Australie : les coups de chaleur de la grande barrière de corail

La grande barrière de corail, témoin du réchauffement des eaux, vient de vivre quatre épisodes de blanchissement en moins de 20 ans.
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La grande barrière de corail, témoin du réchauffement des eaux, vient de vivre quatre épisodes de blanchissement en moins de 20 ans. - © Pascale Sury

Quelle beauté ! La nature à l’état pur, la plus grande structure vivante de la planète baigne sous nos yeux dans les eaux turquoises. La grande barrière de corail en Australie, sacrée pour les Aborigènes et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, est un monde sous-marin grandiose, visible depuis l’espace et visité par des millions de touristes chaque année. Et pourtant, elle dépérit à vue d’œil. 

C’est le plus grand récif corallien du monde, il s’étend sur plus de 2300 km, 344 400 km² (comme 11 fois la Belgique). Ce jardin de corail abrite une biodiversité unique au monde : un millier de types de coraux, 1625 espèces de poissons et de crustacés, une variété incroyable de requins, raies, dauphins et baleines,…

Mais que se passe-t-il dans ce paradis aquatique ? Pourquoi les épisodes de blanchissement des coraux se succèdent-ils ? En ce début d’année 2018, déclarée année internationale pour les récifs coralliens, l’Australie ne cache plus son impuissance et lance un appel aux scientifiques du monde entier, "aux plus grands esprits scientifiques, industriels, économiques, innovants et entrepreneuriaux", leur promettant des centaines de milliers d'euros pour trouver des solutions face à la dégradation de sa merveille naturelle : "Il faut une réflexion à la hauteur de l'importance du problème, les solutions peuvent provenir de partout", précisent les autorités.

Pour la découvrir en vrai, depuis Cairns sur la côte est australienne, nous rejoignons un des innombrables tour-opérateurs. L’attraction est un incontournable et l’industrie du tourisme de masse l’a bien compris : les enseignes multiplient les propositions au prix fort. Face à l’embarras du choix, nous optons pour une agence "certifiée Eco". Un label créé par les autorités pour sensibiliser les opérateurs à des pratiques durables, un impact minimal sur l’environnement et une présentation de qualité des valeurs patrimoniales de la barrière.

Zoé et la grande barrière de corail

Cap sur Green Island, le secteur le plus accessible et donc le plus populaire. Dans la démarche "éco", l’éducation se mêle habilement au divertissement des vacanciers : "J'ai vécu ici toute ma vie, donc j'ai vu le changement", nous dit Zoé Edwards, guide passionnée des océans et amoureuse de cet endroit qui l’a vu naître il y a 19 ans. "Je viens ici depuis que j’ai environ quatre ans et elle est aujourd’hui totalement différente de ce qu’elle était il y a 10 ans, c’est un constat que les gens ne veulent pas entendre, mais c’est la réalité ! Le réchauffement des océans est probablement l'une des plus grandes menaces pour la barrière, mais il y a aussi un manque d'éducation. C’est un énorme problème, les gens ne comprennent pas vraiment que le corail est un organisme vivant. Alors, ils marchent dessus, ils le cassent etc… Donc si nous, on peut éduquer le public sur tous ces aspects, peut-être qu'il y a une chance !"

La barrière de corail souffre, particulièrement dans sa partie nord. Par moment, les coraux blanchissent et finissent par mourir malgré leur pouvoir de résilience. 1998, 2002, 2016, 2017, quatre épisodes de "coral bleaching" en moins de 20 ans et "les coraux ayant subi ce phénomène deux années de suite n'ont aucune chance de s'en remettre", affirment les scientifiques.

Pour la communauté scientifique, la menace principale, c’est le réchauffement climatique  "responsable des épisodes de blanchissement du corail, de phénomènes météo extrêmes plus fréquents et de l’acidification des océans" détaille la fondation pour la grande barrière de corail. Sous l'effet du réchauffement des eaux, le corail expulse l’algue avec laquelle il vit en symbiose et qui lui donne sa couleur et ses nutriments. Dépigmentés, blancs, les récifs peuvent s'en remettre si l'eau refroidit, mais finissent par mourir si la chaleur persiste.

Le dérèglement climatique n’est pas la seule menace pour la grande barrière de corail. Les autres pressions sur le récif et son écosystème sont :

  • Une étoile de mer prédatrice et invasive. L’Acanthaster pourpre s’attaque aux coraux et est capable de ronger un récif en quelques semaines.
  • La pêche, interdite depuis 2004 dans un tiers de la grande barrière de corail. La zone supporte encore une importante pêche commerciale ou de loisir, légale ou illégale.
  • La pollution de l’océan par les industries et la vie urbaine, surtout le ruissellement des eaux depuis les terres agricoles. Des eaux chargées en engrais et pesticides, symboles de l’agriculture intensive pratiquée sur les côtes du Queensland.
  • Le tourisme de masse (2 millions de touristes chaque année) affecte immanquablement la barrière même si son pouvoir d’éducation sur les foules est aussi incontestable. Un tourisme dont l’Australie ne pourrait se passer puisqu’il fait vivre plus de 60.000 personnes et génère environ quatre milliards d’euros de revenus chaque année.
  • Le développement économique qui démontre une certaine ambivalence des autorités australiennes. Le premier pays exportateur mondial de charbon ratifie d’une part l’accord de Paris sur le climat pour contenir le réchauffement et réduire ses émissions et donne d’autre part son accord à un méga projet minier à proximité de la grande barrière.

Pour concurrencer cette course aux richesses économiques, la fondation de la grande barrière de corail a demandé au cabinet Deloitte d’estimer la "valeur" économique et sociale de ce joyau naturel. 37 milliards d'euros, c’est le verdict des experts. Écologie vs économie, nature vs activités humaines, l’harmonie n’est pas impossible, mais l’équilibre nécessite des efforts. Et, comme la grande barrière de corail le démontre, le temps presse !

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