#Investigation : Handicap… La paralysie des chiffres !

Combien y a-t-il de personnes handicapées de grande dépendance en Belgique ? Nous avons posé cette question de nombreuses fois, tout au long de notre enquête. Nous avons même passé de longues heures à tenter de recouper les résultats des calculs des uns et des autres. En vain. Ce chiffre ne semble pas exister. Il est pourtant essentiel.

Pour comprendre, il faut d’abord partir de ce qui existe. Quand on cherche le lien entre chiffres et handicap, ce que l’on trouve provient du niveau fédéral.

Il s’agit là d’un recensement du nombre de personnes reconnues handicapées qui perçoivent une allocation. Au-delà de 21 ans, ces personnes sont classées par " catégorie " en fonction notamment de leur autonomie. Il y a cinq catégories, la dernière reprenant les personnes les moins autonomes.

Mais alors me direz-vous, il suffit d’identifier les plus dépendantes et on obtient le chiffre attendu. On le pensait aussi. Sauf que ce n’est pas aussi simple… car personne ne semble s’accorder sur le calcul à faire…

Pas si simple…

Explications : pour les associations de terrain ; pour obtenir une estimation fiable, il faut additionner les personnes reprises dans les trois dernières catégories établies par le fédéral. Mais du côté de l’administration wallonne (AVIQ, Agence pour une vie de Qualité) on tient plutôt compte des deux dernières.

Ajoutons à cela, que du côté de l’administration de Bruxelles Capitale (Le Phare) on préfère se référer au nombre de demandes introduites auprès de leur service, via leur Interface des situations prioritaires.

Bref on l’aura compris, sans critère objectif et défini, impossible pour nous d’avoir un chiffre précis et surtout indiscutable.

Résultat : des écarts impressionnants entre ceux qui revendiquent et ceux qui décident.

Sans chiffre, quelle politique ?

Evidemment la question qui se pose est de savoir comment mener une politique sociale cohérente si on ne connaît pas la population à laquelle elle doit s’adresser. Plus précisément, même si on se base sur des estimations, comment connaître les besoins réels de ces personnes totalement dépendantes ? En effet, le fait que deux personnes soient reprises dans la même catégorie au niveau fédéral ne donne aucune indication précise sur ses besoins, ses attentes.

Le constat n’est pas neuf. Il était déjà au cœur d’une plainte déposée devant le Conseil européen des droits sociaux en 2011. Deux ans plus tard, la vingtaine d’associations à l’initiative de la démarche obtenait gain de cause et la Belgique s’engageait alors à réaliser un cadastre précis au plus vite. Et cela, afin de développer une politique mieux coordonnée, mieux adaptée aux besoins.

Dans son dernier rapport publié en 2018, l’Europe soulignait que la Belgique n’était toujours pas en conformité avec la Charte Sociale qu’elle a pourtant signée.

Aujourd’hui du côté des décideurs, on se veut rassurant et on répète ses engagements.

Ainsi à la Région wallonne, Christie Morreale met en avant la liste unique créée en 2017 et qui centralise toutes les demandes urgentes de place… Un premier pas mais qui, de son propre aveu, n’est pas encore la panacée. En tant que ministre en charge des personnes handicapées, Christie Morreale dit vouloir miser sur la formation des soignants et sur l’information aux familles pour mieux cerner les besoins spécifiques.

Du côté de Rudi Vervoort, ministre président de la Région de Bruxelles Capitale, on s’engage à réaliser ce cadastre au plus vite, probablement dès l’année prochaine : " Plus de promesses, on est dans la réalisation cette fois " dira le ministre en réponse à nos questions.

Du côté des parents et des proches de personnes handicapées on s’engage aussi… à déposer une nouvelle plainte si rien ne bouge.

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