Oui, ces vidéos montrent bien des émeutes en Chine à cause du coronavirus

Des vidéos de violence entre des manifestants et la police circulent sur les réseaux sociaux. Diffusées notamment par le compte Twitter "Things China Doesn’t Want You To Know", les images montrent une foule retournant des véhicules de la police chinoise et des manifestants traversant un pont en criant.

Sur une autre vidéo on aperçoit des policiers qui marchent en rang sur le pont. La légende indique qu'il s'agirait de policiers de la province du Hubei venus soutenir ses habitants face aux forces de l’ordre de la province voisine de Jiangxi.

Les vidéos sont authentiques et semblent avoir été réellement filmées sur un pont entre les provinces du Hubei et celle du Jiangxi. Les circonstances de ces incidents ne sont pas tout à fait claires mais il s'agit vraisemblablement d'un conflit entre les forces de l'ordre des deux provinces suite à la fin de certaines restrictions de déplacements pour les personnes bloquées dans le Hubei suite à l'épidémie de coronavirus.

Pour rappel, la province de Hubei est considérée comme l'épicentre de la pandémie de coronavirus et le marché aux fruits de mer de Wuhan (la capitale) son point de départ. Le covid-19 a d'ailleurs fait plus de 3000 victimes dans cette province malgré des mesures de confinement strictes qui ont duré deux mois. Hubei a payé le prix fort, comptant 80% des cas et plus de 95% des décès chinois, selon le dernier décompte de Johns Hopkins CSSE.

Sur cette vidéo, c’est une voiture de la police qui est renversée.

Enfin, dans une autre vidéo, la tension semble à son paroxysme avec des échanges de coups de boucliers et un manifestant qui s’est emparé d’un bouclier et qui s’en prend aux policiers. Ces derniers tentent de se défendre mais ils semblent dépassés par la colère de la foule.

Une confrontation entre les habitants de Hubei et la police du Jiangxi bien réelle

Ces vidéos ont-elles et bien été tournées dans un contexte de haute tension entre les habitants de la province de Hubei (dont la capitale est Wuhan, épicentre du covid-19) ? Ce qui est certain, c’est que ces vidéos semblent bien avoir été tournées sur le "pont Jiujiiang du fleuve Yang-Tsé".

Des images du pont accessibles sur Google Maps montrent de grandes similitudes avec les images diffusées sur les réseaux sociaux. Notamment la forme typique des arches qui surplombent le pont.

Par ailleurs, selon plusieurs médias dont RFA (Radio Free Asia), une station de radio privée financée par le Congrès des États-Unis et qui milite pour la liberté de la presse en Asie, des milliers de manifestants se sont retrouvés le 27 mars sur le pont reliant le Hubei et le Jiangxi suite aux mesures d’assouplissement du confinement dans le Hubei.

Les images du véhicule de la police retourné par les manifestants illustrent la séquence vidéo qui cite également des sources locales pour corroborer ses informations.


►►► À lire aussi : Coronavirus : attention aux Fake News


Le SCMP ou South China Morning Post, un journal quotidien de langue anglaise publié à Hong Kong détenu par Jack Ma (patron d’Alibaba), a également publié ce samedi 28 mars un article rapportant des incidents entre la police et des habitants de Hubei suite à l’assouplissement du lockdown annoncé mercredi 25 mars. Des captures d’écran des vidéos sont utilisées pour illustrer l’article et sont sourcées comme provenant du réseau social chinois Weibo.

D’autres sources moins fiables comme Breitbart ont aussi publié des articles reprenant les vidéos et relatant ces incidents entre des habitants du Hubei et la police du Jiangxi sur un pont reliant les deux provinces chinoises.

Que s’est-il réellement passé ?

Les vidéos d’émeutes diffusées sur les réseaux sociaux semblent donc bien authentiques. Mais qu’en est-il du contexte ? Pourquoi ce mouvement d’humeur et cette violence contre la police ? Voici quelques éléments de réponse.

Après des semaines de confinement, les habitants de la plupart des régions du Hubei ont appris cette semaine qu’ils pouvaient enfin quitter la province. Mais les choses ne sont pas si simples pour les autorités des provinces voisines qui veulent rester prudentes, explique le SCMP.

La violence a apparemment commencé à cause d'une confusion sur la mise en application de ces mesures d’assouplissement.

Selon le SCMP qui cite des rapports des autorités locales et des médias locaux, des témoins auraient déclaré que la police de Jiujiang avait mis en place un barrage sur le pont pour empêcher les gens de traverser depuis le Hubei.

On apprend aussi que les incidents auraient fait au moins cinq blessés du côté des forces de l’ordre de Jiujiang, selon RFA qui précise que les incidents ont éclaté à huit heures le vendredi 27 mars au matin et qu’ils ont duré au moins jusqu’à 16 heures, heure locale.

Des déclarations de police contradictoires

Bien que l’on ne sache pas exactement comment les affrontements ont commencé, les polices des deux camps ont chacune publié une déclaration officielle en ligne, qui auraient toutes deux été rapidement supprimées.

La police de Hubei a déclaré que les officiers du Jiangxi avaient violé un accord conclu par les deux gouvernements provinciaux en traversant la frontière à Huangmei pour vérifier les certificats de santé et les autorisations de voyage des personnes avant de leur permettre de traverser le pont.

Pour sa part, la police du Jiangxi a déclaré que les problèmes avaient commencé lorsqu’un officier de police du Hubei a été pris en train d’essayer d’empêcher les habitants de Huangmei de monter dans un bus qui devait les emmener à la gare de Jiujiang.

En vertu d’une directive de Pékin, toutes les personnes bloquées à Hubei (dont beaucoup ne sont pas des habitants de la région), ont été autorisées à partir. Cette décision ne s’applique cependant pas à Wuhan, la capitale de la province.

Cependant, comme Huangmei n’a pas de gare ferroviaire, de nombreuses personnes ont choisi de traverser le pont pour se rendre à Jiujiang, qui en possède une. Le gouvernement de Jiujiang a déclaré plus tôt qu’il assurait un transport gratuit entre le pont et la gare depuis mercredi, et que de 6 heures à 8 heures du matin le vendredi, plus de 1000 personnes ont utilisé ce service. La grande agitation serait née de cette volonté de nombreux habitants de pouvoir enfin quitter la province, épicentre de la crise du coronavirus.

Les provinces finissent par clarifier la situation

Vendredi soir, les gouvernements de Huangmei et de Jiujiang ont publié une déclaration commune indiquant qu’ils avaient convenu de supprimer les barrières mises en place pour limiter les déplacements pendant le confinement, et décidé de reconnaître leurs codes de dépistage sanitaire respectifs afin de permettre aux personnes en bonne santé de se rendre plus facilement là où elles doivent aller.

Quoi qu’il en soit, cet incident souligne les problèmes auxquels la Chine est confrontée alors que le pays cherche à "revenir à la normale" après des mois de lockdown.

Selon le South China Morning Post, un article du Quotidien du peuple, porte-parole du Parti communiste, reconnaît les difficultés rencontrées pour remettre le pays en état de marche. "Ces derniers jours, tous les milieux ont appelé les gouvernements à accepter les travailleurs du Hubei", peut-on lire. "Cependant, il est indéniable que certaines provinces, intentionnellement ou non, ont mis en place des obstacles au retour des travailleurs migrants du Hubei à leur poste et ont des préjugés à leur encontre".