Oman, oasis de paix et de traditions au Moyen-Orient

"Sharqiya Sands" et ses dunes magnifiques, ce désert s'étend sur 12500 km² et couvre une grande partie du Sultanat d'Oman.
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"Sharqiya Sands" et ses dunes magnifiques, ce désert s'étend sur 12500 km² et couvre une grande partie du Sultanat d'Oman. - © Pascale Sury

Visiter Oman, c’est découvrir un petit sultanat d’exception sur la péninsule arabique. Contrée préservée, loin de la mégalomanie affichée par ses voisins, le pays coule des jours paisibles dans une région pourtant en proie aux crises et aux guerres.

Les chiffres du tourisme ne trompent pas : Oman a la cote ! Le nombre de visiteurs étrangers monte en flèche depuis quelques années avec une nouvelle hausse de 5% l’an dernier, à savoir 3,3 millions d’entrées dans le pays selon les autorités. Dans son rapport annuel 2017, la fédération mondiale du tourisme a placé Oman à la 9e position au classement mondial des industries touristiques florissantes. Au regard des beautés que l’on a découvertes ici, ça ne nous étonne guère !

Le voyage à Oman commence avec une dose de Muscat. La capitale, blanche immaculée, au bord du Golfe d’Oman, vit au ralenti comme anesthésiée par une chaleur de plomb. Sous 43 degrés, on savoure la tranquillité de cette capitale modeste comparée à l’extravagance des gratte-ciels voisins, à Abu Dhabi, Dubaï ou au Qatar. On déambule dans le souk, envoûté par les odeurs d’encens made in Oman. "J’aimerais voyager", nous dit Ahmed, vendeur d’encens dans le souk de Muscat, "j’aimerais voir la neige, il fait trop chaud ici et dans quelques semaines, il fera 50 degrés. Je rêve de voir Venise, la tour de Pise, la tour Eiffel, le tunnel sous la manche". Oman a construit un empire grâce à la sève aromatique des arbres à encens transportée par caravanes à travers toute l’Arabie et jusqu’en Inde.

Il y a 50 ans, Oman était un des pays les moins développés du globe : à peine 10km de routes, deux hôpitaux et quelques écoles pour tout le pays. En accédant au trône en 1970, le Sultan Qaboos bin Said al Said a modernisé le pays à coups de pétrodollars tout en préservant les cultures et la tradition. Aujourd’hui, la richesse est ostensible, les routes et l’électricité sont partout, le développement a atteint les parties les plus reculées du pays. Un palmarès qui ne fait pas pour autant du sultan un dirigeant modèle, comme le rappelle Human Rights Watch : "Le Sultan Qaboos bin Said al Said dirige le pays depuis 1970. Il détient plusieurs leviers du pouvoir comme le poste de Premier Ministre, commandant suprême de l’armée, ministre de la défense, des finances et des Affaires étrangères. Les autorités omanaises continuent de violer les critères internationaux de la liberté d’expression".

Le meilleur moyen de découvrir Oman, c’est la location d’un 4x4 (avec airco évidemment) pour explorer les merveilles du pays : les visages des Omanais en tenue traditionnelle, les forts qui s’élèvent dans le paysage, mais surtout la nature surprenante. Sillonner le sultanat de la  mer à la montagne Jebel Shams en passant par les oasis, les canyons et le désert magnifique. Le sud vert et fertile nous est déconseillé, trop proche du Yémen en guerre !

Au regard de ses voisins, Oman fait figure de havre de paix, classé 4e pays le plus sûr du monde pour les touristes par le Forum économique mondial, un classement surprenant vu l’autoritarisme, l’islamisme et les violences qui émaillent plusieurs régions voisines. Oman bénéficie d’une exception religieuse qui l’éloigne des conflits sanglants entre Chiites et Sunnites qui ravagent la région. Le Sultanat est le seul pays dominé par l’Ibadisme, 3e branche de l’Islam : "l’Ibadisme propose une vie simple, encore très proche des modes de vie traditionnels de la région. Les Ibadites sont surnommés les démocrates de l’islam et tiennent à se distinguer de l’Islam radical notamment par leur pluralisme ethnique et religieux", nous apprend le site Les clés du Moyen-Orient.

Le pays est encore loin des standards démocratiques que nous connaissons, mais il représente un modèle dans la région. Et rien ne semble venir perturber son mode de vie traditionnel malgré le développement significatif en quelques décennies. En quittant Muscat, on admire les paysages désertiques où fleurissent quelques oasis et des villages "du bout du monde".

On longe la côte vers la ville de Sour et son port de pêche. Au bord des eaux turquoises, on construit encore ici, à la main, les boutres, traditionnels bateaux en bois du Golfe… Des petits bijoux d’artisanat devenus impayables pour les pêcheurs mais toujours construits ici pour les collectionneurs, les riches familles ou l’industrie touristique. 

Sur la route de la mer à la montagne, on pénètre inévitablement dans le désert et les dunes majestueuses de Sharqiya. Au milieu des étendues jaunes et des chameaux, c’est le territoire des Bédouins. Certains vivent encore leur nomadisme à 100% mais en bordure de ce désert, proches des routes et des villes, les nomades profitent du développement du pays. "Quand c’est possible, les Bédouins préfèrent s’installer en ville", nous dit Khalid. "Il fait très chaud, donc pendant 4 mois par an pour éviter les fortes chaleurs, nous nous installons dans des maisons. C’est mieux surtout pour les jeunes enfants. Mais après, on repart vivre dans le désert car la ville, c’est tout de même moins bien, plus bruyant."

Nous laissons les dunes dans notre rétroviseur et faisons route vers la montagne. Immense et baignée d’une douce brume de chaleur. Jebel Shams (3009m) est le sommet d’Oman et la vue parfaite sur le Wadi Ghul, le Grand Canyon d’Arabie. On apprécie les 10 degrés perdus lors de l’ascension, le vent plus frais, la découverte des cultures en terrasses et la vue des magnifiques villages de montagnes qui vivent paisiblement à l’abri des palmiers et des dattiers. Misfat al Abreyeen est sans doute l’un des plus typiques.

Comme son père et son grand-père, Mohamed Ali El Abri y vit avec les abeilles. Apiculteur et fier de l’être, il crée son propre miel bio selon la technique traditionnelle (des ruches creusées dans les troncs de palmiers) et des ruches plus modernes construites dans des boîtes en bois : "Avant, dans les troncs, il y avait environ 44 abeilles à l’intérieur, maintenant dans chaque boîte, elles sont  environ 350. Ces ruches en bois ont le même design que les troncs mais je peux les ouvrir facilement… A l’intérieur, il y a ces alvéoles naturelles, car on veut du miel bio, sans produit chimique et sans sucre ! Au mois de mai, vous le sentez d’ailleurs très fort, c’est le moment de l’acacia. C’est le plus célèbre et le miel le plus pur ici dans le Golfe. Des fleurs blanches mais un miel foncé."

Oman, une magnifique découverte ! Notre seule frustration à quelques jours du départ : la difficulté pour nous de plonger vraiment au cœur de leur mode de vie, comme nous en avons l’habitude. La fournaise pousse ces gens à vivre dans la fraîcheur de leur maison et la barrière de la langue est très grande. Et puis le fossé culturel est indéniable dans cette société très masculine où les femmes se font discrètes.

Dans ces terres superbes encore peu habituées à la présence de touristes, les traditions, la pudeur et les différences culturelles semblent encore freiner la vraie rencontre.

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