Coronavirus : la chloroquine, médicament miracle, vrai ou faux ?

Contre le coronavirus, la chloroquine serait-elle le remède miracle ? Tout le monde en parle depuis quelques jours, depuis qu’un professeur français, Didier Raoult l’a testé sur des patients. Alors, qu’en penser ? Nous faisons le point.

Il a un air de Panoramix, dans Astérix. Longs cheveux blancs, barbe idoine, le professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille est une personnalité forte, un franc-tireur.

Il a choisi d’abord Youtube pour communiquer son étude clinique : "L’hydroxychloroquine et l’azithromycine comme traitement du COVID-19 […]".

L’équipe a traité 26 patients volontaires atteints du COVID-19 avec de l’hydroxychloroquine (Plaquenil, médicament utilisé pour soigner les maladies auto-immunes comme le lupus érythémateux et la polyarthrite rhumatoïde) et pour certains, un antibiotique, l’azithromycine.

L’article a été publié le 17 mars dans l’International Journal of Antimicrobial Agents. Il conclut à l’efficacité de l’hydroxychloroquine sur le COVID-19, renforcée par l’action de l’antibiotique associé.

Revue critique

L’article a fait l’objet d’une revue critique par les pairs. Ils émettent des réserves : tout d’abord, sur la dimension réduite de l’étude. Ensuite, parce que six patients ont été retirés des résultats : trois ont transférés vers les soins intensifs parce que leur état a empiré, un est mort, deux ont soit arrêté le traitement, soit ont quitté l’hôpital. L’échantillon est donc en réalité de 20 unités. D’autres critiques portent sur un conflit d’intérêts : l’article est publié dans la revue dont l’un des auteurs est également l’éditeur.

Efficacité in vitro

A la différence de l’hydroxychloroquine, qui en est un dérivé, la chloroquine est un médicament jadis utilisé pour traiter le paludisme. La Chine y a eu massivement recours lors de l’épidémie de COVID-19. La chloroquine a par ailleurs montré son efficacité dans des études in vitro.

Mais l’hydroxychloroquine présente moins de dangers et est recommandée en Belgique, pour les patients hospitalisés. D’autres molécules sont aussi utilisées, selon la sévérité des cas. Tout cela est en cours et à l’étude. Mais ces traitements sont tous réservés aux hôpitaux.

Il n’est donc pas question de demander du Plaquenil à son pharmacien : tout d’abord, c’est dangereux et cela produit des d’effets secondaires sérieux si l’on n’en a pas besoin. Ensuite, vous allez priver un malade chronique qui souffre du lupus, par exemple, de son traitement habituel.

Donald Trump fait la pub

A peine l’étude du professeur Raoult publiée, le président américain Donald Trump lui a donné une visibilité incroyable dans une conférence de presse et dans un tweet.

La Food and Drug Administration met un bémol

La Food and Drug Administration (FDA), l’administration fédérale qui supervise la commercialisation de médicaments aux USA, a dû refréner l’enthousiasme présidentiel : pour elle, l’efficacité et la sécurité de l'(hydroxy) chloroquine n’a pas été approuvée en ce qui concerne le coronavirus.

Et finalement ? Vrai ou faux ?

Pour conclure, l’étude du professeur Didier Raoult est intéressante, mais insuffisante. Elle ouvre des perspectives, mais ne permet pas à elle seule de crier victoire pour le dérivé de chloroquine.

Il est prématuré de conclure à l’efficacité du Plaquenil et dangereux, voire criminel de conseiller sa prise préventive ou au début de l’infection. Des études complémentaires doivent voir le jour.

Une étude européenne démarre en ce moment dans plusieurs pays dont la Belgique, auprès de 3200 patients. Elle inclut 4 traitements expérimentaux contre le COVID-19, dont la chloroquine. Les premiers résultats sont promis d’ici une quinzaine de jours.

 

Extrait de la conférence de presse du centre interfédéral de crise du 23/03/2020

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