Footgate : quatre questions au procureur fédéral adjoint

Eric Bisschop, procureur fédéral adjoint
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Eric Bisschop, procureur fédéral adjoint - © RTBF

Longs cheveux blancs recoiffés au peigne, cravate ajustée, Eric Bisschop est prêt. Première interview filmée depuis l’éclatement du "footgate" : "ce qui me vient à l’esprit, c’est le mot "choc".

Eric Bisschop est le procureur fédéral adjoint en charge de la criminalité organisée et des matières sportives. Secret de l’instruction oblige, il ne pourra pas entrer dans les détails du dossier qui secoue le football belge depuis deux semaines mais admet se trouver face à une affaire au grand retentissement : "tout le monde est choqué. Et je constate que tout le monde se remet en question, à la fois les fédérations sportives et le législateur. Dans ma carrière, c’est la première fois que j’assiste à une prise de conscience à cette échelle."

Il faut que les masques tombent

Quatre questions à Eric Bisschop, procureur responsable de la section "criminalité organisée" au parquet fédéral, compétent pour la fraude sportive :

Est-on proche de la fin de l’enquête dans le "footgate"?

Certainement pas. Il y a déjà eu beaucoup de travail préparatoire avant que l’affaire éclate au grand jour mais beaucoup de devoirs d’enquête doivent encore être effectués. On est loin de la fin des investigations.

Le sport justifie-t-il le déploiement de moyens d’enquête aussi importants ?

Je le dis avec force : le sport est quelque chose d’extrêmement important pour la société. Tout le monde a droit à un sport transparent, propre, fiable. Sinon, cela n’a plus aucun sens. Donc, cela vaut vraiment la peine d’investir des moyens pour combattre la fraude dans ce domaine.

Le sport est-il gangrené par la fraude ?

Non. Mais je dois avouer que nous ne disposons pas de statistique pour mesurer l’ampleur du problème. Alors est-on aveugle ? Non. Au fil du temps, avec notre expertise, nous parvenons à cerner les sports et les sportifs les plus vulnérables, par exemple les joueurs de tennis qui évoluent dans des tournois secondaires et qui gagnent difficilement leur vie.

Le Belgique est-elle bien armée pour lutter contre la fraude sportive ?

La Belgique est un bon élève. Mais nous ne vivons pas sur une île. Dans d’autres pays, la prise de conscience n’est pas la même et la coopération est difficile avec certains partenaires internationaux. Malte, soutenu par le lobby des opérateurs de paris en ligne qui ont leur siège sur place, refuse par exemple de ratifier la Convention Macolin qui établit une base commune pour lutter contre la fraude sportive. Ce blocage dure depuis quatre ans. Maintenant, il faut que les masques tombent. Si on vaut vraiment progresser, cette Convention doit être ratifiée.

 

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