#Investigation : Raymond, le policier antidumping social

Au sein de la police de la route, c’est la référence en matière de lutte contre le dumping social. Il faut dire que cela fait plus de 40 ans que Raymond Lausberg contrôle les poids lourds. Terrain de chasse privilégié : la province de Liège, l’autoroute E40 et la frontière avec l’Allemagne. Chaque jour, des milliers de camions y transitent. Et la plupart sont en infraction.

À peine 5% des poids lourds sont en ordre quand j’effectue un contrôle ciblé sur le dumping social. Et la situation ne s’améliore pas, loin de là.

Des règles pour lutter contre le dumping social

Lorsqu’il mène des opérations de contrôle, Raymond Lausberg vérifie que les dernières dispositions votées par l’Europe en août 2020 sont bel et bien respectées. Il y a d’abord l’obligation qu’ont les chauffeurs de prendre leur repos hebdomadaire de 45 heures en dehors de leur camion. Il y a aussi l’obligation pour le camionneur de rentrer dans le pays d’immatriculation de véhicule toutes les 4 semaines.

Sur le terrain, ces dispositions sont pourtant très peu respectées. "Il y a quelques semaines j’ai contrôlé près de Battice un camion lituanien conduit par un Ouzbek. Le chauffeur n’était plus rentré chez lui depuis 8 mois. 8 mois à dormir dans son camion sans voir sa famille. C’est un scandale !", s’emporte le policier.

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#Investigation: Raymond , le policier anti-dumping social © Tous droits réservés

Et certaines entreprises belges ne sont pas en reste. "Aujourd’hui, l’on voit des chauffeurs roumains rouler pour des entreprises belges avec des contrats portugais", dénonce Roberto Parillo, le monsieur transport à la CSC. "Tout bénéfice pour la société qui paye le chauffeur à un salaire de quelques centaines d’euros plus des indemnités journalières sur lesquelles elle ne paye quasiment pas de charge".

Manque de contrôle et manque d’ambition

Du côté de la police de la route, tout comme du côté des auditorats du travail, on manque de moyens humains pour effectuer des contrôles. "En province de Hainaut, nous ne sommes que 4 pour lutter contre le dumping social, c’est totalement insuffisant", déplore Charles-Eric Clesse, auditeur du travail en province de Hainaut. Et puis il y a ce que l’Europe impose à ses États membres. "Tenez-vous bien, l’Europe demande à ses États membres de contrôler à peine 3 pourcents des poids lourds qui circulent sur le territoire. Cela signifie que vous avez 97 pourcents de chance de passer entre les mailles du filet" explique l’ancien député européen Mathieu Gross.

Contrôle technique en berne

Il y a les contrôles dumping social, puis il y a le contrôle technique. Et ici aussi la situation est catastrophique. "De très nombreux camions ont des problèmes de frein, ont des marchandises qui sont mal arrimées ou disposent d’un faux contrôle technique, observe Raymond Lausberg. Moi j’appelle ça des bombes roulantesC’est aussi une facette du dumping social. Payer le coût du transport le moins cher possible, passe alors par un manque d’entretien du camion. Les dangers pour la sécurité de tous les usagers de la route sont énormes."

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