temps de gestion anormalement important et provoque une grande complexité dans l’organisation des centres faute de plateforme performante de prise de rendez-vous en amont. Si les choses se déroulaient mieux nous pourrions vacciner le double de personnes"

A cette époque la Belgique affiche à peine 5% de personnes complètement vaccinées et affiche des perspectives de vaccination – c’est un euphémisme – peu réjouissantes.

Sans compter les imprévus liés aux rares cas de thromboses des Vaccins Astra Zeneca et Johnson et Johnson venus encore compliquer la donne.

Pour Jean-Michel Dogné, expert en pharmacologie à l’Agence fédérale des médicaments, la situation fin mars était inédite : " C’est une série Netflix avec des rebondissements tous les jours… Je peux comprendre que la population ait du mal à suivre, il y a des événements différents dans chaque pays et c’est très difficile pour nous de communiquer dans ce contexte ".

Cerise sur le gâteau : la plupart des unités de soins intensifs qui débordent à l’image de celle de Pierre Henin, Chef du Département du Groupe Jolimont, qui ne décolère pas : " Nous avons un virus qui continue de se propager avec des gens pas très âgés en soins intensifs qui continuent de décéder. Ces décès à partir du moment où l’on dispose d’une vaccination sont évitables, la lenteur actuelle – si elle perdure — c’est de la non-assistance à personnes en danger".

A côté des vies menacées l’impact économique du retard de la vaccination est quant à lui estimé à plus de quatre milliards d’euros par les spécialistes de l’Agence Euler Hermes… Ambiance.

Heureusement, la stabilisation des livraisons fin avril viendra considérablement améliorer la situation et débouchera sur les chiffres que nous connaissons aujourd’hui : plus d’un tiers de la population partiellement protégée par sa première dose.

Aurions-nous pu faire mieux en adoptant une autre stratégie ou en nous inspirant d’autres pays comme Israël ?

L’horizon de 70% de Belges vaccinés à la fin de l’été est-il toujours réaliste ?

Dans quel contexte faut-il s’apprêter à revivre dans les prochains mois ?

Réponse ce mercredi dans cette enquête de plusieurs semaines au cœur d’une campagne de vaccination belge très agitée… à la recherche du temps perdu.