Dérives sectaires: #Investigation a infiltré un cercle de "guérisseurs"

Lors de notre enquête sur les dérives sectaires en Belgique, nous nous sommes centrés sur deux groupes en particulier. D’un côté, l’ASBL Diffusion de l’Evangile, à Monceau-sur-Sambre, soupçonnée de traite des êtres humains, exploitation financière… De l’autre, nous nous sommes intéressés au Cercle des Amis de Bruno Gröning, un groupe qui propose de guérir de toutes les maladies par des méthodes… surprenantes.  

La chirurgie spirituelle

Le Cercle, comme d’autres mouvements similaires, s’appuie sur l’enseignement d’un ancien guérisseur, Bruno Gröning. Cet allemand, mort dans les années 50, enseignait le pouvoir de la "force divine". Selon lui, cette "force divine" peut guérir toutes les maladies, même celles où la médecine est impuissante.

Toutes nos demandes d’interview ayant été refusées, nous avons décidé d’infiltrer le Cercle des amis de Bruno Gröning en caméra cachée. Nous avons assisté au rassemblement national à Dworp, ainsi qu’à des réunions dans trois sections locales à Bruxelles, dans le Brabant Wallon et en province de Liège. Assez pour constater que les membres du Cercle croient dur comme fer en cette "force divine".

Guérir grâce à la photo de Bruno Gröning

Selon les membres du Cercle des amis de Bruno Gröning, on peut enclencher le processus de guérison rien qu'en regardant le film de propagande sur Bruno Gröning, ou même sa photo. Une dame, venue témoigner devant les autres participants de son expérience de la "force divine", en est visiblement convaincue. Atteinte d’un fibrome, elle a refusé l’opération, par peur de l’anesthésie. "Mon médecin me disait que c’était indispensable, que je risquais de mourir si je refusais l’opération, raconte-t-elle. À la place, elle est rentrée chez elle et a déposé tous les jours la photo de Bruno Gröning sur son ventre. Quand je suis revenue chez mon médecin plus tard, il m'a fait une échographie. Il m'a dit: "Je ne sais pas ce qui se passe, mais il n'y a plus rien". Même sa voiture, elle la répare grâce à Bruno Gröning: 

"Un jour, ma voiture ne voulait plus redémarrer, ma batterie était plate. J'ai mis la photo de Bruno sur le capot, et quelques minutes plus tard, la voiture est repartie !"

Et cette dame n'est pas la seule convaincue que nous avons rencontrée. Lors d'une autre réunion, un homme explique pourquoi ils ne croient pas aux médecins classiques. "La plupart du temps, tu rentres, on te facture et puis dehors! Pour une grippe, un refroidissement, il n'y a pas de problème, je vais chez le médecin, et tout se passe bien, précise l'homme. Mais pour les vrais problèmes... Non!"

Exercice illégal de la médecine

À côté de ces témoignages qui peuvent surprendre, nous avons aussi entendu des propos qui nous ont semblé carrément dangereux. Lors d'une réunion, le conférencier a affirmé aux participants qu'ils pourraient un jour arrêter leurs traitements médicaux: "Quand le moment sera venu d'arrêter un traitement, un médicament, de refuser une opération, Bruno Gröning, Dieu, vous le diront clairement". 

Nous avons montré ces images au Secrétaire Perpétuel de l'Académie Royale de médecine. Sa réponse est claire : pour lui, c'est un acte répréhensible et criminel. "C'est de l'exercice illégal de la médecine", précise Jean-Michel Foidart. "Cet homme est en train de dire qu'ils doivent arrêter tout contact avec la médecine allopathique, occidentale, et s'en remettre à Dieu. C'est un discours séducteur, mobilisateur, mais très dangereux".

Le problème, c'est que malgré ces dérives que nous avons constatées, les autorités peinent à lutter contre ce genre de groupes et à aider leurs victimes. La directrice du Centre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles, le Ciaosn, qui est justement l'organisme censé lutter contre les sectes, refuse carrément de prononcer le mot "sectes". En Belgique, il est effectivement très difficile, légalement, de qualifier une organisation de secte. Combattre le phénomène est, par conséquent, très compliqué, et les victimes sont souvent laissées à l'abandon.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK