Russie : périple au Kamchatka, la terre de feu des ours bruns

Voyager au Kamchatka, c'est plonger dans la nature sauvage, au cœur des volcans et du territoire des ours.
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Voyager au Kamchatka, c'est plonger dans la nature sauvage, au cœur des volcans et du territoire des ours. - © Pascale Sury

Amoureux de photographie, d’aventures 100% nature, de terres du bout du monde, cet endroit est incontestablement pour vous : le Kamchatka, une région unique au monde. A l’Extrême-Orient russe, la péninsule s’étend à 9 fuseaux horaires de Moscou ; 270 000 km2 (près de 10 fois la Belgique), à peine 3 routes goudronnées, 300 volcans dont 30 actifs, de grands ours bruns, des loups… dépaysement immédiat !

Nous arrivons dans la capitale, au nom déjà " exotique " : Petropavlovsk-Kamchatsky. Plus de la moitié des quelques 330 000 habitants de la péninsule sont installés ici, au bord de la baie d’Avatcha et de l’océan pacifique. Oksana nous accueille à l’aéroport, chaleureuse et souriante, elle est notre premier contact avec cette terre reculée : "J’ai toujours vécu ici, j’aime le Kamchatka, regardez ces volcans là-bas, c’est magnifique et je vois cela tous les jours". Au loin, parfaite image de carte postale : les volcans Koriasky et Avatchinsky se dessinent en arrière-plan de la capitale. "Il fait très froid ici pendant de longs mois, mais je préfère ça à la chaleur que l’on a pour le moment. Je ne pourrais pas vivre dans une grande ville, trop de monde, trop de voitures, nous avons de la chance d’être ici."

Au Kamchatka, l’économie tourne autour de la pêche, des activités forestières, de l’armée et, depuis peu, du tourisme ! L’expérience de la nature sauvage attire de plus en plus de visiteurs d’autant que la région est restée fermée aux étrangers jusqu’en 1990. Déclarée "zone militaire" au sortir de la 2e guerre mondiale, pas question de dévoiler les infrastructures militaires ultra-secrètes.

La première grande expérience pour le voyageur, c’est la découverte des volcans, certains parmi les plus actifs au monde. La ceinture de feu du Pacifique est sous nos pieds, un chapelet de volcans qui bordent l’océan pacifique sur la majorité de son pourtour. Le choc entre la plaque continentale du Pacifique et la plaque asiatique fait du Kamchatka cette terre de séismes, de geysers et d’éruptions violentes. Deux chaînes volcaniques traversent la péninsule. Considérée comme l’une des régions volcaniques les plus remarquables du monde, elle a été inscrite par l’Unesco sur sa liste du patrimoine mondial en 1996.

Nous roulons depuis six heures en 4x4, sur une piste éprouvante à travers de véritables murs de neige, après avoir admiré le cône parfait du volcan Vilyuchinsky, nous voyons se dessiner au loin le cratère du Mutnovsky et sa haute colonne de fumée. C’est un des volcans les plus impressionnants, sa topographie permet de le grimper. La randonnée nous emmène même à l’intérieur de l’arène aux 4 cratères fumant. Le paysage est lunaire, coloré et bouillonnant, nous marchons entourés de fumerolles, de sources chaudes, de falaises jaunes "soufre", de bains de boue en ébullition, de glaciers… L’odeur est forte, la sensation est inoubliable : marcher au cœur du volcan !

D’autres expériences volcaniques s’offrent aux touristes : de multiples sources d’eau chaude en pleine nature, la randonnée ou l’ascension d’autres volcans, le ski hors-pistes sur leurs pentes en hiver et la découverte de la majestueuse vallée des geysers, uniquement accessible en hélicoptère comme bon nombre de recoins du Kamchatka, coupés du monde.

L’autre fierté du Kamchatka : l’ours brun présent sur la quasi totalité du territoire. Entre 10 et 15000 individus, l’une des plus grandes concentrations mondiales. L’endroit idéal pour les observer, c’est le lac Kuril, au sud de la péninsule, un autre trésor protégé par l’Unesco. Ce magnifique lac de cratère au pied du volcan Llyinsky est réputé (même chez les ours) comme étant le plus grand site de reproduction de saumons d’Eurasie, des millions de poissons remontent jusqu’ici chaque année, en août et septembre. Pour les ours, près de 1000 aux alentours du lac, la bonne pêche est assurée.

L’hélicoptère est l’unique moyen de rejoindre le lac, l’un des anciens MI-8 de l’armée exploités aujourd’hui par des compagnies privées. Pour le premier vol de notre vie en hélicoptère, c’est grandiose : le Kamchatka "vu du ciel" pendant plus d’une heure. A bord, nous rencontrons Alena, la jeune professeur d’anglais accompagne les visiteurs étrangers lors des quelques mois de saison touristique : "On a plus d’espace naturel que tout autre pays européen, tout est sauvage ici, habité par les ours, les loups, les renards, les poissons,… Je ne me sens pas comme une fille russe, ni européenne, ni asiatique, on se sent différent, on se sent du Kamchatka !"

Une fois sur les bords du lac, un ranger armé nous accompagne pour nous protéger. "Nous devons être attentifs aux bruits", nous traduit Alena. "Les grognements des ours ressemblent parfois au son du passage d’une voiture et on doit être conscient des odeurs aussi. Si ça sent le chien mouillé, ça veut dire qu’un ours est tout proche !" Il ne faut pas attendre bien longtemps pour voir surgir l’un des énormes ours bruns du Kamchatka. Gavés de poissons, ils sont bien plus costauds que dans d’autres pays, concentrés sur leur pêche, ils passent à quelques mètres de nous. "Ici l’ours est protégé", nous explique Alena, "Il n’est pas chassé par les hommes et il a toute la nourriture qu’il souhaite dans le lac, du coup il n’est pas très agressif vis-à-vis de l‘homme !". 

Cette fois, plusieurs ours sont devant nous, ils se baladent près du pont en bois utilisé par l’observatoire de comptage des saumons. Quelques scientifiques surveillent la population de poissons de passage ici chaque année. Naviguer autour du lac nous permettra plus tard d’observer des dizaines d’ours en pleine pêche sur le rivage : "Nous sommes très chanceux d’être ici", dit Alena, "Peut-être que grâce à vos reportages, vous pourrez transmettre cette idée qu’il faut vivre en harmonie avec cette nature."

Pour le voyageur indépendant, il est difficile de se déplacer seul sur ce territoire immense. L’une des rares routes nous mène à Esso en bus local. 10h de trajet vers ce petit village, un petit air de Suisse au cœur des vallées, des rivières, des forêts et des petites maisons en bois. L’occasion de se plonger dans la vie locale. Nous rencontrons Natalia dont le "homestay" nous a été recommandé. Cette dame d’une cinquantaine d’années nous ouvre les portes de sa maison entourée de plusieurs potagers : "Notre région a la chance d’être chauffée par le sol volcanique", nous dit-elle en poussant les portes d’une serre remplie de tomates. "L’énergie thermale permet de cultiver alors qu’il fait -40 degrés en hiver. L’eau chauffe nos maisons, rend toutes les cultures possibles, tout ce que vous voyez sous vos yeux. L’eau est saine, l’air est pur. On vit loin de tout mais nous n'avons besoin de rien de plus. Nous avons un magasin, une école, un jardin d'enfants, une école de musique,… Pas besoin d’aller vivre en ville !"

Gros coup de cœur de notre voyage ! Le Kamchatka, terre de feu et de glace, inspire l’humilité face à la force de la nature.

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