#Investigation: retour sur une année infernale pour la lutte antiterroriste en Belgique

#Investigation: 2015-2016, retour sur l'année infernale pour les unités spéciales
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Un attentat déjoué à Verviers, une traque longue de 4 mois pour trouver et arrêter Salah Abdeslam, puis les attentats à Brussels Airport et dans la station de métro Maelbeek : entre janvier 2015 et mars 2016, les unités spéciales ont vécu une année particulièrement intense. Cinq ans après, enquêteurs et membres des unités d’intervention reviennent avec nous sur cette période sous haute tension.

Le 15 janvier 2015, une semaine après l’attaque contre la rédaction de Charlie Hebdo à Paris, les unités spéciales de la Police fédérale déjouent un attentat imminent sur le territoire belge. Trois terroristes se cachent dans une maison à Verviers. L’assaut est donné. Sur place, les policiers font face à une opposition armée. Ce sera le raid le plus violent de l’histoire des forces spéciales. Gabber en est membre. Il a vécu l’intervention. "Il y avait des tirs en rafale. Ça fusait de tous les côtés. La fusillade n’aura duré que quelques minutes. Mais quand vous êtes en plein milieu, vous avez l’impression que ça dure des heures."

Une seconde devient une minute et les minutes deviennent des heures.

Cet assaut a marqué les services de police. Eric van der Sypt est magistrat, porte-parole du parquet fédéral. Pour lui, l’intervention à Verviers leur a ouvert les yeux. " Nous avons réalisé pour la première fois que l’État islamique voulait organiser des attentats en série en Europe occidentale. Comment ? En formant des terroristes, en les envoyant sur place, en leur fournissant des planques, pour qu’ils préparent leur coup avant de passer à l’acte. ". Les services de sécurité se rendent compte que l’État islamique a développé une structure importante en son sein, et que ce n’est que le début. Cette cellule terroriste est la même que celle qui sera responsable des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, et du 22 mars 2016 à Bruxelles.

On se dit qu’il va y avoir autre chose, que ce n’est pas fini. On se prépare à connaître peut-être pire que ce qu’on a connu à Verviers.

Une série d’attentats ratés

En 2015, plusieurs terroristes tentent des attaques qui échouent. En avril, un homme qui projetait de commettre des attentats dans deux églises de Villejuif est arrêté. Le 21 août, les passagers d’un Thalys immobilisent un djihadiste qui fait partie de cette même cellule terroriste franco-belge.

Le 13 novembre à Paris, par contre, les 3 commandos terroristes mettent leur plan à exécution : ils font 130 morts et 350 blessés. À partir de ce moment-là, Salah Abdeslam devient le visage des attentats de Paris, et l’ennemi public numéro 1.

Jeu du chat et de la souris

La traque de Salah Abdeslam durera 4 mois. Il se cache à Schaarbeek, à Forest, et dans plusieurs autres planques. Les services de police montent à de nombreuses reprises des opérations, persuadés de pouvoir le coincer : Je pense que c’est arrivé au moins une dizaine de fois, raconte Gabber. Pour lui, si c’est si difficile de l’attraper, c’est parce qu’il est protégé. "Il avait de très bonnes planques et je pense que son réseau y était pour beaucoup. Parce que vous devez manger, vous devez boire et si vous ne pouvez pas aller au magasin vous-même, quelqu’un doit bien faire les courses pour vous."

Eric van der Sypt, du parquet fédéral, ajoute : "À condition de garder son calme, quelqu’un qui n’attire pas l’attention peut facilement disparaître. Quand vous connaissez le quartier, se fondre dans la foule, ce n’est pas si compliqué".

Le 15 mars 2016, les unités spéciales perquisitionnent une maison à Forest. Ils ne s’y attendent pas, mais ils sont tout près du but. C’est là que Salah Abdeslam se cache. Il est de l’autre côté de la porte quand les policiers sonnent. Il réussit à s’échapper par les toits, alors que son compagnon Mohammed Belkaid est abattu. Pour Eric van der Sypt, "ils ont sacrifié un de leurs membres pour faciliter son évasion".

L’intervention finale est musclée

Le 18 mars 2016, la situation s’accélère. Les enquêteurs ont retrouvé la trace de Salah Abdeslam. Il serait caché chez un proche à Molenbeek. Des informations filtrent dans la presse : son arrestation imminente fait les titres de l’actualité.

Une journaliste est déjà devant la porte de la maison où se cache le terroriste. Les unités spéciales doivent réagir en vitesse. Gabber explique "Nous avons dû partir dare-dare parce qu’on en parlait déjà à la radio et à la télé. Si, à ce moment-là, Salah Abdeslam regarde la télévision, il prend ses jambes à son cou".

Salah Abdeslam tente à nouveau de s’échapper par les toits, mais les policiers y ont placé des hommes. Il ne peut pas sortir. Il tente, comme dernière solution, de s’enfuir par l’entrée principale, en tournant le dos aux unités spéciales. Placées à 5 mètres à l’extérieur de la porte d’entrée, elles sont prêtes. Un tireur d’élite lui tire dessus. Il est rapidement maîtrisé. 4 mois après les attentats de Paris, Salah Abdeslam est enfin arrêté.

C’est un énorme soulagement pour tout le monde, les unités spéciales en premier. Mais il est de courte durée. "Le soir même, on nous disait déjà qu’on se préparait pour la suite, explique Cesco, membre des unités spéciales. Salah Abdeslam n’était pas seul".

Son arrestation bouleverse en effet les plans d'autres terroristes, encore en cavale. Parmi eux, Mohamed Abrini et les frères El Bakraoui. Ils avaient d’autres projets d’attentats, pour plus tard. Selon les enquêteurs, leur objectif initial était de frapper lors de l’Euro de football en France, mais ils n’ont pas le temps de mettre ce plan à exécution. La pression devient trop forte. Ils apprennent par une conférence de presse de François Molins, procureur de Paris, que Salah Abdeslam collabore avec la police et donne des informations.

En parallèle, des photos des frères El Bakraoui sont publiées, pour la première fois, dans un journal quotidien belge. Par peur de se faire arrêter avant d’avoir pu frapper l’Europe à leur tour, ils modifient leurs plans et agissent rapidement. 4 jours après l’arrestation de Salah Abdeslam, des bombes explosent à l’aéroport de Bruxelles et dans la station de métro Maelbeek. Elles feront 32 morts et 340 blessés.

Sujet du JT du 07/03/2021

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