#Investigation sur les inondations : seuls 2 sinistrés liégeois sur 10 sont entièrement indemnisés, "Elle n’a plus rien" dit la fille d’une victime de 86 ans

La date est facile à retenir. Le 14 juillet. Comment vivent les sinistrés des inondations, 3 mois plus tard ? Où en sont-ils ? Où logent-ils ? Sont-ils indemnisés ? Les secours sont-ils arrivés rapidement ? L’équipe d’Investigation, composée de Santos Hevia Garcia, Pierre Mélice, Geoffrey Simonon, Colin Wulput, Valentine Liénard et Anne-Catherine Croufer est retournée sur les lieux. Des images, des odeurs, des rencontres qu’aucun d’entre nous ne pourra oublier.

Christine, sauvée in extremis : "Je voulais mourir sur ma péniche"

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La péniche de Christine Turtle en train de s’enfoncer dans la Meuse © Tous droits réservés

Sur le port des yachts à Liège, des péniches sont à quai. La Meuse devient de plus en plus violente. L’une des péniches, celle de Christine Turtle, 86 ans, tangue. Des sauveteurs bénévoles tentent de la persuader de quitter son bateau, mais elle ne veut pas. C’est toute sa vie, 40 ans de souvenirs et de vécu. Finalement, c’est presque en l’arrachant que les sauveteurs ont réussi à la garder en vie. Sa fille, Linsay Varney, nous confie : "Elle voulait mourir sur son bateau. Elle est furieuse sur les sauveteurs. Aujourd’hui, elle va devoir aller en maison de repos, c’est compliqué. Elle n’a plus rien et la maison de repos va coûter cher". Comme tant d’autres, Christine Turtle va changer de vie. D’une péniche, elle passera en maison de repos. Elle essayera de se reconstruire.

Suzanne, sauvée in extremis de sa maison aujourd’hui inexistante

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Ce qu’il reste de la maison de Suzanne Billet © Tous droits réservés

Le 15 juillet dernier, lors d’un reportage au journal télévisé, nous avons assisté à une maison qui s’écroule, à Trooz, dans le quartier de La Brouck. Nous sommes impuissants, des cris de secours sont glaçants, font froid dans le dos. Nous nous sommes demandé si la dame et son chien avaient survécu. L’équipe d’Investigation est partie à sa recherche. Et oui ! Elle a été sauvée… par son voisin. Elle a 85 ans mais, aujourd’hui, il ne reste que des gravats de sa maison. Suzanne vit actuellement chez sa fille et espère revenir un jour vivre à La Brouck. Comment peut-on imaginer son avenir ? Elle n’a plus rien, plus de vêtements, plus de souvenirs, plus de murs, plus rien. Lorsque nous l’avons rencontrée, elle faisait sa "dure": "J’ai dû faire une grande enjambée dans le vide, mon voisin m’a tirée et j’ai sauté dans ses bras", explique Suzanne Billet. Avant de nous quitter, elle craque. Debout sur les gravats, elle se livre : "J’en ai encore les larmes aux yeux. J’aimerais bien revenir ici. J’étais tranquille dans mon petit coin… Et voilà, c’est l’histoire de la maison".

L’histoire de Suzanne est l’histoire de milliers de sinistrés qui ont tout perdu en une seule nuit.

Durant notre enquête, nous en avons rencontré des dizaines. Aujourd’hui, ils se battent avec les assurances. Certaines compagnies rechignent à rembourser convenablement. D’autres sont plus humaines et ça se passe bien. Actuellement, dans le bassin liégeois, 20% des sinistrés sont entièrement indemnisés, 50 sont toujours en négociation, et 30% n’ont toujours pas reçu la visite d’un expert.

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© Tous droits réservés

Les experts sont débordés, les hommes de métier aussi. Pour l’instant, les maisons sont toujours en train de sécher. Portes et fenêtres grandes ouvertes. Mais l’hiver approche. Plusieurs sinistrés n’ont toujours pas de gaz pour se chauffer ou pour cuisiner. Un des sinistrés que nous avons rencontrés a reçu la visite… d’un expert automobile. Vous avez bien lu : un expert automobile est venu, non pas pour sa voiture, mais pour l’immobilier. Il a pu ainsi recevoir une avance de l’assurance, en attendant l’expert immobilier… en novembre.

Trois mois plus tard, plusieurs villes et villages sont toujours "morts". Prenons l’exemple de Chaudfontaine, à quelques pas de Liège. Le casino est fermé, les thermes sont fermés, les restaurants sont fermés, les maisons sont abandonnées. Pas une boulangerie, épicerie ou boucherie ouverte. Ce sont des villages fantômes.

Il faudra des années et des années pour reconstruire.

Quelques chiffres

Le bilan est de 38 morts et toujours un disparu. 50.000 habitations sinistrées. 97 km² de zones inondées. 160.000 tonnes de déchets emportés par les eaux.

En tout : 209 communes sur 262 ont été déclarées sinistrées.

Les pompiers coincés dans une station essence le 14 juillet reviennent sur les lieux

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