#Investigation a suivi des équipes du SMUR : "Vu les distances, il vaut probablement mieux faire un AVC à Bruxelles qu'à Chimay"

Pendant plusieurs semaines, #Investigation a suivi plusieurs équipes SMUR, les services mobiles d’urgence et de réanimation, pour vous montrer le quotidien de ces équipes qui sauvent des vies. Chaque année, ils transportent 4000 traumatisés graves vers les hôpitaux. Entre le début et la fin du tournage, un invité imprévu s’est rajouté : le covid-19. Qui n’arrange rien à la situation déjà compliquée dans ces services.

Ils devaient déjà intervenir dans des conditions inconfortables avant le covid-19, mais l’épidémie a encore compliqué les choses. Depuis quelques semaines, le SMUR de Jolimont effectue toutes ses interventions avec les protections maximales : blouses, masques, gants et lunettes. Les mouvements sont plus compliqués, les équipes ont chaud sous leur attirail mais, même pour une simple chute à vélo, plus question de prendre de risque. "Nous avons déjà eu des surprises. Alors qu’on partait pour un traumatisme pur, on s’est rendu compte lors du bilan qu’il y avait aussi une infection au coronavirus, raconte François-Xavier Lens, médecin chef à Jolimont. J’ai perdu un médecin hier, qui est décédé du covid-19 après quatre semaines de soins intensifs, donc je ne veux prendre aucun risque".

Manque de moyens, toujours le même refrain

Pour s’équiper à chaque fois, il faudrait déjà avoir le matériel. "Certaines sociétés d’ambulance ont acheté leur matériel de protection au Brico…", déplore François-Xavier Lens. Et le refrain ne date pas du covid-19.

Les urgences, comme l’entièreté du monde médical, manquent cruellement de moyens. Des moyens matériels, mais aussi financiers et humains. Selon Pierre Mols, chef des urgences à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles, il manque entre 1000 et 1500 urgentistes en Belgique. Et à côté des urgences fixes, tous les hôpitaux n’ont même pas les moyens d’avoir un service SMUR : le coût en entretien et en personnel de ces services mobiles est très important. Les 300.000 euros de subsides que reçoivent les hôpitaux équipés d’un SMUR ne suffisent pas à couvrir tous les frais liés aux déplacements des équipes. Résultat : seul un tiers des hôpitaux du pays a son propre service. Les autres se contentent d’un service ambulancier classique, sans médecin à bord.

Des déplacements inutiles

Déjà en pénurie, les services SMUR sont en plus réquisitionnés pour des missions qui devraient être remplies par d’autres. Pour constater des décès par exemple. "Quand on ne trouve pas de médecin dans les plus brefs délais pour constater un décès, le 112 nous réquisitionne", explique le médecin urgentiste Karim Bochouari.

Autre surcharge : les appels inutiles. Tout comme leurs collègues des urgences, qui reçoivent des patients qui auraient pu simplement aller chez leur médecin traitant, les services SMUR sont parfois appelés inutilement. Lors de notre tournage avec le SMUR de Jolimont, les équipes ont par exemple enchaîné deux cas qui paraissaient inquiétants au téléphone. Au final, il s’agissait d’une bronchite et d’une grippe… Et le phénomène augmente : les gens appellent de plus en plus le 112, pour un oui ou pour un non. Et le 112 envoie souvent une équipe, par précaution. "Entre 2004 et 2015, on a constaté une augmentation de 30% du nombre de missions SMUR. Or la population n’a pas augmenté de 30% sur cette période, rapporte le docteur Lens, de l’hôpital Jolimont. Si on garde ce rythme, avec ce principe de précaution, nous ne pourrons jamais faire face à la situation".

Pas tous égaux devant le SMUR

A côté des sorties inutiles, de la pénurie de généralistes et du sous-financement, d’autres problèmes peuvent impacter les SMUR. Dans les zones reculées, les distances à parcourir compliquent les interventions. À Chimay, un déplacement dure en moyenne 15 à 20 minutes. C’est deux fois plus que dans les grandes villes. Et ça peut encore être bien plus long. "Il vaut probablement mieux faire un AVC à Bruxelles qu’à Chimay", avoue Vincent Septon, chauffeur SMUR. Et ce n'est pas la qualité des équipes qui est en jeu ici, mais bien la distance qui sépare du premier hôpital, précise sa collègue.

Heureusement, des solutions existent. Le Centre médical héliporté de Bra-sur-Lienne, en Province de Liège, est la principale. Un hélicoptère est prêt à décoller, en permanence, pour des interventions dans des zones reculées. Il ne faut que 10 minutes pour rejoindre une zone à plus de 50 km de la base. Le gain de temps est énorme et, dans ce domaine, chaque minute compte.

Pour résoudre tous les problèmes du SMUR, il faudra plus qu’un hélicoptère. De nombreuses pistes sont évoquées. Certains urgentistes demandent de renforcer la collaboration avec les généralistes, comme ce fut le cas pendant le pic de l’épidémie de coronavirus. D’autres veulent une réforme du 112, pour être mieux guidés en intervention. Quelle que soit la piste privilégiée, l’objectif est le même : augmenter l’efficacité des services mobiles et donc le nombre de vies sauvées.

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