Les fake news sur le Covid-19 se sont propagées dans 87 pays, en 25 langues, selon une étude

Les fake news sur le Covid-19 se sont propagées dans 87 pays, en 25 langues, selon une étude.
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Les fake news sur le Covid-19 se sont propagées dans 87 pays, en 25 langues, selon une étude. - © Nipitphon Na Chiangmai / EyeEm - Getty Images/EyeEm

Quelles ont été l’ampleur et la distribution géographique de toutes les infox, rumeurs et théories du complot sur le Covid-19 ? Une équipe multidisciplinaire composée de sociologues, médecins et épidémiologistes, a recensé systématiquement les publications de ce type en anglais sur une grande variété de sources en ligne : des sites de fact-checking, de chaînes de télévision, de journaux, Facebook et Twitter. Ils ont publié leurs résultats dans l’American Journal of Tropical Medecine and Hygiene.

Au total, les chercheurs (de diverses institutions au Bangladesh, en Australie, en Thaïlande et au Japon) ont identifié 2311 récits typiques de l’infodémie qui a sévi à propos du nouveau coronavirus, entre le 31 décembre 2019 et le 5 avril 2020. Ces publications circulaient dans 25 langues différentes et 87 pays. Elles diffusaient majoritairement des rumeurs (89%), puis des théories du complot (7,8%) et enfin des discours stigmatisants (3,5%). Les thématiques touchaient majoritairement à la maladie, son mode de transmission et la mortalité (24%). Sur 2276 publications, 1856 étaient fausses (82%), 204 étaient correctes (9%), 176 étaient mensongères (8%) et 31 n’étaient pas prouvées (1%). La plupart des rumeurs, des stigmatisations et des théories du complot ont été identifiées en Inde, aux Etats-Unis, en Chine, en Espagne, en Indonésie, et au Brésil.

Rumeurs

Les rumeurs sont donc la catégorie la plus représentée. La plupart circulaient à propos du mode de transmission de la maladie, et de la mortalité, mais aussi à propos des stratégies de prévention et de contrôle. Quelques perles : manger de l’ail, garder la gorge humide, éviter les aliments épicés, prendre des vitamines C et D, pour éviter la contamination. Mais aussi, s’asperger de chlore, boire une mixture d’eau minérale et de chlorite de sodium avec de l’acide citrique, boire de l’eau de javel ou de l’alcool… L’étude recense aussi d’autres incongruités comme boire du thé, ou de l’urine de vache ou du fumier en Inde, de l’urine de chameau en Arabie saoudite, ou ingurgiter des plantes médicinales en Afrique.

Stigmatisation

Dans plusieurs pays, des personnes, y compris des travailleurs du secteur de la santé, ont été harcelées, insultées ou discriminées par leurs voisins ou leurs propriétaires. Des infox stigmatisant les personnes d’origine asiatique ont aussi circulé dans différents pays. L’étude recense 26 épisodes de stigmatisation violente. En Ukraine, des habitants ont bloqué la route et jeté des pierres sur des bus transportant 82 passagers qui étaient évacués de Wuhan.

Théories du complot

De multiples théories du complot ont circulé en Chine, en Iran, en Russie, au Royaume Uni, aux Etats-Unis. Certaines ont circulé mondialement. L’une d’entre elles affirmait que le Covid-19 était une arme biologique conçue par des agences internationales. Une autre, que le virus avait été fabriqué en laboratoire dans le cadre d’un programme de guerre bactériologique chinois. Les théories du complot touchent aussi les vaccins ou les médicaments : on se souvient de ces vidéos virales prétendant dès le début de l’épidémie, qu’un un vaccin contre le nouveau coronavirus était déjà inventé, ou que la pandémie était une manière de doper les ventes d’un futur vaccin. D’autres théories ont circulé sur les médias sociaux, pour affirmer que la pandémie était une manière de contrôler la population.

Conséquences

Les rumeurs et théories du complot ont un pouvoir destructeur : près de 800 personnes sont mortes suite à l’ingestion d’alcool en guise de désinfectant ; 5876 ont été hospitalisées, et 60 sont devenues aveugles après avoir bu du méthanol. En Turquie, 30 personnes sont mortes dans les mêmes circonstances. En Inde, 12 personnes, y compris des enfants, sont devenues malades après avoir ingéré une liqueur fabriquée à base d’une plante toxique. Ces victimes ont raconté avoir vu une vidéo sur les réseaux sociaux, selon laquelle cette plante, le Datura, permettait d’acquérir une immunité contre le Covid-19.

La désinformation tue. Elle nuit aussi à la confiance envers les professionnels de la santé et les autorités. Les auteurs enjoignent les Etats et les médias à identifier les rumeurs et les théories du complot, et à diffuser leurs publications sur les réseaux sociaux.

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