#Investigation a rencontré Moncef Slaoui, le Belgo-Marocain responsable de la vaccination aux USA

10 décembre 2020, au siège du Département Américain de la santé, où nous nous trouvons, la tension est perceptible. Dans les prochaines heures, la FDA – la toute-puissante Food and Drug administration – doit se prononcer sur l’autorisation de mise sur le marché du premier vaccin à ARN messager développé par les firmes Pfizer et Bio’n’tech.

Des moyens jamais vus

Au cœur de cette effervescence, nous sommes les seuls médias autorisés par Moncef Slaoui, le chef de la plus grande opération de vaccination jamais menée sur le territoire américain. Pour ce belgo-marocain, chercheur en immunologie mondialement respecté, pas question d’être accaparé par tous les médias en demande : la télévision publique belge, sera la seule acceptée à cette période clé. La question principale que nous voulons évoquer avec lui, ce sont forcément les moyens mis en jeu : "Notre budget était illimité ! Plus de 14 milliards ont été investis à ce jour. Toutes les études cliniques ont été planifiées en même temps et pas les unes à la suite des autres, les usines de production ont pu être construites en un temps record… du jamais vu face à l’urgence".

Notre budget était illimité ! Plus de 14 milliards ont été investis à ce jour.

Pour lui, la technique de l’ARN messager, la première à avoir été développée, présente toutes les garanties nécessaires : "Deux décennies de développement sur l’ARN messager ont permis de mettre au point des plateformes technologiques directement opérationnelles. Nous ne partions pas de zéro dans ce domaine qui va nous sauver. Par ailleurs, les 14 milliards investis pèsent bien peu par rapport aux 22 milliards que coûte chaque jour de lockdown à l’économie américaine".

Ce budget, qui a fait couler tellement d’encre, c’est d’ailleurs un sujet qui irrite ce grand connaisseur de l’industrie pharmaceutique. Moncef Slaoui a passé 27 ans chez GSK, avant de diriger le groupe aux Etats-Unis. "Des milliards de dollars ont été dépensés par le secteur privé pour développer la technologie à ARN messager qui va nous sauver. En quelque sorte, chacun a mis sa part dans l’aventure ! Le jour où il n’y aura plus aucune perspective de retour sur investissement, il n’y aura plus d’innovation…", explique-t-il.

Le 12 décembre, ce vaccin sera finalement accepté par la FDA avant d’être, 9 jours plus tard, autorisé en Europe par l’AEM, l’Agence Européenne du Médicament.

Soulagement sur le terrain

Une nouvelle particulièrement bien accueillie dans les hôpitaux et maisons de repos comme le Home "Les Buissonnets" de Saint-Vaast un des plus importants de la région du Centre.

Pour sa directrice, Anne-Sophie Caudron, il y avait urgence : "Certains résidents nous ont demandé l’euthanasie, d’autres ont fait le mur… Il y a aussi eu des familles qui se sont introduites dans l’établissement pour pouvoir serrer leurs proches dans leurs bras. Tout ça sera bientôt fini. Je me réjouis de revoir la vie normale revenir dans les maisons de repos".

Pourtant, dans cette maison de repos, 30% du personnel ne se fera pas vacciner. C’est le cas d’Allison et de Sophie, pourtant en contact étroit, avec de nombreuses personnes "à risques": pour elles, "tellement de choses se disent qu’il est difficile d’y voir clair. Nous pensons que ce vaccin a été développé trop vite"

Allison et Sophie, des cas loin d’être isolés en Belgique, où plus d’une personne sur 6 refuse la vaccination. Ces craintes sont-elles fondées ? Comment et par qui ces vaccins sont-ils contrôlés ? A-t-on privilégié la rapidité à l’élémentaire sécurité ?

Les études cliniques

Pour répondre à ces questions, les équipes d’Investigation se sont penchées sur toutes les phases d’élaboration des vaccins contre le covid-19, à commencer par les incontournables études cliniques sur des volontaires. Parmi ceux-ci, Fabienne Montaigne, pour qui la situation est intenable.

Mes enfants ne peuvent plus voir leurs amis ni fêter leur anniversaire il est grand temps de retourner à la normale. Si je peux aider à mon niveau alors pourquoi pas !

Dans le couloir voisin, Eric, lui aussi volontaire, renchérit : "J’ai perdu un ami la semaine passée à cause du Covid. Il craignait de se rendre à l’hôpital et est décédé des suites de complications. Il avait à peine 54 ans… Un an de moins que moi ! Il faut qu’on s’en sorte, ce n’est plus possible".

Pour le médecin investigateur de l’étude, Bernard Jandrain, les risques liés à ce type d’études sont minimes : "En 12 ans j’ai connu un seul patient qui a dû faire l’objet d’un suivi médical à cause d’effets indésirables. C’est extrêmement rare, et tous les frais ont été pris en charge par le sponsor de l’étude".

Ces propos peinent pourtant à convaincre ceux qui s’imprègnent des théories farfelues qui inondent le web, comme l’impact sur l’ADN ou encore l’incorporation d’une micro-puce dans le vaccin à des fins de surveillance.

Pourtant, à l’heure où les variants plus contagieux provoquent une augmentation des infections, les scientifiques sont unanimes : il faut accélérer la cadence de vaccination. Un message martelé par le biologiste Emmanuel André : "Si nous parvenons à maintenir une circulation basse du virus, en l’empêchant de muter, nous pourrions nous préserver d’un nouveau lockdown. Il faut donc déployer au plus vite la couverture vaccinale".

Mais entre sceptiques et problèmes d’approvisionnement, bien malin qui pourra prédire l’évolution des prochaines semaines.


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Magazine "Investigation" du 03/02/2021

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