Le lanceur de balles de défense, un usage de la force disproportionné?

Les forces de l'ordre français lors d'une manifestation des gilets jaunes à Paris en janvier 2019
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Les forces de l'ordre français lors d'une manifestation des gilets jaunes à Paris en janvier 2019 - © ZAKARIA ABDELKAFI - AFP

Ce weekend, à Paris, les gilets jaunes seront à nouveau de sortie pour un acte X. Une mobilisation qui s’accompagnera, comme toujours, de la présence des forces de l’ordre françaises. Le weekend dernier, les manifestations françaises avaient été marquée par de nombreux blessés. Des blessures – parfois très graves - liées aux balles de défenses. Elles sont censées disperser les foules mais elles font pas mal de dégâts. Certains en France demandent à ce qu’elles soient interdites.

L’acte X se prépare tout doucement avec, comme chaque semaine, son lot d’incertitudes. Quelle ampleur aura la mobilisation dans l’hexagone demain ? Après un regain de forme le weekend passé avec près de 80.000 manifestants sur toute la France, soit 30.000 de plus que le samedi précédent, le mouvement des gilets jaunes a montré qu’il n’était pas nécessairement en train de s’essouffler.  

Mais depuis le weekend dernier, des images de manifestants blessés par les "balles de défense" des forces de l’ordre sont apparues sur les réseaux sociaux. Des images durent qui montrent des plaies ouvertes, des hématomes, des visages ensanglantés et d’autres scènes de violences liées à ces "balles de défenses". Si certaines images sont à prendre avec du recul, d’autres dévoilent une violence extrême, loin de l’objectif de "maintien de l’ordre" des policiers français.

On voit des policiers qui ne sont pas formés (...) qui se retrouvent à tirer dans le tas

Une violence que le journaliste français David Dufresne recense depuis le début des manifestations des gilets jaunes en France. Selon ce journaliste indépendant, le problème se situe dans le fait que ces armes ne se retrouvent pas toujours entre les mains les plus expertes. " Vous avez des gens qui sont gardiens de la paix, à qui on dit : "samedi, tu n’as pas congé, t’as maintien de l’ordre", donc on voit des policiers qui ne sont pas formés, pas entrainés, qui ne savent pas ce que c’est la gestion de la foule, qui se retrouvent à tirer dans le tas ". David Dufresne a également comparé les recours à la force en manifestation dans les différents pays d’Europe, et il en ressort que la France est parmi les plus violents.

Pas question de les interdire pour le ministre de l'Intérieur

Mais face aux nombreuses critiques qu’ont provoqué ces images, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a répété qu’il n’interdirait pas les fameux LBD 40. "Le LBD est seulement un moyen de défense qui est organisé, qui fait l’objet d’un agrément pour celui qui l’utilise, ils sont formés pour cela (…) Si vous supprimez les moyens de défense à nos forces de l’ordre, il leur reste quoi ? Il leur reste le contact physique, et il y aura certainement plus de blessés" a expliqué le ministre de l’intérieur français sur Europe 1 ce matin. Même si le ministre reconnaît que l’arme de "maintien de l’ordre" est parfois mal utilisée, il n’entend pas l’enlever aux gendarmes.

En Belgique, une utilisation encadrée donc plus rare

Chez nous, ces "lanceurs de balles de défense" ne sont pas utilisés par les forces de l’ordre selon la police. Et pourtant, certaines zones de police comme celle de Bruxelles-Capitale/Ixelles et la police de Liège en ont dans leur arsenal, mais celles-ci ne peuvent être utilisées que dans certains cas très précis comme lors d’une intervention dans une prison, lors d’un arrêt rapide lors d’une agression, en cas de surveillance d’une personne en danger ou dans le cadre d’un plan d’urgence lors d’une prise d’otages.

On a pas besoin d'armes comme celles-là 

Selon Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International, "On a pu constater que de temps à autre, c’est utilisé dans certaines circonstances – normalement exceptionnelles – mais on en a vu malgré tout dans des manifestations aussi". Le directeur d’Amnesty en Belgique francophone explique également que des témoignages rapportés parlent d’utilisations dans les manifestations gilets jaunes mais aussi " (…) dans des cas d’expulsions de personnes qui occupaient des bâtiments, des sans-abris".

Mais l’utilisation de ces lanceurs reste malgré tout rare pour les policiers belges. Philippe Hensmans insiste également sur le principe de proportionnalité : "Un policier ne peut utiliser des armes létales que lorsqu’il est en danger, en danger de mort. Mais le reste du temps, nous avons des forces de police qui sont entraînées à pouvoir maîtriser des manifestants (…)". Le président d’Amnesty ajoute également que pour lui, "On a pas besoin d’armes comme celles-là".   

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