Mobile, commanditaires… 30 ans après l’assassinat d’André Cools à Liège, une part de mystère demeure

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Le 18 juillet 1991, André Cools, ancien vice-Premier ministre et ancien président du parti socialiste, était assassiné à Liège. Trente ans plus tard, des interrogations demeurent.

Il est environ 7h25 ce 18 juillet 1991, André Cools et sa compagne Marie-Hélène Joiret quittent leur appartement de Cointe. Ils se dirigent vers leur voiture garée sur le parking. Des coups de feu claquent.

"Pendant qu’André mettait sa veste dans la voiture, sur le siège arrière, moi, je suis montée dans la voiture", racontera Marie-Hélène Joiret. "Et puis, j’ai entendu des détonations. J’étais à peine sortie de la voiture, il a tiré. On a su que l’arme s’était enrayée donc il n’a pas pu continuer à tirer. Mais, j’ai vraiment eu la sensation que c’était à mon tour."

Deux balles atteignent et tuent André Cools. Une autre blesse grièvement Marie-Hélène Joiret.

Qui a tué André Cools et pourquoi ?

Des pistes politico-financières

Au cours de sa carrière politique, André Cools a notamment été vice-Premier ministre et président du parti socialiste. © BELGA PHOTO ARCHIVES

Les enquêteurs liégeois explorent des pistes politico-financières. Lesquelles vont révéler des affaires retentissantes.

Il y aura la piste des contrats aéronautiques conclus pour l’achat des hélicoptères italiens Agusta et, d’autre part, pour la modernisation des avions F16 par la société française Dassault, des dossiers de pots-de-vin, de financement occulte des partis socialistes flamand et francophone. Des hommes politiques des deux partis démissionnent de leurs fonctions respectives.

Il y aura aussi la piste des milliards de francs détournés au détriment de la SMAP par deux directeurs généraux successifs de la société d’assurance.

Ces pistes aboutiront à des procès et à des condamnations, mais les enquêteurs ne pourront pas relier ces affaires à l’assassinat d’André Cools.

Un trafic de titres volés

C’est une autre piste, instruite à Neufchâteau, qui se révélera finalement fructueuse : un trafic de titres volés. Des personnes appartenant à l’entourage de l’ancien ministre Alain Van der Biest, un autre socialiste liégeois, ou gravitant autour sont inculpées dans cette affaire. Un des hommes impliqués, Carlo Todarello, évoque au printemps 1992 un lien avec l’assassinat d’André Cools.

Autrefois proches, Alain Van Der Biest et André Cools étaient en conflit. Ceux qui trempaient dans le trafic auraient craint que cette brouille ne puisse nuire à leurs agissements délictueux. S’ensuit un épisode qui sera qualifié de "guerre des juges" entre Liège et Neufchâteau. Pour y mettre fin, la Cour de cassation dessaisit Neufchâteau au profit de Liège.

Entretemps, Carlo Todarello s’est rétracté. Mais cette piste est relancée en septembre 1996 par les déclarations d’un témoin anonyme rémunéré 8 millions de francs. Il affirme qu’André Cools "embêtait trop de personnages haut placés". Il désigne notamment comme organisateurs de l’assassinat Alain Van der Biest, Richard Taxquet, son secrétaire particulier, et Pino Di Mauro, son chauffeur.

Des tueurs tunisiens

Les organisateurs de l’assassinat ont recruté deux travailleurs agricoles tunisiens en Sicile, via un mafieux local, explique alors un témoin anonyme. Ils sont envoyés à Liège sous prétexte d’en ramener 500 grammes d’héroïne. Mais une fois sur place, ils se voient confier la mission d’éliminer André Cools qui leur a été présenté comme un gros trafiquant de drogue. Après des repérages et une première tentative avortée, ils passent à l’action le 18 juillet 1991. L’un des deux hommes abat André Cools, pendant que l’autre fait le guet. Puis ils prennent la fuite, se débarrassent de leurs armes et sont reconduits en Sicile.

Le 30 septembre 1996, tous deux sont arrêtés en Tunisie. Ils avouent. Fin mai 1998, lors d’une confrontation à distance, ils identifient les organisateurs avec qui ils ont été en contact. Leur procès se tient quelques jours plus tard à Tunis. Ils sont condamnés à 20 ans de prison.

Le procès belge

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Carlo Todarello, le 11 septembre 1996, alors qu'il doit comparaître devant la chambre du conseil de Liège. © BELGA
Pino Di Mauro à sa sortie du palais de justice de Liege le 7 juillet 1997. © BELGA
Richard Taxquet le 28 juillet 1997. © BELGA

Alain Van Der Biest a toujours clamé son innocence, niant fermement être le commanditaire de l’assassinat, comme l’ont affirmé plusieurs autres inculpés. Le 17 mars 2002, Alain Van Der Biest se suicide. Coupable ou innocent, la Justice ne le dira donc jamais. Les poursuites contre lui se sont éteintes avec sa mort.

Le 7 janvier 2004, la cour d’assises de Liège rend son arrêt au terme du procès des autres inculpés. Quatre accusés, dont Richard Taxquet et Pino Di Mauro, sont condamnés à 20 ans de prison et deux autres, dont Carlo Todarello, à 5 ans.

Des questions subsistent

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Depuis, l’affaire est plusieurs fois revenue à la une, notamment au gré des recours introduits par certains condamnés. Ils ont abouti à l’annulation, pour défauts de motivation, des condamnations à 20 ans de détention de Richard Taxquet et de Domenico Castellino, l’homme à qui la Justice reprochait d’avoir véhiculé les tueurs.

Il en a aussi été à nouveau question quand, en avril 2020, Cosimo Solazzo, condamné par défaut à 20 ans en 2004, notamment pour avoir hébergé les Tunisiens, a été arrêté en Italie où il avait fui à la veille du procès.


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Mais une bonne part du mystère demeure, que ce soit à propos du mobile ou à propos du ou des commanditaires de l’assassinat d’André Cools.

"Un homme d’une carrure politique exceptionnelle"

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Aujourd’hui, Marie-Hélène Joiret, l’ex-compagne d’André Cools constate : "Je pense qu’une partie de la vérité a été révélée. Je reste persuadée qu’Alain Van Der Biest n’était pas tout seul à commanditer ce crime. La vérité judiciaire a été faite. Avec des points d’interrogations qui restent et qui resteront probablement".


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"Trop longtemps, ajoute-t-elle, André a été associé à 'l’affaire Cools'. C’est quand même assez dramatique de résumer quelqu’un aux circonstances de sa mort. Le temps passe et je pense qu’il fait son œuvre. On oublie petit à petit, et heureusement, qu’André Cools n’est pas seulement un énorme fait divers mais que c’est aussi un homme d’une carrure politique exceptionnelle et on s’aperçoit que, pour toute une série de choses, c’était vraiment un visionnaire, que les choses qu’il avait imaginées à l’époque ont encore leur raison d’être aujourd’hui. Et ça, je pense que c’est vraiment l’essentiel."