Oman : Miss Kamla, un exemple de réussite pour les femmes arabes

Kamla Al Aufi pose fièrement devant son entreprise de pierres naturelles à Muscat. Elle souhaite que sa réussite inspire toutes les femmes.
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Kamla Al Aufi pose fièrement devant son entreprise de pierres naturelles à Muscat. Elle souhaite que sa réussite inspire toutes les femmes. - © Pascale Sury

C’est une femme d’Oman, élégante, forte et à la tête d’une success story qui ne peut qu’inspirer les femmes arabes…

Depuis toute petite, Kamla Al Aufi, 45 ans, n’a qu’une idée en tête : devenir une chef d’entreprise, une des rares businesswomen du pays. Son père lui répète sans cesse qu’elle est la meilleure et elle le croit, il la pousse à être forte et volontaire pour accomplir ce qu’elle souhaite. En 1999, à l’âge de 25 ans, elle crée sa première entreprise de pierres naturelles pour commercialiser le beau marbre d’Oman, synonyme à la fois de richesse et de fraîcheur dans les maisons.

Comme dans tout le Moyen-Orient, Oman abrite une société traditionnellement masculine, mais petit à petit les femmes prennent leur place. En tout cas, la société leur fait enfin une place, comme le souligne les Nations Unies : "Oman est un des États les plus progressifs du Golfe dans le domaine du droit des femmes !"

Les femmes de la génération de Kamla découvrent un tout autre monde que celui de leurs mères et grand-mères, elles qui ne pouvaient même pas aller à l’école. A Oman, aujourd’hui, le taux de scolarisation des filles est en hausse constante tout comme le nombre de femmes sur le marché du travail (de 17 % en 1990 à 30 % en 2016, 47 % dans la fonction publique). Ici, les femmes peuvent donc travailler, conduire (dans l’Arabie Saoudite voisine, ce sera seulement le cas en juin prochain), voter au suffrage universel (depuis 2003) et participer à la vie politique. Les femmes d’Oman occupent 3 postes ministériels au gouvernement et environ 20% des sièges de l’assemblée parlementaire. C’est trop peu, évidemment, mais on a connu pire !

Kamla Al Aufi est fière d’être une femme, elle ne changerait de genre pour rien au monde, mais sur le plan des affaires, elle doit évoluer dans un monde d’hommes et veut encore grandir : "Je dirige 3 entreprises aujourd’hui, l’une de pierres naturelles, les autres dans l’immobilier et le recyclage. C’était mon rêve, mais je dois être honnête, j’en veux toujours plus. Je sens que ce n’est pas assez pour moi, un jour je voudrai aussi être ministre !" Miss Kamla, comme on l’appelle ici, est une femme forte et inspirante. Elle dirige plus de 100 personnes dans son entreprise de pierres naturelles et surtout, c’est l’unique businesswoman dans ce secteur de l’économie. Seul bémol, le travail prend tellement de place que l’équilibre est délicat avec la vie privée: "je rate beaucoup d’évènements familiaux, des dîners, des anniversaires… Cela me rend triste parfois car je veux chérir mes proches, mais je veux aussi être ici, c’est ma place ! C’est très difficile d’être équitable entre la maison et l’entreprise."

Dans son classement annuel sur la parité hommes-femmes dans le monde, le Forum économique mondial classe Oman à la 133e place sur 144, mais devant de nombreux pays arabes : Jordanie, Liban, Iran, Arabie saoudite, Syrie, Pakistan et Yémen. "En aucun cas, Oman n'est la référence en matière de droits des femmes dans le monde, mais par rapport aux pays du Moyen-Orient environnants, Oman est aussi inclusif que possible." explique la revue internationale Geopolitical Monitor. "Il est également important de mentionner certains des droits qui manquent aux femmes à Oman. Bien que la loi fondamentale interdise la discrimination fondée sur le sexe, la loi sur le statut personnel d'Oman est régie par la charia en ce qui concerne les femmes musulmanes. Les hommes ont le dessus dans la loi sur le statut personnel qui contrôle l'héritage, le mariage, le divorce et la garde des enfants."

Les Nations Unies, et leur comité sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, surveillent de près les légères avancées pour la vie des femmes arabes, mais pressent aussi les autorités à gommer les nombreuses lacunes : seulement 0,4% des femmes possèdent des terres dans le Sultanat, elles sont encore trop peu nombreuses à tous les niveaux de prise de décisions (15,3% de femmes au Conseil d’État, 3,5 dans les conseils municipaux, 25% dans l’appareil judiciaire, 7,2% des services diplomatiques), "et par le manque de mesures concrètes pour remédier aux causes profondes de l’absence des femmes aux postes de prise de décisions, notamment les attitudes sociales et culturelles prédominantes" dit le comité.

Miss Kamla, elle, est heureuse de ce qu’elle a réussi à construire et est heureuse de partager son expérience pour doper les femmes, leur donner force et confiance : "Je suis fière de partager mon expérience car en parlant de moi, je parle aussi de la situation des femmes à Oman en général. La femme est un cadeau pour l’homme : la femme donne la vie, la femme sait construire une maison,… Toutes les femmes sont fortes partout dans le monde. Le reste est juste une question de culture."

En sillonnant le pays, en quittant la capitale pour le désert, les villages et la montagne, nous avons été marqués par l’absence des femmes dans les rues, par leur timidité et leur extrême pudeur quand nous souhaitions les rencontrer. Alors le beau message de Kamla ne peut que favoriser les femmes d’ici et d’ailleurs : "Sois forte, n’aie pas peur, ne sois pas timide et sois heureuse."

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